Je m’appelle Bagdad de Caru Alvez de Souza : critique

Publié par Jacques Demange le 22 septembre 2021

Synopsis : Bagdad est une skateuse de 17 ans qui vit à Freguesia do Ó, un quartier populaire de la ville de São Paulo, au Brésil. Bagdad skate avec un groupe d’amis masculins et passe beaucoup de temps avec sa famille et avec les amis de sa mère. Ensemble, les femmes qui l’entourent forment un réseau de personnes qui sortent de l’ordinaire. Lorsque Bagdad rencontre un groupe de skateuses féminines, sa vie change soudainement.

♥♥♥♥

 

Je mappelle Bagdad- affiche

Je m’appelle Bagdad – affiche

Depuis maintenant trente ans, le skate-board a remplacé l’automobile dans la mythologie adolescente. Alors qu’en 1955 les lycéens de La Fureur de vivre (Nicholas Ray) s’amusaient à tromper la mort et leur ennui à travers des courses de bolides, c’est aujourd’hui à coups de slides et de tricks qu’une certaine jeunesse se met au défi de dépasser ses limites. Le cinéma américain contemporain a ainsi tôt fait d’intégrer la fameuse planche à roulettes à l’univers du teen movie. Si la culture du skate a le plus souvent été reléguée dans le hors-champ de ces productions grand public, certains cinéastes ont cherché à en faire le motif central de leurs films. De Kids (1995) à Wassup Rockers (2004), Larry Clark l’a érigé comme symbole d’un âge du désœuvrement pulsionnel et mélancolique, tandis qu’avec Les Seigneurs de Dogtown (2005), la réalisatrice Catherine Hardwicke a cherché à comprendre les origines de ce phénomène. Ce n’est pourtant pas aux États-Unis mais au Brésil qu’a été réalisé Je m’appelle Bagdad, second long métrage de Caru Alvez de Souza. Narrant le quotidien d’une jeune skateuse et de son groupe d’amis dans une banlieue de São Paulo, le film prend la forme d’une chronique douce-amère. L’intérêt du scénario coécrit par la réalisatrice et Josefina Trotta est ne jamais forcer le conflit. La marginalité de Bagdad, dont la coupe garçonne et le visage émacié contrastent avec les canons de beauté officiels, s’épanouit au sein d’un environnement familial acquis à sa cause.

 

Je mappelle Bagdad

Je m’appelle Bagdad

 

Mère et enfants s’entre-aident joyeusement, les voisins queer du salon de beauté sont doux et affables et si la parole s’élève parfois c’est d’abord pour laisser éclater la sonorité mélodieuse de l’accent brésilien. C’est de cette douce harmonie que découle la force du malaise qui finit par envahir le film. Palpée de force par un policier puis agressée par l’un de ses amis, Bagdad subit les outrages d’un monde peu soucieux de respecter la condition féminine mais fait aussi l’expérience d’une nouvelle sorte de solidarité. Fort heureusement, Je m’appelle Bagdad ne tire pas exactement de ces moments les bases d’un discours général. Si l’apparition du genre masculin dans ce milieu principalement dominée par les figures féminines relève bien souvent d’une potentielle menace, la chose demeure en suspens.

 

Je mappelle Bagdad

Je m’appelle Bagdad

 

La cinéaste parvient ainsi à préserver cette troublante atmosphère de légèreté malaisante, inscrivant sa mise en scène dans un mélange de film de famille et de comédie musicale. Aux sons d’une bande-musicale électro, les figures exécutées dans le skate-park prennent valeur d’authentiques chorégraphies qui renvoient aux danses exécutées par Bagdad et ses compagnons au cours de séquences métaphoriques. Si l’on peut reprocher à Caru Alvez de Souza de parfois trop s’épancher dans la bonne humeur ambiante, Je m’appelle Bagdad exprime une force d’expérimentation qui suscite indéniablement l’intérêt. Se refusant à toute forme de didactisme, le film se présente comme une tranche de vie que l’on aurait tort de refuser.

 

 

 

  • JE M’APPELLE BAGDAD (Meu nome é Babda)
  • Sortie salles : 22 septembre 2021
  • Réalisation : Caru Alvez de Souza
  • Scénario : Caru Alvez de Souza et Josefina Trotta
  • Avec : Grace Orsato, Helena Luz, Karina Buhr, William Costa, Marie Maymone, João Paulo Bienermann, Gilda Nomacce, Marie Maymone, Paulette Pink, Nick Batista, Emílio Serrano
  • Production : Rafaella Costa et Caru Alvez de Souza
  • Photographie : Camila Cornelsen
  • Montage : Willem Dias
  • Musique : Will Robson
  • Décors : Marinês Mencio
  • Costumes : Silvana Marcondes
  • Distributeur : Wayna Pitch
  • Durée : 1 h 38

 

Commentaires

A la Une

La Méthode Williams : Will Smith a la rage de vaincre dans la bande-annonce

Biopic basé sur l’incroyable parcours de Venus et Serena Williams, le film réalisé par Reinaldo Marcus Green, avec en vedette… Lire la suite >>

Lee : Kate Winslet, Jude Law et Marion Cotillard dans un film sur une photographe de guerre

Kate Winslet interprétera la photographe de guerre Lee Miller dans le premier film d’Ellen Kuras, avec à ses côtés Jude… Lire la suite >>

Belfast : Kenneth Branagh passe au noir et blanc dans la bande-annonce

Tandis que l’on attend la sortie en février prochain de son Mort sur le Nil, le réalisateur anglais revient avec… Lire la suite >>

Ambulance : Bande-annonce explosive pour le prochain Michael Bay

Michael Bay prend d’assaut les rues de L.A aux côtés de Jake Gyllenhaal et Yahya Abdul-Mateen II dans un thriller… Lire la suite >>

Une première bande-annonce pour Uncharted

Après de nombreux reports pour cause de pandémie et des images volés sur Internet, Uncharted donne des nouvelles avec un… Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 MOURIR PEUT ATTENDRE 778 195 2 2 163 053
2 EIFFEL 408 803 1 408 803
3 LE LOUP ET LE LION 199 085 1 199 085
4 DUNE 186 954 5 2 655 361
5 LA FAMILLE ADDAMS 2 : UNE VIREE D'ENFER 156 133 1 156 133
6 LE DERNIER DUEL 147 221 1 147 221
7 JULIE (EN 12 CHAPITRES) 67 515 1 67 515
8 BOITE NOIRE 67 148 6 1 037 372
9 BAC NORD 63 773 9 2 104 377
10 SHANG-CHI ET LA LEGENDE DES DIX ANNEAUX 38 809 7 1 343 241

Source: CBO Box office

Nos Podcasts