Blu-ray / Grease de Randal Kleiser : critique

Publié par Sévan Lesaffre le 24 avril 2018

Synopsis : À la fin des années 1950, la jeune Sandy Olsson tombe amoureuse de Danny Zuko, un chef de bande aussi séducteur qu’inconscient. Destinés à tomber amoureux l’un de l’autre, leur idylle dure tout l’été mais la rentrée des classes à Rydell signifie bientôt pour eux la séparation. Passé la surprise des retrouvailles et pour faire bonne figure devant ses copains, Danny adopte une attitude désinvolte qui laisse la jeune fille totalement désemparée. Pour le reconquérir, Sandy doit cultiver son côté sombre et se relooker en « cuir moulant ». S’ensuit alors un jeu du chat et de la souris entre les deux tourtereaux, le tout rythmé par les événements de leur vie de lycéens : démarrage de la saison de football américain, bal de promotion, course de voitures, soirées entre filles, entre garçons, au fast-food, au drive-in…

 

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Grease - 40e anniversaire

Grease – 40e anniversaire

La fameuse comédie musicale Grease sortie en 1978 fête cette année son quarantième anniversaire, qui sera projeté à Cannes Classics du 71e Festival de Cannes. L’occasion pour Paramount Pictures de célébrer le film-culte de Randal Kleiser (Le Lagon bleu, Amours de vacances) dans une nouvelle édition Ultra HD Blu-ray et 4K. Adapté de la comédie musicale à succès de Jim Jacobs et Warren Casey, jouée à Broadway six ans auparavant, Grease est un teen movie musical frais et léger, célébrant les États-Unis et la jeunesse rock’n’roll de la fin des années 1950. L’Amérique, frappée par la crise, est encline à la nostalgie d’une période glorieuse. Voitures clinquantes, juke-box, blousons de cuir, peigne dans la poche, cheveux en banane, Randal Kleiser plonge le spectateur dans l’époque de la gomina tout en rendant hommage à la transition adolescente entre la douceur de vivre des années 1950 (dont la prude Sandy au visage d’ange est une allégorie) et la sensualité des années 1960 (personnifiée par Danny). L’univers du film se rapproche ainsi de celui de la série télévisée Happy Days et d’American Graffiti de George Lucas, cultivant également le mythe de l’époque et d’une génération perdue. Grease, comme tous les musicals, est l’image fidèle de son temps.

 

Grease

Grease

 

Le scénario, écrit par Bronte Woodward et Allan Carr, narre la rencontre entre Danny Zuko (incarné par le fringuant John Travolta, qui sera présent à Cannes cette année pour présenter le film en version restaurée), bad boy aux blousons noirs et aux cheveux gominés et Sandy Olsson (la belle Olivia Newton-John), jeune australienne de bonne famille, archétype de la girl next door contemporaine. Chez Kleiser, le récit simple et peut-être quelque peu désuet, entraîne l’originalité de la forme. Ici, les opposés s’attirent comme des aimants et appartiennent à des « gangs » de blousons noirs rivaux. Sandy rejoint les Pink Ladies qui font face aux T-Birds. Ce face-à-face entre une bande de garçons fêtards et un groupe de filles affranchies fait la fart belle au couple Travolta/Newton-John, magnifiquement assorti.

 

Le générique introductif, qui n’est pas sans rappeler le clip-cartoon d’ABC des Jackson Five (1970), laisse déjà entrevoir leurs portraits ou caricatures enveloppés d’éléments méta-cinématographiques. Sandy, entourée d’animaux de la forêt, est une Blanche-Neige non moins moderne tandis que l’animation rappelle les classiques d’Hanna Barbera. Les nombreuses références à la culture américaine —dont la photographie de plateau de Marilyn Monroe dans Certains l’aiment chaud de Billy Wilder ou encore les panneaux publicitaires de la marque Pepsi— cristallisent l’atmosphère profondément vintage de Grease.

 

Grease

Grease

 

La séquence d’ouverture sentimentale se déroule sur une plage ensoleillée qui réunit le couple dans un même espace, un lieu intimiste propice à la passion et aux confidences amoureuses. Autour de cette situation d’exposition naïve, le spectacle entraîne et subjugue par son dynamisme, par la joyeuse progression de son rythme ainsi que du traitement harmonieux du couple. Dès le début du film, la mise en scène et notamment l’utilisation du zoom icônisent Travolta ; d’abord aperçu de dos, il se retourne vers la caméra dans un plan devenu mythique. De même, la transformation complète et inattendue de la superbe Olivia Newton-John en une séductrice à l’allure rock marque les esprits.

 

La surimpression lors du numéro d’exposition Summer Nights, matérialise la romance par le chant et « isole » les stars/solistes se détachant du ciel d’un bleu fantaisiste, en contrepoint du choeur et de l’ensemble. Dès lors, Grease devient une déferlante de couleurs, de teintes à la fois tendres et flashy et de splendides costumes (d’Albert Wolsky) et décors (de Philip M. Jefferies) caractérisant l’esthétique de Kleiser. Le film s’apprécie pour l’atmosphère désespérément kitsch qu’il dégage, constituant le secret de son charme. Les rôles y sont progressivement inversés. Alors que les T-Birds menaient la danse, Sandy porte la culotte et participe à la mise en scène du numéro final féerique et entraînant We Go Together. Les chorégraphies hautement soignées et dynamiques de Patricia Birch mettent en valeur la performance physique de Travolta dans des scènes cultes comme celle du bal de promotion.

 

Grease

Grease

 

Grease doit également son immense succès à sa bande originale mythique composée par Barry Gibb. You’re the One that I Want et We Go Together devenus des tubes, ont durablement squatté les hits-parades et continuent de faire danser la nouvelle génération. Film aseptisé pour la consommation de masse, Grease fait de Travolta (déjà vu dans Carrie de Brian De Palma et l’insolent Saturday Night Fever de John Badham) une star adulée tandis qu’il révèle la chanteuse Olivia Newton-John. À l’exception de feu Jeff Conaway, incarnant Kenickie, le bras droit de Danny et Stockard Channing dans le rôle de Betty Rizzo, ennemie jurée de Sandy, les seconds rôle ne marqueront pas le grand écran. Malgré son statut de film-culte, Grease ne remporte aucune récompense.

 

La suite mettant en vedette Maxwell Caulfield et Michelle Pfeiffer fut un échec retentissant qui obligea la Paramount à abandonner ses projets de suites et de série télévisée. Aujourd’hui, le film fait partie intégrante de la pop culture, le couple est même immortalisé au musée de cire Madame Tussauds. Outre ses quelques clichés, certes outranciers, sur la vie universitaire et les modes de l’époque ou sa réalisation très lissée non moins académique, Grease emporte néanmoins le spectateur par son charisme et le magnétisme du couple formé par John Travolta et Olivia Newton-John ainsi que par la naïveté presque puérile du récit entrecoupé de célèbres et enivrantes scènes chantées. Une indémodable réussite. 

 

Sévan Lesaffre

 

 

 

  • GREASE
  • Sortie vidéo : 24 avril 2018
  • Format / Produit : Édition 40e anniversaire – DVD, Blu-ray, Blu-ray 4K UHD
  • Réalisation : Randal Kleiser
  • Avec : John Travolta, Olivia Newton-John, Stockard Channing, Jeff Conaway, Barry Pearl, Dinah Manoff, Lorenzo Lamas…
  • Scénario : Bronte Woodard et Allan Carr d’après l’oeuvre de Jim Jacobs et Warren Casey
  • Production : Allan Carr, Robert Stigwood
  • Photographie : Bill Butler
  • Montage : John F. Burnett
  • Décors : Philip M. Jefferies
  • Costumes : Albert Wolsky
  • Musique  : Barry Gibb
  • Édition vidéo : Universal Pictures
  • Durée : 1h45
  • Sortie initiale : 16 juin 1978 (États-Unis) – 3 octobre 1978 (France)

 

 

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