Closet Monster de Stephen Dunn – critique

Publié par Paul Laborde le 11 décembre 2017

Synopsis : Jeune garçon solitaire et créatif, Oscar est témoin d’un meurtre à caractère homophobe dans le cimetière de la petite bourgade où il vit. Les années passent et il grandit dans le souvenir de cette expérience traumatisante et un sentiment d’abandon généré par le départ de sa mère et une relation tendue avec son père. Grâce à son imagination Oscar parvient peu à peu à faire face à ses démons. Il déniche un premier emploi dans une quincaillerie où il fait la connaissance de Wilder, un garçon de son âge libre et rebelle. Les deux adolescents se lient d’amitié, mais les sentiments d’Oscar pour Wilder deviennent ambigus.

♥♥♥♥♥

 

Closet Monster - affiche

Closet Monster – affiche

Le jeune canadien Stephen Dunn signe son premier long métrage avec Closet Mosnter. Habité par les thématiques de l’acceptation de soi et des relations familiales conflictuelles, il a souvent été ici comparé à Xavier Dolan. Le chemin de croix d’Oscar, jeune gay refoulé, témoin d’un crime immonde, évoque en creux les protagonistes de Tom à la ferme ou J’ai tué ma mère, avec en plus une forme de réalisme magique. En cela, Dunn est également à rapprocher de David Cronenberg, pour la relation ambigüe au corps, à la mutation de la chair et sa métamorphose. En témoigne l’affiche du film, qui rappelle celle de Faux Semblants (1988). Tout comme son illustre compatriote, Dunn illustre le malaise psychologique et le désir sexuel par des images oniriques. Oscar Madly, interprété avec beaucoup de subtilité par Connor Jessup, est rongé par ce souvenir qui se traduit à l’écran par des scènes organiques et dérangeantes, dans lesquelles son mal-être prend la forme d’un parasite de métal dans son ventre. Ici, le traumatisme est autant psychologique que charnel. L’œuvre est un coming of age, dans l’acceptation de soi, doublé d’un film de coming-out via la famille et la société. À cet égard, le titre est d’une rare pertinence, tant il exprime la double thématique de l’identité sexuelle et du traumatisme enfantin (la peur du monstre dans le placard). Cette expérience conflictuelle avec le monde est doublement difficile pour Oscar, car le « monstre » est autant sa sexualité qu’il ne peut avouer que le crime qui le hante. Témoin d’un meurtre à caractère homophobe, le jeune esprit malléable d’Oscar a assimilé l’homosexualité à une forme de culpabilité sociale, tout en développant une phobie de l’acte sexuel en résonance à la pénétration d’une barre de métal dans le corps de la victime. Scène largement suggérée mais néanmoins difficile.

 

Closet Monster

Closet Monster

 

Pour échapper à cette prison mentale, Oscar se passionne pour la photographie, les créations de costumes et de maquillage qu’il teste sur son amie (Sofia Banzhaf). La progression de l’intrigue s’effectue par le biais de discussions périodiques avec son hamster que ses parents lui ont offert au moment de leur rupture. Ces scènes ajoutent une touche d’humour à une ambiance générale pesante, Oscar n’ayant que peu de véritables interlocuteurs ; sa mère a fui la présence toxique d’un père puéril et intolérant. La relation d’Oscar avec celui-ci est une des belles réussites du film, alternant ressentiments, amour pudique et non-dits. Mais son regard va changer quand il va faire la rencontre avec Wilder, campé avec talent par Aliocha Schneider, personnage ambigu et mystérieux. Leurs noms, en plus d’être une référence à une icône homosexuelle de la littérature (Oscar Wilde), évoquent autant la sauvagerie du désir que la fougue de la jeunesse («Mad»ly, «Wild»er).

 

Le récit fait par ailleurs la part belle aux trouvailles de mise en scène, à l’instar de la fin où Oscar s’arrache métaphoriquement le monstre de métal, ainsi qu’un travail inventif sur les couleurs, comme le bleu et le rouge de l’affiche. Pour le reste, on peut reprocher à Stephen Dunn un certain maniérisme dans sa recherche esthétique ; problème récurrent dans un premier long-métrage. On pense notamment à ce pastiche de scène dolannienne où Oscar, dans un ralenti superflu, fait du vélo à bride abattue sur une musique commerciale. Néanmoins, la bande-son piochée dans le répertoire de différents groupes électro actuels est des plus agréables. Si Closet Monster est par moments maladroit et ampoulé, il reste touchant et poétique dans ses envolées lyriques. Il présage le meilleur pour la suite de ce réalisateur, qui a à cœur de nous faire partager un cinéma très personnel.

 

 

 

  • CLOSET MONSTER
  • Sortie salles : 13 décembre 2017
  • Réalisation : Stephen Dunn
  • Avec : Connor Jessup, Aliocha Schneider, Sofia Banzhaf, Aaron Abrams, Joanne Kelly, Mary Walsh, Jack Fulton, James Hawksley,…
  • Scénario : Stephen Dunn
  • Production : Fraser Ash, Edward J. Martin, Kevin Krikst
  • Photographie : Bobby Shore
  • Montage : Bryan Atkinson
  • Décors : Lisa Soper
  • Costumes : Melanie Oates
  • Musique : Maya Postepski, Todor Kobakov
  • Distribution : Optimale Distribution
  • Durée : 1h30

 

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