Last Night In Soho d’Edgar Wright : critique

Publié par CineChronicle le 26 octobre 2021

Synopsis : Une jeune fille, passionnée par la mode, parvient mystérieusement à voyager dans les années 1960 où elle rencontre son idole, une éblouissante chanteuse en devenir. Mais le Londres des années 1960 n’est pas ce qu’il paraît, et le temps semble se désagréger avec d’obscures conséquences.

♥♥♥♥♥

 

Last Night in Soho - affiche

Last Night in Soho – affiche

2021 est résolument l’année de tous les défis pour Edgar Wright. Habitué de la comédie, réalisateur de grands films du genre comme Scott Pilgrim, Baby Driver ou encore l’iconique « trilogie Cornetto », le Britannique s’essaye à de nouveaux registres cette année. Après son documentaire sur les frères Sparks, le voici qui se lance dans le genre horrifique, avec Last Night In Soho. On y suit la jeune Eloise, tout droit venue de la campagne anglaise pour étudier la mode à Londres. Le choc entre cette passionnée des Swinging Sixties et ses colocataires plus intéressées par le compte Instagram de Kylie Jenner va la pousser à se prendre une chambre en ville. Et c’est là que tout commence. Une nuit, elle se retrouve en rêve dans le Londres chatoyant des années 60. Thunderball est à l’affiche, les vinyles de Dusty Springfield sont sur toutes les platines, et dans ce rêve, Eloise suit la mystérieuse Sandie, qui espère devenir chanteuse de cabaret. Si la scène d’exposition pèche parfois d’une relative lourdeur, cette première nuit lance réellement l’ouragan d’inventivité qu’est Last Night In Soho. Du travelling sous la couette d’Eloise qui acte le passage dans le monde fantasmé à la scène survoltée de danse où Matt Smith (Doctor Who, The Crown) mène à la fois Sandie et Eloise, Edgar Wright déploie des trésors de réalisation. Sans oublier les inserts rythmés qui ont marqué son style dans ses précédents longs-métrages. Il se montre très créatif dans la représentation de la dualité entre Eloise et Sandie, tantôt son reflet, tantôt son incarnation. Cette première partie du film, où Eloise puise dans la charismatique Sandie la confiance en soi qui lui manque, est aussi marquée par la bande originale remarquable, vrai monument à la gloire des 60s. Dans cet art de la playlist dans lequel Wright a toujours excellé, on ressent même l’influence de Quentin Tarantino, qui lui aurait soufflé le titre de la chanson qui est devenu celui du film.

 

Anya Taylor-Joy - Last night in Soho

Anya Taylor-Joy – Last night in Soho

 

Mais assez rapidement, Last Night In Soho change de registre, et c’est là que se lance le deuxième étage de la fusée d’Edgar Wright. On réalise progressivement que lorsque Jack (Matt Smith) a pris Sandie sous son aile, c’est moins pour en faire la nouvelle star de Broadway que pour en devenir le mac. Commence alors pour Sandie une véritable descente aux enfers, qu’Eloise suit de près, d’autant qu’elle commence à en avoir des visions même hors de son lit, poursuivie par le spectre de Jack et son armée d’hommes-prédateurs, sans yeux ni bouches. On entre là au cœur du propos du film, qui réussit à rendre toute l’angoisse que peut susciter la domination patriarcale chez ses victimes.

 

Au-delà de son message féministe, Last Night In Soho vient fortement nuancer la tendance très actuelle d’idéaliser le passé, voire de rêver y vivre, rappelant que la plupart des problèmes qui sclérosent la société aujourd’hui se posaient déjà à cette époque. Le tout servi par une photographie digne de la grande époque du Suspiria d’Argento ou du Répulsion de Polanski, dans un irréprochable hommage à l’esthétique du giallo des années 1960.

 

Anya Taylor-Joy Thomasin Mckenzie - Last night in Soho

Anya Taylor-Joy et Thomasin Mckenzie – Last night in Soho

 

Le jeu du chat et de la souris entre les deux jeunes femmes est d’autant plus intense qu’il est servi par lcelui hypnotisant de la magnétique Anya Taylor-Joy dans le rôle de Sandie, ainsi que par la prestation impeccable en Eloise de Thomasin McKenzie, qui révèle son plein potentiel après des rôles remarqués dans Jojo Rabbit et Old. Jusqu’au bout on est tenu en haleine par le récit, qui tisse des liens entre la tragédie vécue par Sandie et un possible suspect repéré par Eloise.

 

Dans la plus pure tradition britannique du whodunnit, Last Night In Soho se conclut sur une révélation assez inattendue, qui permet de synthétiser tout le propos : une injonction à se détacher des obsessions du passé, à le garder comme référent, comme influent, pour mieux se concentrer sur le présent. Un des multiples niveaux de lecture de cette œuvre brillante esthétiquement, résolument pop musicalement, portée par un casting à son zénith. On pouvait s’attendre à tout pour ce nouveau Edgar Wright, et il y a quand même de quoi être agréablement surpris.

 

Théotime Roux

 

 

 

  • LAST NIGHT IN SOHO
  • Sortie salles : 27 octobre 2021
  • Réalisation : Edgar Wright
  • Avec : Anya Taylor-Joy, Thomasin McKenzie, Matt Smith, Diana Rigg, Terence Stamp, Jessie Mei Li, Rita Tushingham, Michael Ajao, Synnøve Karlsen, Lisa McGrills, Margaret Nolan
  • Scénario : Edgar Wright et Krysty Wilson-Cairns
  • Production : Tim Bevan, Eric Fellner, Nira Park et Edgar Wright
  • Photographie : Chung-hoon Chung
  • Montage : Paul Machliss
  • Décors : Marcus Rowland
  • Costumes : Odile Dicks-Mireaux
  • Musique : Steven Price
  • Distribution : Universal Pictures
  • Durée : 1h56

 

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