Une barque sur l’océan d’Arnold de Parscau : critique

Publié par Erica Farges le 26 août 2020

Synopsis : Eka est un jeune Balinais de 25 ans vivant dans un petit village perdu au nord de Bali. Par amour pour Margaux, belle étudiante en piano expatriée sur l’île avec sa famille française dans une luxueuse villa, Eka décide d’apprendre à composer de la musique. Le jeune homme va se laisser envouter par ce monde artistique qu’il cherche à conquérir, lui faisant espérer une nouvelle vie loin de la pauvreté et de la dureté de son milieu. Mais sa chute sera à la mesure de son ascension vers le succès : vertigineuse et tragique.

♥♥♥♥♥

 

Une barque sur locean - affiche

Une barque sur l’océan – affiche

Entré dans le monde du cinéma avec le thriller Ablations, Arnold de Parscau change totalement de registre pour son deuxième long-métrage. Cette fois, le jeune cinéaste s’attaque à une adaptation très libre du roman Martin Eden écrit par Jack London. Ayant vécu un an en Asie pendant son enfance, il y voyage désormais régulièrement. Dans Une barque sur l’océan, dont le titre fait référence à l’une des pièces de Miroirs composée par Maurice Ravel, il met en avant ce continent qui lui est cher. L’intrigue de base du classique littéraire est transposée à Bali autour du thème de la musique. Passionné par ce domaine, il a d’ailleurs fait ses premiers pas de réalisateur avec le clip de Good Day Today pour David Lynch. Ici, le marin d’Oakland, désirant devenir écrivain afin d’impressionner une fille de bonne famille, se transforme en Eka (Hari Santika). Motivé par ses sentiments pour Margaux (Dorcas Coppin), fille de riches expatriés français, il se lance dans la composition musicale. Malgré quelques bémols, Une barque sur l’océan relève plutôt bien ce double défi de l’adaptation. Déplacer l’action à Bali permet d’intensifier le décalage de milieu entre les deux amants. L’ignorance mutuelle de la culture de l’autre vient creuser le fossé déjà présent par la différence de classe sociale. Le réalisateur qui a également endossé les casquettes de scénariste, producteur, directeur photo et décorateur, utilise le cadre unique qu’offre l’ « Île des Dieux ». Ce paysage paradisiaque à la beauté naturelle est transformé peu à peu par les constructions destinées à accueillir des touristes et expatriés majoritairement occidentaux. Une modification de la nature par l’activité humaine qui peut être vue comme un moyen d’exprimer à l’image le choc des cultures qu’implique la relation amoureuse entre Eka et Margaux.

 

 

Le décor de l’île indonésienne ainsi que la musique occupent une place centrale dans la narration et sont eux-mêmes quasiment des personnages principaux. Lente, la caméra est la plupart du temps contemplative, presque immobile. Elle s’attarde pour prendre le temps de montrer cette romance qui se déroule en parallèle de l’apprentissage de la musique classique pour le héros. Si on apprécie esthétiquement le panorama qu’offre la photographie de qualité, ce rythme un peu trop posé ajoute quelques longueurs superflus, alors qu’elles auraient pu être remplacées par une exploration plus approfondie des enjeux et des personnages. Pourtant, ces derniers sont dotés d’une certaine complexité et d’une présence incontestable.

 

Par souci d’authenticité, les locaux, dont Eka, sont des acteurs amateurs repérés sur place. On aurait aimé en savoir un peu plus sur l’histoire personnelle de chacun des amoureux, mais on retrouve une belle alchimie dans le couple. Dans le roman de Jack London, la romance dramatique entre Martin et Ruth est un prétexte pour décrire la société américaine du début du XXème siècle. Celle d’Eka et Margaux brosse un portrait du clivage qui existe actuellement entre les étrangers et la population locale sur une île qui a pour activité principale le tourisme. Tout en lyrisme et musicalité, Arnold de Parscau propose une nouvelle adaptation assez réussie qui s’imprègne de son cadre unique. 

 

 

  • UNE BARQUE SUR L’OCÉAN
  • Sortie salles : 26 août 2020
  • Réalisation : Arnold de Parscau
  • Avec : Hari Santika, Dorcas Coppin, Elisza Cahaya, Jean-Pol Brissart, Colette Sodoyez, Rio Sidik, Indy Restanto, Marie-Reine Poyteau, Alexis Barbosa, James Nield
  • Scénario : Arnold de Parscau
  • Production : Arnold de Parscau et Marie-Reine Poyteau
  • Photographie : Arnold de Parscau
  • Montage : Marie-Reine Poyteau
  • Décors : Arnold de Parscau
  • Costumes : Marie-Reine Poyteau
  • Musique : Cyrille Marchesseau
  • Distribution : Wayna Pitch
  • Durée : 1h35

 

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