Blu-ray / La Vengeance aux deux visages de Marlon Brando : critique

Publié par Sévan Lesaffre le 9 juillet 2018

Synopsis : Sonora, Mexique, 1880. Après avoir dévalisé une banque, Dad Longworth (Karl Malden) abandonne lâchement son jeune complice Rio (Marlon Brando) aux mains des autorités et disparaît avec le butin. Cinq ans après sa sortie de prison, Rio, obsédé par son désir de vengeance, retrouve Longworth devenu un homme respectable, père de famille et shérif de Monterey, petite ville de Californie. Le héros séduit Louisa, la fille adoptive de Longworth. Furieux, le shérif tente alors de se débarrasser définitivement de Rio en l’impliquant dans un meurtre.

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La Vengeance aux deux visages

La Vengeance aux deux visages

À l’occasion de sa nouvelle remasterisation en 4K, supervisée par Martin Scorsese et Steven Spielberg, Carlotta Films propose une superbe édition de La Vengeance aux deux visages, limitée à 2000 exemplaires. Unique réalisation de l’acteur Marlon Brando (Un tramway nommé désir, Jules César, Le Parrain, Apocalypse Now) devenue avec le temps un classique de l’âge d’or hollywoodien, La Vengeance aux deux visages connaît d’abord une production tumultueuse. Adaptation d’un roman de Charles Neider (spécialiste de Mark Twain), intitulé The Authentic Death of Henry Jones, —lui même inspiré de l’histoire de Billy the Kid et Pat Garrett—, initialement confiée à Sam Peckinpah puis à Stanley Kubrick, son histoire narre l’affrontement de deux bandits sans foi ni loi et pourtant antithétiques, tous deux rongés par leurs destins. Trahi et abandonné par son associé Dad, interprété par Karl Malden (Un tramway nommé désir, Sur les quais, La Conquête de l’Ouest) au terme d’un braquage de banque au Mexique, Rio, incarné par Marlon Brando, est capturé par les forces fédérales et jeté en prison. Cinq ans plus tard, accompagné de nouveaux complices, il retrouve Dad, devenu le shérif respectable d’une ville tranquille. Pour les deux hommes, l’heure de la vengeance a sonné. Ici, l’acteur iconique se transforme en metteur en scène pour réaliser son autoportrait. Marlon Brando, en hors la loi sympathique, soigne particulièrement son profil pour se démarquer des héros de légende tels que Gary Cooper, John Wayne ou Tom Mix.

 

Marlon Brandp - La Vengeance aux deux visages

Marlon Brandp – La Vengeance aux deux visages

 

Considéré comme l’un des plus beaux westerns américains de la période, La Vengeance aux deux visages est à la fois un coup d’essai mais aussi un coup de maître pour Brando qui livre une fresque fascinante et épique tout en renouvelant la grande tradition du genre hollywoodien. Si la trame du film est classique, son climat insolite ainsi que son caractère introspectif —et œdipien— subliment deux visages tragiques, mis en exergue par la grande beauté visuelle de chaque plan.

 

Sur le plan formel et narratif, il s’éloigne toutefois du western « historique » comme La Chevauchée Fantastique de John Ford ou Le Train sifflera trois fois de Fred Zinnemann. La mise en scène au caractère envoûtant se joue de toutes les conventions du genre et privilégie une forme de violence à la fois contenue mais tout à fait explosive, générant avec subtilité la tension entre les protagonistes. Dès les premières séquences, ces derniers ne font que mentir pour séduire ou sauver leur peau. Le spectateur est quant à lui invité à contempler le paysage de la plage de Monterey, balayée par des vagues déchaînées.

 

Passerelle entre deux styles de cinéma, La Vengeance aux deux visages allie le style du vieux Hollywood et la maturité émotionnelle du Nouvel Hollywood. Brando y a également introduit des notions ignorées jusque-là par le western, notamment le sadisme et le masochisme. En effet, Rio, trahi, fouetté et mutilé, devient victime de la figure paternelle symbolisée par le personnage de « Dad ». 

 

Karl Maden et Marlon Brando - La Vengeance aux deux visages

Karl Maden et Marlon Brando – La Vengeance aux deux visages

 

Western fleuve très personnel aux extérieurs splendides et aux performances exceptionnelles, La Vengeance aux deux visages traduit le perfectionnisme de Marlon Brando. La singularité des dialogues, tout comme les nombreux silences de l’acteur, dont la présence est d’ailleurs magnifiée par le cadrage, glacent le sang du spectateur. Rio, antihéros brisé, fidèle à l’image iconoclaste de Brando, est animé par une haine qui le consume jusqu’à lui ôter toute humanité. Karl Malden, quant à lui, marque les esprits sous les traits de cet ancien truand jouant le rôle de l’homme respectable.

 

En outre, La Vengeance aux deux visages se distingue par la qualité de sa direction d’acteurs. Slim Pickens compose un adjoint visqueux des plus haïssables. Le visage émouvant de la mexicaine Pina Pellicer se démarque de celui de la jeune première habituelle du western (son charme se niche à vrai dire dans son regard triste), tandis que Katy Jurado est magistrale dans la scène où elle apprend que sa fille est enceinte.

 

Marlon Brando et Pina Pellicer - La vengeance aux deux visages

Marlon Brando et Pina Pellicer – La vengeance aux deux visages

 

Dans cette oeuvre moderne pleine de vivacité, Marlon Brando privilégie l’improvisation, capte des fulgurances chez les comédiens et conjugue suspense, bagarre et sens aigu de la violence. Le film, amputé au montage, obtient un grand succès grâce à la notoriété de sa star et à la magnifique photographie en VistaVision de Charles Lang, qui lui vaut une nomination aux Oscars en 1961. Brando, qui s’est lancé dans un interminable tournage, a dépensé six millions de dollars et proposé un director’s cut de cinq heures, n’est pourtant pas épargné par la critique. Film culte (malgré sa lenteur), mélangeant les codes du western et du mélodrame, La Vengeance aux deux visages demeure un chef-d’oeuvre épique, ambigu, incandescent et torturé.

 

À contempler pour la première fois dans sa restauration 4K réalisée par Universal Studios et The Film Foundation en consultation avec Martin Scorsese et Steven Spielberg. « Même dans sa version tronquée, c’est une réussite stupéfiante, un des meilleurs westerns de tous les temps » déclare Scorsese.

 

 

Editions La Vengeance aux deux visages

Editions La Vengeance aux deux visages

Blu-ray : Cette édition Prestige Limitée offre une copie splendide. Le son est également clair. Côté suppléments, le coffret contient une courte présentation de La Vengeance aux deux visages par Martin Scorsese lui-même, la bande annonce originale ainsi que de nombreux memorabilia inédits, à savoir les reproductions de douze lobby cards, un fac-similé du dossier de presse promotionnel d’époque et une superbe affiche.

 

 

 

Sévan Lesaffre

 

 

 

  • LA VENGEANCE AUX DEUX VISAGES (One-Eyed Jacks)
  • Sortie vidéo : 11 juillet 2018
  • Format / Produit : Édition Prestige Limitée Blu-ray, DVD + Memorabilia
  • Réalisation : Marlon Brando, Bernard McEveety et Paul Baxley (non crédités)
  • Avec : Marlon Brando, Karl Malden, Ben Johnson, Katy Jurado, Pina Pellicer, Slim Pickens, Timothy Carey, Elisha Cook JR. …
  • Scénario : Calder Willingham, Guy Trosper, Sam Peckinpah, Rod Sterling, d’après un roman de Charles Neider
  • Production : Franck P. Rosenberg
  • Photographie : Charles Lang
  • Montage : Archie Marshek
  • Décors : J. McMillan Johnson, Hal Pereira
  • Costumes : Yvonne Wood
  • Musique : Hugo Friedhofer
  • Édition vidéo : Carlotta Films
  • Tarif : 27,99 €
  • Durée : 2h21
  • Sortie initiale : 30 mars 1961 (États-Unis) – 6 octobre 1961 (France)

 

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