Synopsis : David Locke est un reporter américain basé en Afrique. Un jour où il se rend à son hôtel, il découvre le corps sans vie d’un homme lui ressemblant étrangement dans la chambre voisine. Il décide de lui prendre son identité et de vivre une nouvelle vie qu’il espère plus passionnante, ce qui l’amènera à rencontrer une mystérieuse femme qui semble aussi perdue que lui. Ce qu’il ne sait pas, c’est que le cadavre dont il a pris l’identité était un espion au service d’un groupe terroriste…

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Profession Reporter de Michelangelo Antonioni - affiche

Profession Reporter de Michelangelo Antonioni – affiche

À l’occasion des dix ans de la mort de Michelangelo Antonioni le 30 juillet 2007, la Filmothèque du Quartier latin ressort pour la première fois en version numérique restaurée 2K l’un de ses chefs-d’œuvre tardifs, Profession : Reporter, sorti en 1975. Rompant avec le néoréalisme italien d’après-guerre, Antonioni fait partie de cette vague d’auteurs qui développe un cinéma d’introspection, très personnel et de l’incommunicabilité. Influencé par la philosophie existentialiste, ses personnages sont souvent étrangers à eux-mêmes, en quête d’identité. Après une poignée de films restés confidentiels, Antonioni reçoit la reconnaissance internationale avec L’Avventura en 1960, prix spécial du jury au Festival de Cannes. S’en suit une série de chefs-d’œuvre, comme L’Eclipse (1962), Le Désert Rouge (1964) ou encore Blow-Up (1966) qui remporte la Palme d’or, et Zabriskie Point (1970). Avec ces deux derniers films précités, il poursuit sa collaboration avec le producteur Carlo Ponti et la Metro-Goldwyn-Mayer (MGM) pour Profession : Reporter, qui reprend à bien des égards ses thématiques chères, comme celle du couple en crise, de l’émancipation via l’adultère, ou encore l’importance visuelle de l’architecture. On suit le personnage de David Locke, interprété par un Jack Nicholson qui a déjà à son actif près d’une trentaine de films, comme Easy Rider (1969) et Chinatown (1974), mais dont c’est ici l’unique rôle dans un film non américain. Ce journaliste à la dérive cherche à réaliser en vain un reportage sur un groupe terroriste, dans une dictature africaine qui n’est jamais nommée. De fait, l’absence de contextualisation va renforcer l’impression d’égarement et de frustration du personnage. Nicholson est littéralement coincé dans le désert, mais également coincé dans sa vie, entre une situation qu’il ne maitrise plus et une femme, à mille lieux de lui, qui lui est étrangère. Cette frustration est retranscrite par de longs travellings horizontaux sur des dunes de sables, écrasant le protagoniste. Ces plans s’attardent sur des silhouettes et des détails sans importance pour l’intrigue, rappelant le caractère inopportun de la présence du journaliste. Sa rédemption passe par l’usurpation d’identité d’un cadavre dans son hôtel, son voisin de chambre, un trafiquant d’arme pour le mouvement de libération. Par cet acte, le protagoniste cherche à s’émanciper de sa condition, à renaître.

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De simple observateur (le reporter), il aspire à devenir acteur des évènements (le révolutionnaire) et ainsi à quitter l’impasse de sa vie, tant professionnelle que sentimentale. Suivant le planning inscrit dans l’agenda du macchabée, le protagoniste, aussi perdu que le spectateur, avance dans cette nouvelle vie à l’aveuglette, se rendant à des rendez-vous absurdes où personne ne vient à sa rencontre, aux quatre coins de l’Europe. La désorientation est accentuée par la photographie et la construction quasi picturale du cadre, souvent coupé par des éléments d’architecture (un mur, un pilier), autant d’éléments symbolisant l’absence d’horizon des protagonistes, leur confrontation angoissée à l’inconnu. Sa rencontre fortuite avec « la fille », jouée par l’énigmatique Maria Schneider (Le Dernier Tango à Paris, 1972), fait basculer le récit vers un singulier road-movie. Son personnage à elle n’a pas de nom, soulignant le déni d’identité des personnages et l’impossibilité de communiquer. Comme lui, « la fille » n’attendait qu’une occasion pour tout plaquer, ses amis et ses visites architecturales espagnoles, pour trouver la liberté dans le voyage, dans le mouvement. Poursuivis par la femme de Nicholson, par les policiers, et par des assassins de la dictature africaine, le duo débute alors une fuite romantique, dans le sens noble du terme, c’est-à-dire une évasion du réel, qui ne peut finir que tragiquement.

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La dernière scène, constituée d’un long plan-séquence de sept minutes, vaut à elle seule toute la profondeur et la beauté de ce film, à l’instar des avant-derniers plans magistraux de Blow-Up et de Zabriskie PointProuesse technique et narrative, elle renvoie symétriquement au début, tant dans la position des personnages que dans les idées véhiculées, telles que la dépossession de l’identité. Il est possible de voir dans le personnage de David Locke la figure même d’Antonioni. Tout comme son personnage de reporter, le cinéaste a essuyé un grave revers lors de la réalisation d’un documentaire, trois ans auparavant, en 1972. Chung Kuo, la Chine est un portrait de la Chine maoïste qui fut très mal accueilli par les autorités chinoises, l’interdisant dans leur pays et bannissant Michelangelo Antonioni du territoire. Ce point de vue permet donc une interprétation biographique de ce chef-d’œuvre aux richesses inépuisables.

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Paul Laborde

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  • Ressortie de PROFESSION : REPORTER (Professione : reporter) de Michelangelo Antonioni en version numérique restaurée 2K le 26 juillet 2017.
  • Avec: Jack Nicholson, Maria Schneider, Jenny Runacre, Ian Hendry, Charles Mulvehill, Ángel del Pozo, José Maria Caffarel, Jean-Baptiste Tiemele, Manfred Spies
  • Scénario: Michelangelo Antonioni, Mark Peploe, Peter Wollen
  • Production: Carlo Ponti, Alessandro von Norman
  • Photographie: Luciano Tovoli
  • Montage: Michelangelo Antonioni, Franco Arcalli
  • Décors: Osvaldo Desideri
  • Costumes: Louise Stjernsward
  • Musique: Ivan Vandor
  • Distribution ressortie : Filmothèque du Quartier Latin
  • Durée: 2h05
  • Sortie initiale : 28 février 1975 (Italie) – 18 juin 1975 (France)

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