Une grande fille de Kantemir Balagov : critique

Publié par Erica Farges le 8 août 2019

Synopsis : 1945. La Seconde Guerre mondiale a ravagé Léningrad. Au sein de ces ruines, deux jeunes femmes, Iya et Masha, tentent de se reconstruire et de donner un sens à leur vie.

♥♥♥♥♥

 

Une grande fille - affiche

Une grande fille – affiche

Jeune cinéaste remarqué il y a deux ans grâce à Tesnota – Une vie à l’étroit, un drame encensé par la majorité de la critique se déroulant au sein d’une communauté juive orthodoxe, Kantemir Balagov se penche cette fois-ci sur la condition des femmes dans un Léningrad ravagé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Si le réalisateur confie avoir eu plusieurs influences cinématographiques (son maître Alexandre Sokourov, Rossellini, Kalatozov, Godard…), c’est l’œuvre littéraire La guerre n’a pas un visage de femme écrite par Svetlana Aleksievitch, prix Nobel de littérature, qui a été la principale source d’inspiration pour son deuxième long-métrage. Iya (Viktoria Miroshnichenko), la « Grande Fille » du titre, et Masha (Vasilisa Perelygina) sont des infirmières hospitalières unies par un arrangement autour de la maternité. À priori diamétralement opposées, physiquement comme en caractère, les deux amies inattendues se révèlent finalement complémentaires. Ainsi, à l’instar du premier long-métrage du réalisateur, Une Grande Fille met à l’honneur le point de vue féminin. Malgré la fin des hostilités guerrières, l’ambiance dans laquelle évoluent les jeunes femmes demeure oppressante et étouffante, autant par les contraintes découlant des séquelles laissées par les combats que par leur position dans la société. La maladie d’Iya, qui provoque des spasmes et des moments de paralysie pendant lesquels il lui est impossible de respirer, contamine l’écran, transmettant aux spectateurs cette sensation d’oppression pendant plus de deux heures.

 

Une Grande Fille

Une Grande Fille

 

Le film, lauréat du Prix de la mise en scène à Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes, s’ancre dans l’époque du récit en adoptant un classicisme avéré. L’approche très contemplative donne l’impression d’assister à une reconstitution historique à travers des fresques. Un effet amplifié par la sublime photographie de Kseniya Sereda, qui donne des allures de tableaux aux images qui défilent à l’écran. Cette construction originale et osée n’est malheureusement pas entièrement maîtrisée, amenant ainsi une lenteur et quelques longueurs inutiles. Ce problème de fluidité est d’autant plus palpable par l’allure suffocante que le réalisateur a voulu conférer au drame. Malgré ces imperfections au niveau du rythme, on ne peut que saluer l’habilité dont fait preuve le cinéaste pour dépeindre singulièrement l’URSS post-guerre. Les attentes des spectateurs vis-à-vis d’un film historique au format, à priori, classique sont rapidement détournées.

 

Une Grande Fille

Une Grande Fille

 

En plus du point de vue féminin déjà mentionné, un choix qui reste encore assez rare dans ce genre cinématographique, bien que désormais plus courant qu’auparavant, Kantemir Balagov insuffle des composantes résolument modernes. On mentionne notamment l’attitude des personnages, surtout celle des deux protagonistes, la manière dont il aborde la liberté des femmes sur leur corps, ou encore, la révolte féminine face à une société patriarcale. Ainsi, Une Grande Fille propose une plongée dans l’intimité et les blessures de ses héroïnes, souvent exprimées par les contrastes visuels entre les tons ternes des constructions vétustes, la froideur clinique et les touches de coloris chatoyants.

 

 

 

  • UNE GRANDE FILLE (Dylda)
  • Sortie salles : 7 août 2019
  • Réalisation : Kantemir Balagov
  • Avec : Viktoria Miroshnichenko, Vasilisa Perelygina, Timofey Glazkov, Andrey Bykov, Igor Shirokov, Konstantin Balakirev, Ksenia Kutepova, Olga Dragunova
  • Scénario : Kantemir Balagov et Alexandr Terekhov
  • Production : Sergey Melkumov et Alexander Rodnyansky
  • Photographie : Kseniya Sereda
  • Montage : Igor Litoninskiy
  • Décors : Sergey Ivanov
  • Costumes : Olga Smirnova
  • Musique : Evgueni Galperine
  • Distribution : ARP Sélection
  • Durée : 2h17

 

Commentaires

A la Une

The Substance : le film de body horror avec Demi Moore se dévoile dans un teaser intrigant

Le nouveau film de Coralie Fargeat verra s’affronter Demi Moore et Margaret Qualley autour de cette fameuse substance.    … Lire la suite >>

Gladiator II : une bande-annonce épique et intense pour la suite de l’épopée historique

Ridley Scott nous replonge dans l’arène du Colisée de Rome, avec Paul Mescal pour marcher dans les pas de son… Lire la suite >>

Emmanuelle : La relecture se dévoile dans une bande-annonce sensuelle et mystérieuse

Le nouveau long-métrage d’Audrey Diwan, avec Noémie Merlant dans le rôle-titre, révèle les premières images de cette nouvelle version du… Lire la suite >>

RIP : Matt Damon et Ben Affleck à l’affiche d’un thriller criminel sur Netflix

La plateforme de streaming a récemment acquis les droits du film qui sera écrit et réalisé par Joe Carnahan, avec… Lire la suite >>

Robert Englund et John Carpenter, nouvelles étoiles du Hollywood Walk of Fame

Chaque année, plusieurs stars sont célébrées sur le Hollywood Walk of Fame. En 2025, plus de trente personnes le rejoindront…. Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 MOI, MOCHE ET MECHANT 4 1 400 169 1 1 400 169
2 LE COMTE DE MONTE-CRISTO 1 076 425 3 3 539 650
3 VICE-VERSA 2 860 850 4 6 296 623
4 UN P'TIT TRUC EN PLUS 310 660 11 8 388 607
5 SANS UN BRUIT : JOUR 1 104 468 3 740 382
6 HORIZON : UNE SAGA AMERICAINE, CHAPITRE 1 71 398 2 193 015
7 LONGLEGS 69 851 1 69 851
8 TO THE MOON 60 663 1 60 663
9 BAD BOYS : RIDE OR DIE 53 569 6 1 175 179
10 ELYAS 45 371 2 147 466

Source: CBO Box office

Nos Podcasts