Livre / Le cinéma selon Jean-Pierre Melville : critique

Publié par Jacques Demange le 3 février 2021

Résumé : De Martin Scorsese à John Woo en passant par Quentin Tarantino ou Jim Jarmusch, nombreux sont les cinéastes à se réclamer de Jean-Pierre Melville (1917-1973), tant celui-ci aura renouvelé le cinéma de genre. Dans ce livre d’entretien devenu un classique depuis sa première parution en 1973, le cinéaste revient généreusement sur son parcours et la genèse de ses films. Il y aborde ses influences, son expérience de la Seconde Guerre mondiale, les grands thèmes de son œuvre et son travail de metteur en scène. Peu à peu se profile une personnalité complexe, parfois contradictoire : le portrait d’un homme secret et orgueilleux, réputé pour ses brouilles et ses colères, mais porté par un amour inconditionnel du cinéma. Cette nouvelle édition illustrée est augmentée d’un chapitre inédit sur Le Chagrin et la Pitié de Marcel Ophuls, qui avait marqué Melville à sa sortie en 1971, ainsi que d’une postface de Rui Nogueira.

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Le cinema selon Jean-Pierre Melville

Le cinéma selon Jean-Pierre Melville

Publié pour la première fois chez Seghers en 1973, ce livre d’entretien avec Jean-Pierre Melville, coordonné par le critique Rui Nogueira, condense un ensemble de qualités qui force l’intérêt de ce cette réédition. Après 25 ans d’activité, le cinéaste pose d’abord un regard rétrospectif sur sa carrière. Tout en déclarant son goût premier pour les arts de la scène, sa première incursion cinématographique remonte à un souvenir d’enfance : le maniement d’une caméra Pathé-Baby à l’âge de six ans. Loin d’être anecdotique, ce moment marque la méthode d’un réalisateur autodidacte affirmant un esprit d’indépendance, mais aussi de défiance, qui fera de lui un père spirituel, plus ou moins assumé, pour la nouvelle génération des auteurs de la Nouvelle Vague, mais aussi du Nouvel Hollywood. Assuré dans ses goûts, Melville refuse la langue de bois. Rejetant Raoul Walsh qu’il qualifie de « pauvre metteur en scène », il soutient certains représentants de la « qualité française » honnie par les jeunes turcs des Cahiers du cinéma. Son amour pour l’Amérique est d’abord un amour culturel qui le fera changer de nom (Melville faisant référence au célèbre écrivain américain) et marquera durablement sa cinématographie. Cette dernière bénéficie justement d’une féconde auto-analyse. De son premier court métrage, Vingt-quatre heures dans la vie d’un clown au Cercle rouge, chaque film est décrit à travers un chapitre unique. Melville revient longuement sur les différentes phases de production, du scénario aux choix des décors, se montre consciencieux et disert dans la formulation de ses réponses, n’hésitant pas à s’attarder sur un point technique en particulier ou à décrire en profondeur les étapes de réalisation d’une séquence.

 

À ces préoccupations fascinantes, s’ajoutent des propos plus généraux sur l’art de la réalisation ou le jeu d’acteurs. Ainsi de sa réflexion sur l’underplay, ou sur la retranscription de l’esprit tragique à travers le cadre des genres cinématographiques. Cette prolixité de la parole est évidemment favorisée par les interrogations de Nogueira qui n’hésite pas rebondir sur les propos du réalisateur pour l’inciter à approfondir ses propos.

 

Cette complicité entre le cinéaste et le critique fait le prix de leur discussion sur Le chagrin et la pitié de Marcel Ophüls, rapportée dans un chapitre inédit, qui permet à Melville de revenir sur son propre passé de résistant et son identité juive. Cette ultime conversation est peut-être l’une des plus belles rapportées par le livre. Les questions de Nogueira ravivent en Melville des souvenirs et des sentiments dont la justesse et la sincérité permettent de saisir la pleine humanité qui se dégage de ses propres films.

 

 

 

  • LE CINÉMA SELON JEAN-PIERRE MELVILLE. ENTRETIEN AVEC RUI NOGUEIRA
  • Auteur : Rui Nogueira
  • Éditions : Capricci
  • Date de parution : 21 janvier 2021
  • Première édition : 1973 chez Seghers
  • Langues : Français uniquement
  • Format : 224 pages
  • Tarifs : 22 € (print) – 11,99 € (numérique)

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Source: CBO Box office

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