The Cakemaker de Ofir Raul Graizer : critique

Publié par Erica Farges le 4 juin 2018

Synopsis : Thomas, un jeune pâtissier allemand, a une liaison avec Oren, un homme marié israélien qui voyage régulièrement à Berlin pour affaires. Quand Oren meurt dans un accident de voiture, Thomas se rend à Jérusalem à la recherche de réponses concernant sa mort. Sans révéler qui il est, Thomas se plonge dans la vie d’Anat, la veuve de son amant, qui tient un petit café. Il commence alors à travailler pour elle. 

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The Cakemaker - affiche

The Cakemaker – affiche

The Cakemaker montre l’impact d’un contexte politique sur la vie privée des individus. Si l’intimité des personnages est le sujet principal, l’environnement global dans lequel se déroule l’intrigue joue un rôle primordial. Ofir Raul Graizier aborde une circonstance singulière pour faire un constat social par le biais de la cuisine. Un choix ingénieux et pertinent, car il s’agit d’une pratique qui reflète l’affectif, l’intime, mais aussi l’héritage culturel d’une société. L’utilisation de ce fil conducteur dans la narration filmique est due à la passion de Graizier pour la gastronomie, domaine qu’il a commencé à côtoyer avant de se diriger vers le cinéma. Les événements importants du récit sont marqués par la nourriture, la rencontre et la connexion affective entre les différents personnages se font par elle. Son mode de préparation est emblématique des usages qui régissent les différents lieux. Thomas (Tim Kalkhof) ne peut cuire lui-même les aliments qu’il prépare dans le café d’Anat (Sarah Adler) car, comme il n’est pas juif, ces aliments ne seraient pas considérés casher et la clientèle ne viendrait plus. Cependant, lorsque le pâtissier est invité chez sa patronne pour dîner, elle lui précise qu’il peut apporter quelque chose qu’il a cuit s’il le souhaite, car elle et son fils ne mangent pas casher à la maison. Le support gastronomique est un moyen d’exprimer une dualité sociale et les conflits de valeurs qu’elle implique.

 

The Cakemaker

The Cakemaker

 

Le fait d’introduire un homme allemand et homosexuel dans la vie quotidienne d’habitants de Jérusalem n’est pas anodin. En effet, en plus des importants conflits historiques entre le gouvernement allemand et la population juive, la position des LGBT en Israël est ambigüe. En ayant choisi la ville de Jérusalem plutôt que celle de Tel Aviv, Graizer présente une image à contre-courant de celle d’Israël comme pays plus tolérant que ses voisins envers les minorités sexuelles. Une position à l’opposé de la représentation que proposent d’autres réalisateurs israéliens, comme Eytan Fox avec The Bubble (2006), par exemple. Il est d’ailleurs intéressant de faire le parallèle entre The Cakemaker et le dernier Eytan Fox réalisé en 2013, Cupcakes. Une similitude frappante est la présence d’une boulangère prénommée Anat dans les deux long-métrages. S’il y a une référence directe à la pâtisserie dans ces titres, The Cakemaker fait plutôt écho à la cuisine classique, alors que Cupcakes rappelle un phénomène de mode culinaire. Le drame d’Ofir Raul Graizer qui se passe dans un Jérusalem traditionnel se distingue de la comédie d’Eytan Fox ayant pour décor un Tel Aviv branché et gentrifié. 

 

The Cakemaker est inspiré d’une famille que le réalisateur connaissait. Après avoir appris la mort de son ami qui menait une double vie par la femme de celui-ci, il s’est intéressé à comment la veuve gérait le deuil de cet homme qu’elle aimait mais qui lui avait menti. Il a décidé d’y ajouter le point de vue de la personne complice de cette trahison : l’amant secret du mari. The Cakemaker semble parfois être pénalisé par sa source d’inspiration. Certaines situations sont posées de manière plutôt maladroite, comme si Graizer ne parvenait pas à prendre assez de recul par rapport à ses propres expériences pour proposer une structure dramatique qui immerge vraiment une personne extérieure. Mais l’originalité de la narration repose en bonne partie sur cette multiplicité de perspectives, accentuée par les flashbacks, ainsi que par le contraste entre les ambiances de Berlin et Jérusalem. Il y a comme un éclatement des différents éléments cinématographiques qui finissent par s’imbriquer et se fondre entre eux.

 

Erica Farges

 

 

 

  • THE CAKEMAKER
  • Sortie salles : 6 juin 2018
  • Réalisation : Ofir Raul Graizer
  • Avec : Tim Kalkhof, Sarah Adler, Roy Miller, Zohar Strauss, Sandra Sade, Stephanie Stremier, Tamir Ben Yehuda…
  • Scénario : Ofir Raul Graizer
  • Production : Itai Tamir
  • Photographie : Omri Aloni
  • Montage : Michal Openheim
  • Décors : Daniel Kossow et Yael Bibelnik
  • Costumes : Lilu Goldfine
  • Musique : Dominique Charpentier
  • Distribution : Damned Films
  • Durée : 1h45

 

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