Dolemite is my name de Craig Brewer : critique

Publié par CineChronicle le 30 octobre 2019

Synopsis : Quand Hollywood l’a écarté dans les années 1970, le talentueux Rudy Ray Moore décide de se produire ses propres œuvres, dont le célèbre film de blaxploitation « Dolemite ».

♥♥♥♥

 

Dolemite is my name - affiche

Dolemite is my name – affiche

Eddie Murphy fait son come-back dans un biopic décoiffant qui sent bon les 70’s. Après plusieurs années d’absence sur le grand écran, Netflix lui prête les traits d’une icône de la blaxploitation dans Dolemite is my name. Le géant du streaming a prouvé à maintes reprises qu’il savait mettre les marginaux de toute sorte en lumière, notamment avec The Dirt ou bien le plus sombre Extremely Wicked. Si l’un fait taper du pied sur la bande originale de Mötley Crüe et l’autre glace le sang à travers les crimes effroyables du serial killer Ted Bundy, Dolemite is my name fait quant à lui rire aux éclats. Personnage iconique de la blaxploitation, mouvement cinématographique des années 70 qui propulse les Afro-américains en têtes d’affiche sur grand écran, Rudy Ray Moore dynamite les frontières du politiquement correct. Chanteur, danseur, acteur et stand-upper, celui qu’on surnomme Dolemite séduit le public par son répertoire de punchlines obscènes. La recette de son succès est triple : sexe, humour et… kung-fu. À cette époque, l’Amérique puritaine accueille cependant la superstar avec scepticisme. Les comédies d’alors proposent uniquement un casting whitewashé et un humour qui n’outrepasse jamais la bienséance, comme le montre la scène de projection de The Front Page de Billy Wilder. Les blancs sont hilares, les noirs ne décochent pas un sourire. Disquaire le jour et comique la nuit, les débuts de Rudy sur la scène sont donc calamiteux dans un star-system régi par les critères des blancs. Ce rôle d’outsider ringard dans le milieu de la musique rappelle dans une certaine mesure la série française Vernon Subutex, adaptée du roman éponyme de Virginie Despentes. Deux époques différentes, deux contextes incomparables, mais deux disquaires qui portent en eux la marque d’un héritage oublié de la musique. Seulement, l’excentricité de Dolemite lui vaut une ascension fulgurante vers la gloire.

 

Eddie Murphy - Dolemite is my name

Eddie Murphy – Dolemite is my name

 

Délicieusement parodique et décadent, cette histoire de self-made man qui grimpe les échelons laisse tout de même penser que Netflix nous sert du réchauffé. Bien que profondément cynique, Dolemite is my name reste une comédie gentillette sur le rêve américain, saupoudrée d’un peu d’action, d’ambitions démesurées, de fessiers féminins galbés et d’un happy ending bien huilé. À aucun moment Rudy et ses acolytes ne rencontrent de véritables obstacles. Certes ils font preuve d’une débrouillardise sans limite pour monter le film Dolemite qui fera un carton en 1979, mais tout semble presque trop simple. Le film a cependant le mérite de soulever une dimension méta intéressante sur le cinéma de l’époque, soutenue par un casting haut en couleur. Le réalisateur Craig Brewer est ainsi parvenu à dissiper les quelques échecs de sa carrière, parmi lesquels le remake loupé de Footloose de 2011, et s’entourer de pointures.

 

Wesley Snipes - Dolemite is my name

Wesley Snipes – Dolemite is my name

 

Si Eddie Murphy campe la vedette du film avec un personnage qui lui colle parfaitement à la peau, Wesley Snipes détonne dans le rôle d’Urville Martin, comédien de second rôle à l’égo surdimensionné. La mention spéciale revient cependant à l’un des seuls personnages féminins, campé par Da’Vine Joy Randolph, qui interprète l’extravagante Lady Reed. Surnommée Queen Bee (n’en déplaise à la chanteuse pop), elle incarne la caution féministe intersectionnelle du film. Ravie d’être sous les feux des projecteurs, Lady Reed porte à l’écran l’image d’une femme noire non modelée par le regard masculin. Ce qui n’empêche pas Dolemite is my name d’être truffé de femmes hypersexualisées et autres plans un peu trop rapprochés. Mais cette surexposition du corps féminin ne relève pas tant du male gaze si ce n’est de la volonté de caractériser Dolemite par son mauvais goût et son penchant pour le vulgaire.

 

Véritable phénomène de la scène des années 70 aux États-Unis, la superstar a gravé son nom dans le répertoire de plusieurs artistes hip-hop jusqu’à aujourd’hui. De Too $hort à Big Daddy Kane, en passant par Snoop Dogg, Rudy Ray Moore a inspiré plusieurs générations de jeunes rappeurs. En tout point, Dolemite is my name rend donc hommage au musicien, à l’acteur et à la figure phare de la blaxploitation.

 

Garance Lunven

 

 

 

  • DOLEMITE IS MY NAME
  • Sortie : depuis le 25 octobre 2019
  • Chaîne / Plateforme : Netflix
  • Réalisation : Craig Brewer
  • Avec : Eddie Murphy, Wesley Snipes, Mike Epps, Snoop Dogg, Craig Robinson, Tituss Burgess, Da’Vine Joy Randolph, Keegan-Michael Key, Chris Rock, T.I.
  • Scénario : Scott Alexander et Larry Karaszewski
  • Production : John Davis, John Fox et Eddie Murphy
  • Photographie : Eric Steelberg
  • Montage : Billy Fox
  • Décors : Clay A. Griffith
  • Costumes : Ruth E. Carter
  • Musique : Scott Bomar
  • Durée : 2h

 

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