Résumé : Coup de tonnerre du Festival de Cannes 1973, La Maman et la Putain est d’abord apparu comme emblématique du cinéma post-68, abordant sur un ton délibérément provocateur les thèmes du moment : liberté sexuelle, émancipation des femmes, crise de l’autorité masculine… Année après année, sa gravité et son intemporalité se sont affirmées et son aura ne se dément pas auprès des nouvelles générations, si bien que même difficilement visible, le film de Jean Eustache occupe aujourd’hui le tout premier rang des chefs-d’œuvre du cinéma français. Pourtant, La Maman et la Putain reste un film méconnu et énigmatique, porté par la douleur amoureuse et la pulsion de mort d’Eustache qui, à travers une intrigue éminemment intime, met à nu les impasses politiques et sociales auxquelles les illusions de 68 ont mené. Le présent ouvrage réunit des chercheurs venus d’horizons différents qui, par une pluralité d’approches et d’analyses, mettent en lumière la richesse et la complexité de ce film fondateur.

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La maman et la putain - Politique de lintime

La maman et la putain – Politique de l’intime

Comme l’indiquent Arnaud Duprat, maître de conférences HDR à l’Université Rennes 2 et Vincent Lowy, directeur de l’École supérieure Louis-Lumière, La Maman et la Putain « reste en grande partie inconnu du grand public ». En cause : de rares diffusions à la télévision (un manque sans doute causé par sa durée de 3h40), et surtout aucune diffusion en DVD ou Blu-ray (les ayants droit de l’œuvre ayant bloqué son exploitation). Et pourtant, le film de Jean Eustache demeure un incontournable tant il condense la manière d’un cinéaste et l’esprit d’une époque. C’est cette valeur documentaire que l’on retrouve d’abord au cœur de cet ouvrage collectif. Le tournage en décors réels et le caractère autobiographique du scénario permettent d’interroger en profondeur un contexte géographique et historique (le Paris post-68, ville et époque autour desquels se tissent différentes problématiques politiques, sociales et civilisationnelles) et l’identité d’un artiste qui après plusieurs courts métrages et documentaires s’était attelé d’un seul mouvement à l’écriture de ce premier long métrage d’autofiction. Ces rapprochements biographiques esquissent une série de pistes de lecture qui permettent de comprendre les enjeux souterrains de cet opus majeur. La dilatation dramaturgique et le jeu de miroir incessamment à l’œuvre tout au long du film permettent de faire voir une approche scénographique qui offre une place privilégiée à la parole et au texte.

 

L’idée tenace d’un Eustache adepte de l’improvisation est contrecarrée par un retour analytique précis et aux éclairages multiples. L’étude de la direction d’acteur du cinéaste permet ainsi de souligner la valeur stylistique du triumvirat composé par Jean-Pierre Léaud, Françoise Lebrun et Bernadette Lafont. Eustache révèle ici un tempérament ambiguë, à la fois ouvert aux singularités de ses interprètes et intraitable concernant le respect du texte. La voix, qui joue et qui récite, permet justement de distinguer l’une des grandes particularités esthétiques du film. Mais la voix peut aussi être indirecte.

 

D’où l’intérêt de la relecture du film par le prisme du rapport des sexes qui nous informe sur la relation du réalisateur avec l’héritage de la Nouvelle Vague. Modulée par le temps qui passe, la voix prend la forme d’un écho qui se signale ici par le biais de différentes résurgences scénographiques qui se tissent avec La Chienne de Jean Renoir, film de chevet d’Eustache.

 

Le mystère Eustache se voit sondé jusqu’aux profondeurs de son processus de création. Une exploration permise par les trois entretiens avec Luc Béraud, Pierre Lhomme, et Françoise Lebrun, respectivement assistant réalisateur, chef-opérateur et interprète de La Maman et la Putain, qui clôturent l’ouvrage. Trois regards de l’intérieur qui répondent et prolongent la qualité d’une étude chorale dont l’esprit de synthèse assure le grand intérêt que l’on doit lui porter.

 

 

 

  • LA MAMAN ET LA PUTAIN DE JEAN EUSTACHE. POLITIQUE DE L’INTIME
  • Auteurs : Arnaud Duprat et Vincent Lowy (sous la direction de)
  • Éditions : Le Bord de l’eau
  • Collection : Cinéfocales
  • Date de parution : 21 février 2020
  • Langues : Français uniquement
  • Format : 213 pages
  • Tarif : 22 €

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