Blu-ray / Crazy Day de Robert Zemeckis : critique

Publié par Thierry Carteret le 29 mai 2018

Synopsis : Fans des Beatles, six adolescents du New Jersey partent pour New York où, non satisfaits d’assister au concert du groupe britannique, échafaudent les plans les plus dingues pour s’introduire dans leur hôtel, une authentique forteresse imprenable. Reste qu’approcher de près Paul McCartney, John Lennon, Ringo Starr et George Harrison nécessite bien plus d’efforts et de stratagèmes qu’ils ne l’imaginaient…

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Crazy Day - jaquette

Crazy Day – jaquette

L’éditeur ESC sort ce 29 mai en Blu-ray et DVD Crazy Day, le premier long métrage de Robert Zemeckis. Une sortie qui est en soit un petit événement, car jusque-là cette comédie survoltée sur la Beatlemania n’avait eu le droit qu’à une très discrète sortie en salle en 1985. Avec Crazy Day, le futur réalisateur de classiques, comme À la poursuite du diamant vert (1984) Retour vers le futur (1985), Qui veut la peau de Roger Rabbit (1988), Forest Gump (1994), Contact (1997), La légende de Beowulf (2007), Flight (2012) ou encore The Walk (2015) se faisait donc la main avec cette comédie très potache sur la Beatlemania, mouvement historique autour de la fanatisation du groupe Les Beatles apparu à la fin de l’année 1963, soit juste avant l’action du film. Crazy Day est un teen movie façon American Graffiti (1973) qui raconte l’histoire d’un groupe de fans -quatre filles et deux garçons- qui essaient d’approcher leurs idoles avec des stratagèmes plus ou moins ingénieux, donnant lieu à des situations délirantes. Avant un ultime concert qui fera pour ces ados l’effet salvateur après une crise de fanatisme aiguë incontrôlable.

 

Nancy Allen - Crazy Day

Nancy Allen – Crazy Day de Robert Zemeckis

 

Pour Zemeckis, l’intérêt est moins tourné vers Les Beatles -que l’on ne voit que sur des images d’archives dans le générique de début puis lors d’un montage très malin pour la scène du concert, le groupe n’ayant pas accepté de participé au long métrage– que sur l’envie de brosser un portrait très juste d’une jeunesse américaine vivant la libération des mœurs avant l’heure (on est en 1964) à travers l’idolâtrie pour le célèbre groupe. C’est aussi pour le quatuor de filles (en opposition aux quatre garçons dans le vent), l’expérience du féminisme par une envie d’émancipation, à l’instar du personnage de Pam (Nancy Allen) qui choisit d’assister au concert plutôt que de se rendre à son propre mariage ! Malgré un discours de fond assez consistant et progressiste, l’intrigue des deux Bobs (Zemeckis et Gale) s’avère plutôt mince et un peu foutraque.

 

Le principal mérite de Crazy Day étant d’esquisser déjà l’univers génial et visionnaire (formidable explorateur des effets spéciaux digitaux) du cinéma de Zemeckis. En premier lieu, l’attrait pour la vitesse. Et à ce sujet, le long-métrage enchaîne des scènes parfois hilarantes à un rythme d’enfer. Certains éléments préfigurent d’ailleurs ses futurs chefs-d’œuvre, à l’image de la foudre frappant un pylône de télécommunication, envoyant un des personnages dans le décor lors d’une séquence. On pense alors à une scène célèbre de Retour vers le futur avec Doc, le savant fou joué par Christopher Lloyd. Certains archétypes et personnages sont très zemeckisiens, comme le jeune fan à lunettes Richard, geek avant l’heure, incarné avec une folie géniale par Eddie Dezzen (Le Pôle Express, Grease, Wargames).

 

Si le casting n’est mené que par une seule actrice vraiment célèbre en la personne de Nancy Allen (Robocop, Blow Out), on retrouve dans les seconds rôles le vétéran Dick Miller, acteur fétiche des cinéastes Joe Dante et Roger Corman (Gremlins, Piranhas, La petite boutique des horreurs, Un baquet de sang). Les jeunes interprètes Wendie Jo Sperber (Le Palace en délire) et Marc McClure (Superman) incarnent respectivement la sœur et le frère de Marty McFly (Michael J. Fox) de la saga Retour vers le futur.

 

Crazy Day de Robert Zemeckis

Crazy Day de Robert Zemeckis

 

Crazy Day -de son titre original I Wanna Hold Your Hand en référence au tube du groupe de Liverpool qui illustre avec énergie la bande originale composée de 17 chansons- marque la première collaboration de Robert Zemeckis avec Steven Spielberg, qui a ici la casquette de producteur. Robert Zemeckis n’aurait jamais pu réaliser Crazy Day sans le soutien du réalisateur de Duel, Les Dents de la Mer et E.T. l’extra-terrestre. Spielberg remarque son talent en visionnant ses courts-métrages The Lift et A Field of honor. L’année suivante, Spielberg réalise le film de guerre burlesque 1941 (1979) sur un scénario à nouveau signé Zemeckis et Gale. La sortie en salle en France fait un flop. Un échec pour ce jeune cinéaste encore inconnu, qui est vite oublié avec les succès de À la poursuite du diamant vert et surtout du premier Retour vers le futur. La carrière de Robert Zemeckis est alors définitivement lancée.

 

Crazy Day est un spectacle avant tout intéressant pour découvrir la première œuvre, sympathique mais brouillonne, du réalisateur américain emblématique des années 80. Une belle sortie de ESC Éditions qui est à saluer et à se procurer, que l’on soit fan des Beatles ou non.

 

 

Blu-ray : La qualité du disque HD est satisfaisante, sans atteindre cependant des sommets, car le film n’a pas bénéficié d’une restauration 4K. Côté suppléments, on commence avec Histoire de Crazy Day (35 minutes) où Remi Grelow, spécialiste de Robert Zemeckis, nous parle de cette œuvre en apportant de très intéressants éclairages. Avec La collaboration Robert Zemeckis / Steven Spielberg, le journaliste culturel Rafik Djoumi évoque la collaboration entre ces deux hommes légendaires et se montre tout aussi captivant à écouter. Enfin, la bande annonce récente du film complète l’édition.

 

 

 

  • CRAZY DAY (I Wanna Hold Your Hand)
  • Sortie vidéo : 29 mai 2018
  • Format / Produit : Blu-ray et DVD
  • Réalisation : Robert Zemeckis
  • Avec : Nancy Allen, Bobby Di Cicco, Susan Kendall Newman, Marc McClure, Theresa Saldana, Wendie Jo Sperber, Eddie Deezen, Dick Miller, Christian Juttner, Will Jordan, Read Morgan, Claude Earl Jones, James Houghton, Michael Hewitson
  • Scénario : Robert Zemeckis, Bob Gale
  • Production : Steven Spielberg, Bob Gale, Tamara Asseyev, Alexandra Rose
  • Photographie : Donald M. Morgan
  • Montage : Frank Morriss
  • Décors : John M. Dwyer
  • Costumes : Rosanna Norton
  • Musique : The Beatles
  • Édition vidéo : ESC Editions
  • Tarif : 14,99 € (DVD) – 19,99 € (Blu-ray)
  • Durée totale : 1h39
  • Sortie initiale : 21 avril 1978 (États-Unis) – 3 juillet 1985 (France)

 

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