Ressortie / Basic Instinct de Paul Verhoeven : critique

Publié par Jacques Demange le 16 juin 2021

Synopsis : Nick Curran, inspecteur de police à San Francisco, enquête sur le meurtre d’une star du rock, Johnny Boz, tué de trente et un coups de pic à glace par une inconnue alors qu’il faisait l’amour. Nick apprend que le chanteur fréquentait Catherine Tramell, riche et brillante romancière. Au cours de son enquête, il s’aperçoit que les parents de Catherine sont morts dans un accident suspect, que son professeur de psychologie a été assassiné dix ans plus tôt à coups de pic à glace et qu’enfin, une de ses meilleures amies a, en 1956, tué ses trois enfants et son mari.

♥♥♥♥♥

 

Basic Instinct - affiche ressortie

Basic Instinct – affiche ressortie

Continuant de profiter de l’aura de scandale qui accompagna sa sortie (des séquences coupées car jugées trop sulfureuses aux polémiques suscitées par sa représentation de l’homosexualité), Basic Instinct (1992) s’offre un retour en salle en version restaurée 4K. Parangon de ce nouveau thriller érotique qui fit le bonheur du cinéma américain des années 1990, le film de Paul Verhoeven présente pour le spectateur contemporain de nouveaux enjeux en lien avec son époque et son inscription au sein du cinéma de genre. En choisissant d’ouvrir sa production par un reflet représentant deux corps nus et enlacés, le réalisateur hollandais désigne l’exposition frontale comme principe premier de sa mise en scène. Après Robocop (1987) et Total Recall (1990), Verhoeven prolonge la ligne de conduite qui détermina son intronisation au sein du cinéma hollywoodien. Recourant aux codes du genre, le cinéaste propose la représentation d’une société américaine en perte d’authenticité, ayant pris l’habitude de confondre le vrai et le faux. Basic Instinct pourrait en fait être revu à la lumière des réflexions de Jean Baudrillard. C’est peu dire que l’auteur de Simulacres et Simulation aurait trouvé dans les multiples sur-cadrages du film de Verhoeven une justification de ses thèses les plus stimulantes. Le scénario de John Eszterhas prend les allures d’un jeu de rôles, la présence du roman comme pierre angulaire du whodunit exprimant l’influence exercée par l’imaginaire romanesque sur le réel.

 

Basic Instinct

Basic Instinct

 

L’intérêt de la posture du réalisateur est de ne jamais prendre une quelconque distance avec les actions et les personnages décrits par son film. Les scènes de course-poursuite comme les réactions des protagonistes répondent à un cahier des charges qui flirte souvent avec le cliché. Mais la chose est consciente, participant d’abord au mystère de l’enquête mais aussi à l’atmosphère générale du film.

 

Tous les tropes et figures éculées répondent présents : l’inspecteur luttant contre ses démons du passé, la femme fatale dont la fragilité, feinte ou réelle, participe au charme vénéneux, la virilité à la brutalité attractive, les verres de whisky que l’on s’enquille et l’impression constante que quelque chose nous échappe définitivement. Verhoeven va jusqu’à détruire le suspense finale par le biais d’un insert, comme pour entériner le discours de la transparence qui caractérise l’ensemble de son film.

 

Basic Instinct

Basic Instinct

 

Le geste critique du réalisateur se couple par ailleurs d’une fascination cinéphile. Le San Francisco de Basic Instinct est comme hanté par celui du Vertigo (1958) d’Hitchcock. La blondeur de Sharon Stone rappelle inévitablement celle de Kim Novak, tandis que Michael Douglas retrouve le jeu physique et pulsionnel propre au James Stewart des années 1950. Mais si la matrice Vertigo va jusqu’à s’immiscer dans la composition du générique dont le graphisme abstrait rappelle le style de Saul Bass, c’est aussi du côté de Fenêtre sur cour (1954) que Verhoeven semble fréquemment revenir.

 

Comme dans ce dernier, ce n’est pas tant le motif du regard qui prime que le fait de voir sans être vu. Basic Instinct récupère donc à son compte cette idée de pulsion voyeuriste mais se débarrasse du plaisir coupable qui s’y rattachait encore chez Hitchcock. Chez Verhoeven, en effet, le rapport de forces s’inverse et c’est l’objet du regard qui impose son emprise sur le voyeur frustré et impuissant. À l’intérieur des luxueux patios qui traversent le film, le corps dénudé s’expose sciemment au badaud qui traverse la rue. La clé de l’indice se trouve alors du côté de cette apparence dont la perfection navigue dans les eaux troubles du faux-semblant.

 

 

 

  • BASIC INSTINCT
  • Ressortie salles : 16 juin 2021
  • Version restaurée 4K
  • Réalisateur : Paul Verhoeven
  • Avec : Michael Douglas, Sharon Stone, Jeanne Tripplehorn, George Dzundza, Denis Arndt, Leilani Sarelle, Dorothy Malone, Bruce A. Young, Chelcie Ross, Wayne Knight, Daniel von Bargen, Stephen Tobolowsky
  • Scénario : Joe Eszterhas
  • Producteur : Alan Marshall
  • Photographie : Jan de Bont
  • Montage : Frank J. Urioste
  • Musique : Jerry Goldsmith
  • Costumes : Nino Cerruti et Ellen Mirojnick
  • Distributeurs : Carlotta Films
  • Édition : disponible également en Steelbook UHD / 2 Blu-ray par StudioCanal
  • Durée : 128 minutes
  • Sortie initiale : 20 mars 1992 (États-Unis) – 8 mai 1992 (France)

 

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