Synopsis : Toby, un jeune réalisateur de pub cynique et désabusé, se retrouve pris au piège des folles illusions d’un vieux cordonnier espagnol convaincu d’être Don Quichotte. Embarqué dans une folle aventure de plus en plus surréaliste, Toby se retrouve confronté aux conséquences tragiques d’un film qu’il a réalisé au temps de sa jeunesse idéaliste: ce film d’étudiant adapté de Cervantès a changé pour toujours les rêves et les espoirs de tout un petit village espagnol. Toby saura-t-il se racheter et retrouver un peu d’humanité? Don Quichotte survivra-t-il à sa folie? Ou l’amour triomphera-t-il de tout?

 

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Lhomme qui tua Don Quichotte - affiche

L’homme qui tua Don Quichotte – affiche

Clôture de la 71e édition du Festival de Cannes ce vendredi 19 mai au soir, le précieux projet de Terry Gilliam a enfin vu le jour après plus de vingt-cinq ans d’une gestation lente et douloureuse.  Après une entreprise avortée en 2000 avec à l’affiche Jean Rochefort, Johnny Depp et Vanessa Paradis -pluies diluviennes, problèmes de santé du rôle-titre ou encore retrait des investisseurs-, celui-ci s’était mué en arlésienne puisque l’ex-membre des Monty Python ne souhaitait pas y renoncer. L’attente constitue d’ailleurs une grande partie de l’excitation du public pour cette adaptation d’un roman datant de 1605 et écrit par Miguel de Cervantes dont le réalisateur est comparé à son héros, Don Quichotte de la Mancha. Un homme du XVIIe siècle qui, bercé par les romans de chevalerie, se lance dans des aventures rocambolesques et se bat contre des moulins à vent. Difficile alors de ne pas fondre la perception de l’œuvre dans celle de sa production, tant Gilliam lui-même, se plaît à multiplier les clins d’œil. Il faut s’accrocher au récit et l’empoigner fermement de son attention pour ne pas se perdre dans les dédales d’un récit aux fréquents retours dans le passé de son héros, Toby (Adam Driver). Celui-ci -archétype du réalisateur blasé– est confronté à ses responsabilités vis-à-vis des habitants d’un village qu’il avait sollicités lors d’un tournage étudiant dix ans auparavant. Le vieux cordonnier Javier (Jonathan Pryce) qui avait vécu comme une révélation l’interprétation de Don Quichotte n’a plus jamais remis pied dans la réalité, tout comme Angelica, jeune fille de 15 ans séduite par Toby et devenue escort-girl. Les personnages de L’Homme qui tua Don Quichotte et leur interprétation constituent un des atouts majeurs du film. Les acteurs donnent tout ce qu’ils ont et Driver mouille littéralement son costume blanc immaculé qui deviendra tout crotté à mesure du récit tandis que celui-ci gesticule dans tous les sens.

 

LHomme qui tua Don Quichotte

LHomme qui tua Don Quichotte

 

La mise en abyme est maitrisée et les clins d’œil savoureux. Les plus avertis apprécieront de retrouver Gilliam dans une œuvre personnelle où percent un cynisme et une critique de l’industrie, à l’instar de l’œuvre qu’il traite, critique des structures sociétales de l’époque au moyen d’un personnage désuet et perçu comme fou. Ainsi, l’omniprésence des investisseurs sur le tournage -déjà chaotique- n’est pas sans rappeler une scène de Lost In la Mancha, le documentaire de Keith Fulton et Louis Pepe réalisé en 2002 sur les coulisses du film de Gilliam en 2000. Cependant, l’ensemble est souvent cacophonique et ne semble jamais s’arrêter quitte à parfois essouffler le spectateur. Le rythme explosif et l’absurde sont divertissants mais on sent vite poindre la sensation du trop.

 

La bande originale de Roque Banos propose des accents flamenco superbes et immersifs pour une musique parfois trop présente. Tantôt cruel tantôt presque bouffonesque, Gilliam respecte son envie première, faire de son Don Quichotte un personnage triste et pathétique où Jonathan Pryce demeure très touchant. C’est aussi peut-être en fond, un hommage à tous les Sancho Panza, docile écuyer mais également soutien infaillible et artisan du succès des entreprises les plus folles. Le temps ne fait rien à l’affaire, mais l’énergie est communicative. Et l’on finit tout de même conquis par la persévérance de Terry Gilliam que l’on sent s’être amusé et dont l’envie et le besoin de communiquer transpercent le résultat. Mention spéciale aux décors et moyens employés, dans un minimalisme d’effets spéciaux au profit d’une fabrication plus artisanale mais authentique.

 

 

 

  • L’HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE (The Man Who Killed Don Quixote)
  • Sortie salles : 19 mai 2018
  • Réalisation : Terry Gilliam
  • Avec : Adam Driver, Jonathan Pryce, Stellan Skarsgard, Olga Kurylenko, Joana Ribeiro, Rossy de Palma
  • Scenario : Terry Gilliam, Tony Grisoni
  • Production : Mariela Besuievsky, Amy Gilliam, Gerardo Herrero
  • Photographie : Nicola Pecorini
  • Montage : Teresa Font, Lesley Walker
  • Costumes : Lena Mossum
  • Musique : Roque Banos
  • Distribution : Océan Films
  • Durée : 2h12

 

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