Ressortie / Hammer 1970-1976. Sex & Blood : critique

Publié par Jacques Demange le 26 octobre 2021

Synopsis : Mythique Studio anglais, célèbre pour ses films d’horreur, la Hammer s’est construite une place à part. Dans les années 60 et 70, les scénaristes et réalisateurs apportèrent de la modernité au genre. Décrié par la critique professionnelle de l’époque pour ses débauches de sang, de nudité et de mauvais goût, le studio connut un énorme succès populaire en Angleterre et aux USA, mais aussi dans de nombreux pays européens. Un soin particulier apporté aux décors et aux costumes, des réalisateurs talentueux, des comédiens cultes créent  une ambiance gothique, la marque de fabrique de la Hammer.

♥♥♥♥♥

 

Hammer - affiche

Hammer – affiche

La ressortie conjointe de six productions de la Hammer réalisées au cours de la décennie 1970 permet de renouveler le regard que l’on porte sur la période dite « creuse » de la célèbre maison de production britannique. Car loin d’exprimer le déclin d’un style, ces différents opus attestent tout à la fois d’un respect des traditions et d’une étonnante capacité de renouvellement. Respect des traditions d’abord avec cet esprit décalé qui permet de revitaliser l’adaptation de certains chefs-d’œuvre de la littérature fantastique. Dans Dr. Jekyll et Sister Hyde (Roy Ward Baker, 1971) le célèbre scientifique inventé par Robert Louis Stevenson se prête à une nouvelle expérience qui aura pour conséquence de le transformer en femme, tandis que dans Les Horreurs de Frankenstein (Jimmy Sangster, 1970) et Les Cicatrices de Dracula (Roy Ward Baker, 1970), les créatures de Mary Shelley et Bram Stocker profitent de la libération des mœurs des sixties pour (ré)apparaître sous un jour nouveau. La Momie sanglante (Seth Holt, 1971) et Les Démons de l’esprit (Peter Sykes, 1973) se proposent, de leurs côtés, de moderniser les figures du lycanthrope et de la momie en réfléchissant les codes et les motifs majeurs de ces deux archétypes du cinéma de genre. « Modernité », le mot est jeté. C’est en effet celle-ci qui caractérise la démarche de Sueur froide dans la nuit (Jimmy Sangster, 1972) et Une fille pour le Diable (Peter Sykes, 1976). Le cadre intimiste de ces deux productions confère à leurs récits respectifs une atmosphère asphyxiante et une ambiance glauque qui renforce la Hammer touch d’une profondeur psychologique n’ayant rien à envier aux meilleures bandes du fantastique hollywoodien de la même époque.

 

Hammer - Les Cicatrices de Dracula

Hammer – Les Cicatrices de Dracula

 

Moins que l’exposition frontale de l’horreur, la totalité de ces films est marquée par l’empreinte de l’érotisme. Si celui-ci affleurait déjà dans la mise en scène du maître Terrence Fisher, ses disciples (Peter Sykes et Roy Ward Baker en tête) le considère moins comme un outil mis au service du spectacle qu’un objet filmique à part entière. Dans Dr. Jekyll et Sister Hyde, la découverte du corps féminin se présente ainsi comme une expérience tour à tour troublante et sidérante. La vision qu’en offre le réalisateur n’est jamais affaiblie par l’esprit vulgaire de la pochade mais s’accomplit à travers une délicatesse émouvante. L’intelligence du film s’affirme par sa recherche d’équivoques, idée que partage la réalisation de Peter Sykes.

 

De Une fille pour le Diable, c’est d’abord la qualité de la distribution qui marque les esprits. Aux côtés de Christopher Lee et Richard Widmark, la jeune Nastassja Kinski impressionne par son interprétation physique qui semble annoncer l’Isabelle Adjani de Possession (Andrzej Zulawski, 1980). Tout ici relève d’une affaire de nuances, comme dans Sueur froide dans la nuit et Les Démons de l’esprit dont l’horreur feutrée progresse de façon quasi-indicible avant d’exploser dans des moments de jouissance cathartique. 

 

Hammer - Dr. Jekyll and Sister Hyde

Hammer – Dr. Jekyll and Sister Hyde

 

L’impact visuel demeure sur ce point le point nodal de l’identité de la Hammer. Si au cours des années 1970, le rythme du montage s’accélère pour devenir l’un des principaux moteurs de la mise en scène, l’éclairage et la force chromatique des compositions continuent de s’affirmer comme des enjeux centraux de l’esthétique déployée par le studio. Les Cicatrices de Dracula représente sur ce point un exemple de choix. L’élégance formelle du Cauchemar de Dracula (Terence Fisher, 1958) s’exacerbe pour s’orienter vers un baroque décadent dont l’excessivité s’éprouve encore à travers des séquences porté par un sadisme spectaculaire.

 

Difficile donc de ne pas voir dans cette réussite d’ensemble la consécration d’un second âge d’or. Cette nouvelle perspective est d’ailleurs pleinement soutenue par les bonus qui accompagnent l’édition du magnifique coffret Blu-ray/DVD concocté par la maison Tamasa. Les présentations toujours aussi érudites de Nicolas Stanzick permettent de recontextualiser les productions (aspect particulièrement important pour certaines d’entre-elles, à l’image de La Momie sanglante dont le tournage souffrit de nombreuses complications). Bruno Terrier prolonge ses réflexions en revenant de façon concise sur l’évolution du studio britannique, tandis que les documentaires consacrés aux coulisses des films entérinent parfaitement cette exploration historique.

 

On notera enfin l’excellence des restaurations proposées par Tamasa qui, tant du point de vue de l’image que du son, concrétise ce beau projet de réhabilitation.

 

 

 

  • HAMMER 1970-1976. SEX & BLOOD
  • Sortie salles : 27 octobre 2021
  • Format / Produit : Coffret Blu-ray / DVD depuis novembre 2020
  • Réalisation : Roy Ward Baker, Jimmy Sangster, Seth Holt, Peter Sykes
  • Avec : Christopher Lee, Dennis Waterman, Jenny Hanley, Christopher Matthews, Patrick Troughton, Paul Jones, Patrick Magee, Yvonne Mitchell, Robert Hardy, Gillian Hills, Michael Hordern, Kenneth J. Warren, Richard Widmark, Honor Blackman, Denholm Elliot, Nastassja Kinski, Anthony Valentine, Ralph Bates, Kate O’Mara, Veronica Carlson, Dennis Price, Ralph Bates, Martine Beswick, Gerald Sim, Lewis Fiander, Andrew Keir, Valerie Leon, James Villiers, Hugh Burden, Georges Coulouris, Judy Geeson, Joan Collins, Peter Cushing
  • Production : Aida Young, Frank Godwin, Roy Skeggs, Jimmy Sangster, Albert Fennell, Brian Clemens, Howard Brandy
  • Scénario : John Elder, Christopher Wickings, John Peacock, Jeremy Burnham, Brian Clemens, Michael Syson
  • Photographie : Moray Grant, Arthur Grant, David Watkin, Norman Warwick
  • Musique : James Bernard, Harry Robinson, Paul Glass, Malcolm Williamson, David Whitaker, Tristam Cary, John McCabe
  • Montage : James Needs, Chris Barnes, John Trumper, Peter Weatherley
  • Décors : Scott MacGregor, Don Picton
  • Costumes : Rosemary Burrows
  • Distribution : Tamasa
  • Durée : 657 minutes

 

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