Ressortie / In the Mood for Love de Wong Kar-wai : critique

Publié par Jacques Demange le 20 juillet 2021

Résumé : 1962, Hong Kong. Chow Mo-Wan, rédacteur en chef, et sa femme, emménagent dans un nouvel appartement, il voit très peu son épouse, fréquemment prise par des occupations de dernière minute. Le même jour, Su Li-Zhen, secrétaire, et son mari, exportateur, voyageant régulièrement pour affaires, emménagent dans l’appartement d’à côté. Les deux couples voisins n’ont aucune relation – sauf à se croiser dans l’escalier lorsqu’ils sortent faire les courses. Leur solitude commune et d’évidentes affinités rapprochent Su Li-Zhen et Chow Mo-Wan, jusqu’au jour où ils comprennent que leurs époux respectifs, entretiennent ensemble une liaison…

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In the Mood for Love - affiche version restauree 4K

In the Mood for Love – affiche version restauree 4K

Film-charnière dans l’œuvre de Wong Kar-wai, condensant l’énergie formelle de ses premières productions et annonçant la maîtrise de ses futures élégies amoureuses, In the Mood for Love semble toujours prendre son titre au sens littéral de ses termes. C’est en effet une émotion qui guide l’errance sentimentale de M. Chow (Tony Leung) et Mme Chan (Maggie Cheung) dont l’adultère par procuration se développe à travers la recherche constante d’une absolution de la distance. Tout ici est une question d’espace, ou plutôt de la perception de l’espace amoureux. Entre dynamisation de l’enchaînement des plans et langueur de la composition unique, la mise en scène du cinéaste hongkongais conjugue les rythmes concomitants du mélodrame et de la comédie musicale, signe de l’identité double de ce pays traçant un trait d’union entre la philosophie orientale et la culture occidentale. La célèbre interprétation musicale de Michael Galasso redouble ce tempo, le caractère mélodieux de l’orchestration se déployant à travers le rapport entre permanence et pointes, continuité et ruptures régulées. La structure du film est la même, Wong Kar-wai distillant de la variation dans la répétition de ses scènes. Ce que révèle cette scénographie, c’est la beauté mystérieuse de la relation platonique à travers laquelle le rapport charnel est d’autant plus fort qu’il se fonde sur l’esquisse d’un geste qui annonce et repousse en même temps sa concrétisation. D’où la présence de ces plans vides qui ponctuent le film. Là où Ozu faisait de cette mise-à-nu du cadre un moyen de suspension, Wong Kar-wai l’envisage comme un outil d’annonciation.

 

In the mood for love

In the mood for love

 

Dans un cas comme dans l’autre c’est la temporalité qui s’exprime mais selon des modalités toutes différentes. Chez Ozu le plan vide fonctionne comme une unité totalisante et unique, chez Wong Kar-wai il se présente comme un obstacle que résoudra l’apparition tronquée des corps des deux amants. Ici s’envisage l’importance que tire chez lui le ralenti, se détachant de toute préciosité vaine pour formuler un discours sur les particularités de la relation amoureuse décrite. Le dilatation du temps fait écho à la force des cadrages qui révèlent les non-dits des dialogues et font voir la coulée des larmes que dissimulent les dos tournés et les visages enfouis contre le hors-champ des corps.

 

C’est alors que se complexifie la nature du rapport qui traverse l’entière filmographie du cinéaste. Le hors-champ doit se comprendre comme un hors-temps. Le recours aux images d’archive contextualisent moins qu’elles découvrent l’immuabilité du sentiment humain, constat que 2046 (2004) poussera plus loin encore. L’insert sur les racines s’échappant d’un mur du temple bouddhique, son plafond décrépi et ses façades en ruines, résonnent avec l’idée qui anime le cinéma de Wong Kar-Wai : tout change et tout demeure.

 

In the mood for love

In the mood for love

 

Tout n’est affaire que d’une émotion, propre au règne de la sensation. Signe d’une fin en même temps que la possibilité d’un éternel (re)commencement. La restauration 4K proposée par cette édition chapeautée par L’immagine Ritrovata en collaboration avec Criterion et sous la supervision du réalisateur ravive la nature impressionniste du film. Le soin tout particulier accordé au traitement des couleurs et des images éclairées par Christopher Doyle revitalisent la vision, et insiste sur la concordance formelle propre à l’art du cinéaste. On comprend mieux alors la place essentielle occupée par le réalisateur dans le champ du cinéma contemporain.

 

 

 

  • IN THE MOOD FOR LOVE (花樣年華, Huāyàng niánhuá )
  • Ressortie salles : 21 juillet 2021
  • Version restaurée 4K
  • Réalisateur : Wong Kar-wai
  • Avec : Tony Leung, Maggie Cheung
  • Scénario : Wong Kar-wai
  • Producteur : Wong Kar-wai
  • Photographie : Christopher Doyle
  • Montage : William Chang Suk Ping
  • Musique : Michael Galasso et Shigeru Umebayashi
  • Costumes : William Chang
  • Distribution ressortie : La Rabbia
  • Durée : 1 h 38
  • Sortie initiale : 20 mai 2000 (Festival de Cannes) – 29 septembre 2000 (Hong-Kong)

 

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