Synopsis : Pianiste de jazz américain installé à Turin, Marc Daly assiste un soir au meurtre de Helga Ullman, une célèbre parapsychologue de passage en Italie. Il tente de lui porter secours, mais en vain. Déclaré témoin oculaire et lui-même victime d’une tentative d’assassinat, il décide de mener l’enquête en compagnie d’une journaliste, tandis que les meurtres se multiplient.

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Les Frissons de lAngoisse - affiche ressortie

Les Frissons de l’Angoisse – affiche ressortie

Le distributeur Les films du Camélia met à l’honneur la filmographie du maître du giallo, Dario Argento, avec la ressortie en version restaurée de son grand film Les Frissons de l’Angoisse. Cette sortie est accompagnée d’une rétrospective de cinq oeuvres, dont Suspiria (1977) et Phenomena (1985), organisée en partenariat avec quelques cinémas parisiens (Reflet Médicis, Louxor, Max Linder, UGC les Halles, MK2 Bibliothèque, Cinemas 21). C’est l’occasion de revenir sur ce chef-d’œuvre de 1975, considéré par beaucoup comme l’un des plus importants du genre, né dans l’Italie des années 1970 sur les bases de la littérature pulp, de l’avant-garde pop et du cinéma gothique italien. Surtout, Les Frissons de l’Angoisse suppose un moment charnière dans la filmographie du cinéaste, car il arrive après sa « trilogie animale » et précède l’horreur graphique qu’il développera dans Suspira ou Inferno (1980). C’est aussi dans ce quatrième long métrage qu’Argento utilise la caméra subjective. Elle se substitue tantôt à l’œil du personnage, tantôt à celui de l’assassin, rendant palpable le voyeurisme malsain qui parcourt toute la narration. Tous les éléments du giallo sont réunis. À commencer par le traitement métalinguistique du récit. S’inspirant de Blow up (1966) de Michelangelo Antonioni, avec la présence de l’acteur iconique David Hemmings, Argento nous livre ici une intrigue policière à l’image baroque, avec une mise en scène fortement stylisée et une musique stridente composée par les Goblin. Le tout parvient à créer une atmosphère qui bascule entre l’angoisse et l’humour noire. Sans doute Les frissons de l’angoisse est, en paraphrasant les premiers mots prononcés, « trop soigné, trop précis ». L’espace dans les cadres est défini au millimètre et les cadrages sont parfaitement délimités par les objets, les personnages ou les couleurs.

 

Les Frissons de lAngoisse

David Hemmings – Les Frissons de l’Angoisse

 

On retrouve les deux axes principaux du giallo classique, le traumatisme (la superbe introduction de meurtre qui reviendra clore l’histoire) et l’intrigue basée sur la résolution d’une énigme dissimulée dans un tableau, un miroir, un élément du décor, ou dans une image restée gravée dans la rétine. D’autres éléments phares du giallo viennent ponctuer le film, comme la main gantée de l’assassin -qui est la propre main d’Argento- ou le recours à un personnage ordinaire pour mener l’enquête. Argento pousse ainsi ici le giallo dans ses derniers retranchements, proposant une réflexion sur le genre et focalisant sa narration sur la construction mentale des personnages, qui ne voient qu’une vision partielle du tableau. C’est le cas de la séquence de la découverte du dessin sur les murs du manoir, lorsque Marc s’arrête de gratter et qu’il n’a finalement accès qu’à une partie du dessin. Dans cet aspect, Les Frissons de l’Angoisse rejoint encore une fois l’oeuvre d’Antonioni, car dans les deux cas le témoin du meurtre comprend mal ce qu’il voit.

 

Les Frissons de lAngoisse

Les Frissons de l’Angoisse

 

Par ailleurs, la référence à Antonioni n’est pas la seule dans ce bijou palimpseste. Argento nous régale avec des plans reproduisant les tableaux d’Edward Hooper (la séquence du bar qui récrée la toile Nighthawks) ou les paysages métaphysiques de Giorgio de Chirico. L’hommage au maître du suspense Alfred Hitchock est aussi présent, avec l’attaque des oiseaux noirs ou la séquence de la douche. Ces références sont mélangées à l’influence de la décadence gothique, héritier des ses compatriotes Mario Bava ou Ricardo Fredda, avec le recours au grand manoir baroque et aux décors monumentaux. L’aspect le plus faible est sûrement le casting, avec un David Hemmings qui n’apporte grand-chose de plus que son bagage dans Blow up. Par ailleurs, on pourrait reprocher quelques longueurs, mais finalement elles s’avèrent indispensables pour créer cette ambiance pesante et paranoïaque.

 

Les Frissons de lAngoisse

Les Frissons de l’Angoisse

 

Les Frissons de l’Angoisse suppose donc un moment charnière pour Argento, opérant un virage vers le fantastique, qui sera le fondement de sa filmographie à venir. Pendant le tournage, il rencontre aussi Daria Nicolodi, qui donnera naissance à sa fille Asia, réalisatrice et chanteuse. Nicolodi deviendra aussi la nouvelle muse des giallo argentiens, participant en tant que scénariste sur Suspiria et comme actrice dans Inferno, Ténèbres, Phenomena et Opera. Ce film devenu culte continue ainsi d’influencer les productions actuelles. La mascotte de la saga Saw est par exemple une actualisation de la poupée mécanique qui harcèle le professeur Giordani, conçu par le technicien habituel du cinéma italien d’épouvante, Sergio Stivalleti. Ce film de 1975 reste toujours aussi efficace grâce à sa touche macabre, son esthétique baroque et ses influences gothiques. Le (re)découvrir en même temps que ses autres oeuvres phares est l’occasion parfaite pour se replonger dans la filmographie de ce génie de l’épouvante.

 

 

 

  • LES FRISSONS DE L’ANGOISSE (Profondo Rosso)
  • Copie numérique restaurée
  • Ressortie salles : 27 juin 2018
  • Réalisation : Dario Argento
  • Avec : David Hemmings, Daria Nicolodi, Gabriele Lavia, Macha Méril, Eros Pagni, Giuliana Calandra, Piero Mazzinghi, Glauco Mauri, Clara Calamai, Nicoletta Elmi
  • Scénario : Dario Argento, Bernardino Zapponi
  • Production : Salvatore Argentp
  • Photographie : Luigi Kuveiller
  • Montage : Franco Fraticelli
  • Décors : Armando Mannini
  • Costumes : Elena Mannini
  • Musique : Goblin
  • Distribution : Les Films du Camelia
  • Durée : 2h06
  • Sortie initiale : 7 mars 1975 (Italie) – 17 août 1977 (France)

 

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