L’Adieu (The Farewell) de Lulu Wang : critique

Publié par Erica Farges le 8 janvier 2020

Synopsis : Lorsqu’ils apprennent que Nai Nai, leur grand-mère et mère tant aimée, est atteinte d’une maladie incurable, ses proches, selon la tradition chinoise, décident de lui cacher la vérité. Ils utilisent alors le mariage de son petit-fils comme prétexte à une réunion de famille pour partager tous ensemble ses derniers instants de bonheur. Pour sa petite-fille, Billi, née en Chine mais élevée aux Etats-Unis, le mensonge est plus dur à respecter. Mais c’est aussi pour elle une chance de redécouvrir ses origines, et l’intensité des liens qui l’unissent à sa grand-mère.

♥♥♥♥

 

LAdieu de Lulu Wang - affiche

L’Adieu – affiche

Après sa sortie au mois de juillet dans les salles étasuniennes, les spectateurs français peuvent désormais découvrir cette pépite autobiographique directement inspirée d’une histoire de famille qu’a vécu la cinéaste Lulu Wang. Ce deuxième long-métrage, moins confidentiel que son précédent, a valu à celle qui est la compagne de Barry Jenkins (Moonlight) une sélection au Festival de Sundance, où il a été repéré par A24 Films pour assurer sa distribution outre-Atlantique. Près d’un an plus tard, la qualité de cette œuvre est reconnue via plusieurs nominations aux Golden Globes. Avec Awkwafina (Ocean’s 8, Crazy Rich Asians) comme tête d’affiche, elle y interprète superbement Billi, une jeune femme sino-américaine déchirée entre deux cultures. Afin d’incarner l’alter ego de Lulu Wang pendant son voyage en Chine, elle s’est prêtée à un entraînement intensif du mandarin ; langue qu’elle ne maîtrise pas totalement car, bien qu’ayant un père chinois, elle est née aux États-Unis, contrairement à la réalisatrice. Une prestation très crédible, qui a permis à l’actrice-rappeuse de remporter récemment le Golden Globe de la meilleure actrice dans un film musical ou une comédie. Elle devient ainsi, depuis Madonna en 1997 pour son rôle d’Eva Perón dans Evita, la première actrice principale ne provenant pas directement du milieu du cinéma à recevoir une telle distinction.

 

Ladieu de Lulu Wang

L’adieu de Lulu Wang

 

L’Adieu part habilement du décès imminent de la matriarche (Zhao Shuzhen) pour aborder d’autres sujets adjacents. Le résultat est une émouvante comédie dramatique offrant une réflexion sur le deuil, la notion d’honnêteté, le poids des traditions, les conflits culturels et le déracinement. On fait face à des situations ambiguës et incertaines. L’un des points forts est la manière dont sont positionnés les personnages en fonction du pays. Dans les séquences new-yorkaises, Billi est au centre de tout, sa réussite et son expression personnelle apparaissent comme primordiales. En revanche, les scènes chinoises sont plus déroutantes. On s’attend à voir la grand-mère endosser cette place, puisqu’elle est la raison de cette réunion familiale de dernière minute pour rassembler tous les membres qui n’ont pas été réunis depuis vingt-cinq ans. Mais, il n’en est de rien. Tous les personnages se fondent dans un collectif, et l’individualité est quasiment inexistant. Le contraste Occident-Orient se manifeste à travers ces représentations de l’individu au sein du groupe social.

 

Ladieu de Lulu Wang

L’adieu de Lulu Wang

 

La véracité des faits, « basée sur un mensonge réel », et la double culture de la réalisatrice ont été des atouts incontestables dans la mise en scène, donnant lieu à une approche pertinente et authentique. Malgré un événement initial qui laisse présager un dénouement tragique, l’humour se fait tendre et familier. Les décors très colorés, lumineux et quelque peu kitsch rompent avec l’environnement des films sur le décès prochain d’un être cher. Ainsi, dans un paysage cinématographique où les perceptions morales et l’expression des émotions sont majoritairement montrées selon certains critères occidentaux, L’Adieu apparaît comme une réelle transgression.

 

 

 

  • L’ADIEU (The Farewell)
  • Sortie salles : 8 janvier 2020
  • Réalisation : Lulu Wang
  • Avec : Zhao Shuzhen, Awkwafina, X Mayo, Lu Hong, Ling Hong, Tzi Ma, Diana Lin, Yang Xuejian, Becca Khalil, Jim Liu, Aoi Mizuhara, Han Dian Chen, Tzi Ma
  • Scénario : Lulu Wang
  • Production : Daniele Melia, Marc Turtletaub, Peter Saraf, Andrew Miano, Chris Weitz, Jane Zheng, Lulu Wang, Anita Gou
  • Photographie : Anna Franquesa Solano
  • Montage : Matt Friedman et Michael Taylor
  • Décors : Yong Ok Lee
  • Costumes : Athena Wang
  • Musique : Alex Weston
  • Distribution : SND
  • Durée : 1h40

 

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