Ressortie / Angel Heart de Alan Parker : critique

Publié par Sévan Lesaffre le 17 septembre 2019

Synopsis : Détective alcoolique à la dérive, Harry Angel est chargé d’aller rechercher en Louisiane un chanteur défiguré et devenu amnésique depuis son retour de la guerre. Il va se heurter au vaudou.

 

♥♥♥♥

 

Angel Heart - affiche

Angel Heart – affiche

Deux ans après avoir obtenu le Grand Prix du jury à Cannes pour l’émouvant Birdy, le réalisateur britannique Alan Parker, derrière FameMississippi Burning ou encore Evita, change radicalement de registre avec Angel Heart, polar mystique, obscur et fiévreux librement adapté du roman Le Sabbat dans Central Park de l’écrivain et scénariste américain William Hjortsberg (Un cocktail explosifLegend). New York, 1955. Le détective privé Harry Angel (l’excellent Mickey Rourke) est chargé de retrouver la trace de Johnny Favorite, un ancien crooner devenu amnésique dans l’Amérique d’après guerre. Mais l’enquête commanditée par l’étrange Louis Cyphre (incarné par un diabolique Robert De Niro) l’entraîne à Harlem, puis dans une clinique psychiatrique isolée et va s’avérer plus dangereuse que prévue, semant la mort sur son passage. Elle conduira également le détective sur les terres mystiques de La Nouvelle-Orléans… Grand cinéaste formaliste des années 1980, Alan Parker, qui réinterprète le mythe de Faust, orchestre un thriller noir, trouble et oppressant en usant de son sens du cadre et de la mise en scène. D’abord pur suspense à l’ambiance urbaine, Angel Heart bascule très vite dans le surnaturel lorsque Harry quitte la froideur de Brooklyn pour le climat chaud, malsain et insalubre de la Louisiane. La photographie toute en ombres et lumières de Michael Seresin (Bugsy MaloneMidnight ExpressL’Usure du temps) baigne le film dans une brume spongieuse, fait corps avec l’atmosphère humide, glauque voire anxiogène qui suinte constamment des décors, tandis que la musique suave et jazzy de Trevor Jones accentue l’étrangeté de cette œuvre si singulière.

 

 

Angel Heart

Angel Heart

 

La reconstitution du New York des années 1950 est remarquable – on aperçoit au passage le parc d’attractions de Coney Island et sa fameuse Wonder Wheel réemployés par Woody Allen –, de même que la moiteur de la Louisiane semble palpable à chaque plan. Tour à tour cynique, nerveux ou séducteur, Mickey Rourke (Rusty JamesL’Année du dragon9 semaines 1/2) trouve ici son rôle le plus marquant et fait face à un effrayant Robert De Niro à la manucure parfaite, meneur d’un jeu mortifère qui entraîne avec lui la sensuelle Lisa Bonet et la charmante Charlotte Rampling. Bien qu’assez prévisible, le scénario s’avère efficace : Parker reprend un à un les codes du film noir, sème quantité d’indices pour complexifier cette tortueuse et funeste quête dans les entrailles sombres de l’âme humaine et imbrique des scènes crues pour instaurer un malaise permanent.

 

Angel Heart

Angel Heart

 

Son Angel Heart regorge ainsi de détails intrigants (l’ombre d’un ventilateur, des murs recouverts de sang, l’escalier sans fin, la cérémonie vaudou dans les bayous…) symbolisant l’inéluctable descente aux enfers du héros. À tel point que le dénouement pessimiste ne parvient plus à surprendre. En outre, l’esthétisme foudroyant prend le pas sur la vraisemblance du récit ; la production d’images érotisantes constitue des morceaux de bravoure comme l’analogie sordide entre pluie, sang et sueur ou encore le morcellement du corps féminin lors des scènes de sexe. Malgré les quelques effets appuyés qui viennent parfois contredire la fluidité du montage, cette première incursion sanglante et dérangeante de Parker dans l’univers du polar, décrite à l’époque comme un croisement entre Chinatown et L’Exorciste, est une réussite. Un climat d’angoisse maîtrisé pour un film devenu culte.

 

 

 

  • ANGEL HEART : AUX PORTES DE L’ENFER (Angel Heart)
  • Ressortie : 18 septembre 2019
  • Version restaurée 4K
  • Réalisation : Alan Parker
  • Avec : Mickey Rourke, Robert De Niro, Lisa Bonet, Charlotte Rampling, Stocker Fontelieu, Brownie McGhee, Miachel Higgins, Elizabeth Whitcraft, Eliott Keener, Charles Gordone, Dann Florek, Kathleen Wilhoite, George Buck, Judith Drake, Gerald Orange, Peggy Severe, Pruitt Taylor Vince
  • Scénario : Alan Parker d’après le roman Falling Angel de William Hjortsberg
  • Production : Eliott Kastner, Alan Marshall, Robert Dattila, Mario Kassar, Andrew G. Vajna
  • Photographie : Michael Seresin
  • Montage : Gerry Hambling
  • Décors : Brian Morris
  • Costumes : Aude Bronson-Howard
  • Musique : Trevor Jones
  • Distribution : Carlotta Films
  • Durée : 1h53
  • Sortie initiale : 6 mars 1987 (États-Unis)  – 8 avril 1987 (France)

 

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