Livre / Richard Linklater, cinéaste du moment : critique

Publié par Jacques Demange le 17 novembre 2019

Résumé : De Slacker, qui se trame au gré des déambulations de ses personnages, jusqu’à Boyhood, tourné sur une période de douze années afin de témoigner au plus près de la lente maturation des corps, les films de Richard Linklater apparaissent comme autant d’occasions de briser l’étau de la dramaturgie cinématographique conventionnelle. Le temps n’y est plus un engrenage implacable mais le lieu des possibles, de l’ouverture et de la perte. À la fois multiple et cohérente, l’œuvre de Richard Linklater est ainsi devenue au fil de trois décennies le creuset d’un cinéma du « moment » qui, dans sa quête d’un sentiment de présence au monde, révèle avec une attention sans cesse renouvelée la secrète puissance des songes et des temps de la vie habituellement regardés comme « faibles ».

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Richard Linklater - cineaste du moment

Richard Linklater – cinéaste du moment

Publié à l’occasion de l’exposition et de la rétrospective Linklater organisée au Centre Pompidou (du 25 novembre 2019 au 6 janvier 2020), cet ouvrage collectif placé sous la direction de Romain Lefebre, co-fondateur de la revue Débordements, Raphaël Nieuwjaer, rédacteur en chef de la revue Débordements, critique de cinéma et traducteur, et Jean-Marie Samocki, membre du comité de rédaction de la revue Débordements et collaborateur à Trafic et Sofilm, permet de conférer une cohérence à une filmographie principalement caractérisée par son apparente disparité. Oscillant entre productions grand public (Le Gang des Newton ; Rock Academy ; Bad News Bear ; Me and Orson Welles) et œuvres indépendantes marquées par un évident souci d’expérimentation (It’s Impossible to Learn to Plow by Reading Books ; Slacker ; la trilogie des Before ; A Scanner Darkly ; Boyhood), l’approche de Linklater se laisse difficilement appréhender, une difficulté que résout en grande partie les différentes contributions proposées ici. En se focalisant sur la question du moment, le collectif choisit délibérément de réunir ses problématiques autour du temps à la fois perçu comme une matérialité sensible (et donc façonnable), et un mouvement arbitraire. La principale qualité de l’ouvrage est qu’il ne laisse aucun film de côté. On retiendra ainsi une analyse poussé de Me and Orson Welles, un retour sur le genre du teenage movie (que Linklater a en effet exploré avec Génération rebelle et Everybody Wants Some !!), et une vaste fresque de l’Amérique vu à travers le prisme du cinéma linklaterien (du double-homme au western et au film de gangsters proposé par Le Gang des Newton au complexe identitaire décrit par Bernie en passant par la critique politique et sociale de Fast Food Nation).

 

À ce panorama répond une focalisation soutenue sur les productions les plus clairement circonscrites par le passage du temps : le triptyque Before et Boyhood, films-dispositifs qui interrogent directement notre perception des altérations temporelles (ainsi du très bel article de Samocki sur les vieillissements de Matthew McConaughey, Ethan Hawke et Julie Delpy). En résultent des analyses poussées qui tout en insistant sur les qualités esthétiques et narratives des films de Linklater, prennent appui sur le parcours du réalisateur pour mieux cerner les tenants et aboutissants de sa mise en scène. À l’excellence de ce fond, on pourra cependant regretter l’absence d’une bibliographie qui aurait permis de baliser le cheminement théorique et critique de ces différents écrits, ainsi que celle d’illustrations qui auraient pu accompagner ce travail de documentation. D’où l’intérêt du vaste entretien inédit qui introduit l’ouvrage.

 

Le cinéaste revient en détail sur l’ensemble de ses films (ainsi que de ses projets inaboutis), son parcours artistique et plus spécifiquement cinéphile, ses influences, son approche de l’écriture et de la mise en scène (format d’image, question du numérique, direction d’acteurs…). Loin de ne former qu’un supplément, cette conversation entérine dès le commencement l’objectif de ces contributions (une subtilité temporelle que Linklater n’aurait pas renié) : prouver que la signature et les intentions d’un auteur peuvent se nicher dans les interstices de films qui apparaissent toujours comme les constructions en acte d’un geste traversé par le temps, de son exécution comme de son évolution.

 

 

 

  • RICHARD LINKLATER, CINÉASTE DU MOMENT
  • Auteurs : Romain Lefebre, Raphaël Nieuwjaer et Jean-Marie Samocki (sous la direction de)
  • Éditions : Post-Éditions
  • Date de parution : 8 novembre 2019
  • Format : 148 pages
  • Tarif : 14 €

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