Roma de Alfonso Cuaron : critique

Publié par CineChronicle le 8 janvier 2019

Synopsis : ce film fait la chronique d’une année tumultueuse dans la vie d’une famille de la classe moyenne à Mexico au début des années 1970.

 

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Roma

Roma

Les parcours des « Three Amigos », le trio de réalisateurs mexicains arrivés à Hollywood dans les années 2000, se distinguent à plus d’un titre. Guillermo del Toro a obtenu la consécration en 2018 avec une œuvre mineure de sa filmographie (La Forme de l’Eau). Alejandro Gonzalez Iñarritu a réalisé un doublé de l’Oscar du meilleur réalisateur avec un film sur le travail créatif (Birdman) puis un western plus conventionnel (The Revenant). Alfonso Cuarón a accompli l’inverse : six ans après un film de science-fiction qui se distinguait pour sa prouesse technique (Gravity), il obtient le Lion d’Or, les Golden Globes du meilleur film étranger et du meilleur réalisateur et se positionne très bien pour les Oscars avec une réalisation indubitablement personnelle, Roma. Cette oeuvre fait référence à la Colonia Roma, le quartier de Mexico où se déroule l’histoire, et au mot « amor » (amour en espagnol) à l’envers, mais on pense tout de suite à Fellini Roma ou au Mamma Roma de Pasolini, autres cris d’amour des maîtres du néoréalisme italien à leur enfance. Pour Alfonso Cuarón, seul Netflix pouvait lui permettre de retrouver une liberté créative totale, dix-sept ans après son dernier projet mexicain, Y Tu Mamá También. Pari réussi, le film entier est sous le signe du « All Is True » cher à Balzac, 90 % du récit étant extrait de ses souvenirs d’enfance. Roma raconte l’histoire de Cleo, employée de maison indienne d’une famille d’intellectuels à Mexico en 1970. Le film est dédié à Libo, la bonne de la famille Cuarón à l’époque. On sent l’amour du réalisateur poindre à travers ce portrait de femme courage, interprétée par Yalitza Aparicio dont c’est la première expérience au cinéma. À hauteur de femme, la caméra reconstitue une époque de chamboulements au Mexique, entre les manifestations étudiantes, les guérillas et les mentalités qui changent. Le noir et blanc se fait nostalgique, pour ressusciter une Mexico grouillante, pleine de bruits et de foule, rythmée par les chansons populaires passant à la radio, les cinémas immenses et l’intimité qui pointe tout bas.

 

Roma - Alfonso Cuaron

Roma – Alfonso Cuaron

 


Si Roma est un portrait, c’est aussi celui d’une fracture sociale. Cleo navigue dans la vie, prend soin des enfants, parle à ses collègues dans le secret de la langue mixtèque et est parfois simple figurante. Ses malheurs trouvent leur pendant dans ceux de la famille où elle travaille et pourtant, du fait de sa condition sociale, elle en est exclue. Ses patrons ne la considèrent que d’un point de vue paternaliste et ne l’intègrent pas à leurs problèmes alors qu’elle en est témoin et partie. Aucun pont entre la petite bonne indienne et la classe moyenne américanisée : c’est le grand mal du Mexique. Alfonso Cuarón a réalisé, produit, filmé et monté son film le plus personnel en l’imaginant à travers les yeux d’Emmanuel Lubezki, l’un des directeurs de la photographie les plus renommés d’Hollywood. Outre le noir et blanc somptueux, il englobe tout le décor par de longs plans-séquences silencieux, sans lésiner sur la symbolique (ne serait-ce que celle de la voiture du père), les hommages et les séquences de poésie pure.

 

Voir un homme grimé en croque-mitaine chanter en norvégien devant un feu de forêt, un catcheur expliquer la mystique orientale devant des nervis, un drame se nouer devant une projection de La Grande Vadrouille, Alfonso Cuarón y parvient et livre un très grand film, à la fois fresque d’une époque et une tranche de vie.

 

Arthur de Boutiny

 

 

 

  • ROMA
  • Diffusion mondiale 14 décembre 2018
  • Format / Chaîne : Netflix
  • Réalisation : Alfonso Cuarón
  • Avec : Yalitza Aparicio, Marina de Tavira, Fernando Grediaga, Jorge Antonio Guerrero, Marco Graf, Daniela Demesa, Diego Cortina Autrey, Carlos Peralta, Nancy Garcia…
  • Scénario : Alfonso Cuarón
  • Production : Alfonso Cuarón, Gabriela Rodriguez, Nicolas Celis
  • Photographie : Alfonso Cuarón
  • Montage : Alfonso Cuarón, Adam Gough
  • Décors : Eugenio Caballero
  • Costumes : Anna Terrazas
  • Durée : 2h15

 

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