Livre / Cultural Studies et Hollywood – le passé remanié : critique

Publié par Jacques Demange le 22 février 2020

Résumé : Hollywood a toujours accordé une place importante à la production de films historiques. D’Autant en emporte le vent de Victor Fleming à Ben-Hur de William Wyler, ces œuvres ont marqué durablement l’imaginaire des spectateurs. Toutefois, progressivement, le film historique hollywoodien a pris un nouveau tournant, en même temps que les Cultural Studies s’imposaient dans les universités. Dorénavant, l’ambition de l’œuvre historique serait de réparer une vision falsifiée du passé car entièrement centrée sur celle du groupe dominant (blanc, masculin, hétérosexuel…). Une proposition intéressante mais ces films historiques du XXIe siècle, estampillés Cultural Studies et dérivés, ne seraient-ils pas au final aussi caricaturaux et faussés que ceux du siècle précédent? Plus grave, ils pourraient très bien symboliser les dérives communautaires qui gangrènent actuellement la société américaine…

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Cultural Studies et Hollywood

Cultural Studies et Hollywood

Si les cultural studies sont souvent limitées à la seule question du genre sexuel, – un phénomène principalement dû à la publication d’une grande quantité de lectures féministes depuis la fin des années 1960 et au regain d’intérêt dont celles-ci font l’objet depuis quelques années (voir le récent ouvrage d’Iris Brey, Le regard féminin. Une révolution à l’écran, paru en 2020 aux Éditions de l’Olivier) – David Da Silva, docteur en études cinématographiques, historien du cinéma, enseignant et déjà auteur d’un certain nombre d’ouvrages sur le cinéma américain (parmi lesquels Le populisme au cinéma de D.W. Griffith à Clint Eastwood; Sylvester Stallone, héros de la classe ouvrière ; Trump et Hollywood, tous parus aux éditions LettMotif), revient sur les nombreuses réalités scientifiques recouvertes par ce terme. De la représentation des Afro-américains (African American studies) à celle de la communauté LGBT (Queer studies) en passant par les animaux (Animal studies) ou la judéité (Jewish studies), l’auteur propose un travail de fond particulièrement éclairant. Da Silva se distingue en effet par la rigueur pédagogique de son approche. Après un retour sur l’histoire des cultural studies, le lecteur se voit immédiatement préciser les enjeux de ce type d’études à partir d’analyses comparatives (Spartacus face à Gladiator, The Patriot face aux Prairies de l’honneur) qui mettent en lumière leurs possibles prolongements et leurs limites théoriques. Car si les récits historiques revus par le prisme des cultural studies ont le mérite d’expliciter notre rapport au passé et au présent (l’excellent chapitre consacré à l’élection de Donald Trump), leur orientation initiale, propice au jugement de valeurs, peut parfois laisser perplexes (ce que Da Silva nomme les « conflits d’historiens » et les « conflits de minorités »).

 

À partir de différents outils sociologiques (statistiques, recueil d’opinions sur Internet), Da Silva souligne ainsi la différence entre la réception des films par les critiques et/ou chercheurs et le grand public (300 : Rise of an Empire violemment décrié pour sa misogynie dans certains articles universitaires et pourtant plébiscité par un grand nombre de spectatrices).

 

Autre qualité indéniable de cet ouvrage : sa capacité à concilier fond et formes à travers un double retour sur le scénario et la mise en scène des films envisagés. Cette attention aux questions esthétiques permet de replacer les déterminismes civilisationnels à l’intérieur d’un contexte plus personnel en lien avec l’identité des auteurs mentionnés.

 

Les entretiens réalisés par Da Silva avec des cinéastes (David Mackenzie pour Outlaw King, Andrew Dominik pour L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, José Padilha pour Otages à Entebbe), des scénaristes (Lee Hall pour Cheval de Guerre, Jeffrey Caine pour Exodus : Gods and Kings) et des producteurs (T.G. Herrington pour Free State of Jones) enrichissent le propos général et évitent les partis pris trop extérieurs à leur objet de recherche.

 

Enfin, cette étude a le mérite de viser un lectorat éclectique. Universitaires, critiques, cinéphiles et non spécialistes y trouveront communément leur compte, l’auteur offrant un regard à la fois global, précis et singulier sur un champ d’études devenu central dans notre appréhension des films et plus généralement des objets culturels qui ne cessent de (re)façonner notre vision de l’Histoire.

 

 

 

  • CULTURAL STUDIES ET HOLLYWOOD. LE PASSÉ REMANIÉ
  • Auteur : David Da Silva (préface de Hervé Dumont)
  • Éditions : LettMotif
  • Date de parution : 30 janvier 2020
  • Format : 380 pages
  • Langues : Français uniquement
  • Tarif : 29 € (print) – 16,99 € (numérique) –  36 € (version cartonnée)

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