L’événement d’Audrey Diwan : critique

Publié par CineChronicle le 24 novembre 2021

Synopsis : 1963. Anne, une étudiante en lettres, découvre avec effarement qu’elle est enceinte. Alors que l’avortement est interdit, elle prend le risque de finir en prison dans le but de continuer ses études et ne pas finir mère au foyer.

♥♥♥♥

 

Levenement - affiche

L’événement – affiche

Audrey Diwan, journaliste et scénariste (BAC Nord), livre ici son deuxième long-métrage qui lui a valu de remporter le Lion d’or à la Mostra de Venise via ce récit de vie d’une femme dans les années 60. En 1963, nous sommes quatre ans avant la loi Neuwirth, autorisant l’usage de contraceptifs, et douze avant la loi Veil, pour la dépénalisation de l’avortement. Depuis 1942, cette pratique est considérée comme un crime d’État puni de mort. C’est dans ces circonstances que se déroule L’événement, inspiré du récit autobiographique éponyme d’Annie Ernaux. Par son cadre étriqué, Audrey Diwan insuffle tout l’emprisonnement qui étouffe les jeunes femmes en France pendant cette période. Autorisées à faire des études, elles les abandonnent en se mariant. Tomber enceinte peut vous coûter une vie. Soit en avortant, quitte à se retrouver en prison ou à mourir des suites de complications, soit en l’acceptant pour finir femme au foyer. Anne, interprétée par Anamaria Vartolomei (L’Échange des princesses, La Bonne Épouse), refuse de voir ses brillantes études être compromises parce qu’elle a eu l’audace de suivre des désirs normaux pour les garçons de son âge, répréhensibles dans son cas. Constamment jugée par d’autres étudiantes, incapable de se confier à ses amies, Anne est seule car forcément ce serait sa faute. Le film refuse de montrer ce qui l’a amené dans cette situation, cela n’a aucune importance et ne justifie en rien ce qu’elle doit endurer.

 

Anamaria Vartolomei - Levenement

Anamaria Vartolomei – L’événement d’Audrey Diwan

 

L’événement est un véritable parcours du combattant sur un droit qui nous semble acquis dans notre société moderne. À la manière d’un documentaire, la caméra se place derrière Anne lors de ses déplacements et se fixe lorsqu’elle interagit avec son entourage, telle une reporter d’investigation. Le recours au champ-contrechamp n’est que peu présent dans le but de ne pas couper le récit et renforcer sa fluidité. La composition de l’image est, de ce fait, très intéressante. N’hésitant pas à centrer Anne afin de se rapprocher de ses émotions, jouées toutes en finesse par son interprète, ou, au contraire, à l’isoler dans un coin du cadre pour l’ancrer dans son environnement. Celui-là même qui l’empêche de faire ses propres choix quand cela concerne son propre corps. C’est « un bébé contre une vie », explique-t-elle à son médecin.

 

La musique, composée par Evgueni et Sacha Galperine, a également un rôle dans l’atmosphère pesante qui suit tout le film. Seule composition extradiégétique, les quelques notes de piano résonnent tel un compte à rebours tandis que les semaines défilent, rapprochant un peu plus Anne du point de non-retour. Elles s’envolent lorsque son personnage laisse s’exprimer des sentiments.

 

Anamaria Vartolomei - Levenement

Anamaria Vartolomei – L’événement d’Audrey Diwan

 

Audrey Diwan utilise savamment le flou et les échelles de plan pour guider le regard du spectateur. Il peut s’agir du corps d’Anne, visible en arrière-plan dans un miroir, laissant le focus au niveau de la poitrine et du ventre, symbole de ce qui est supposé la caractériser en tant que femme. Le film ne tombe pas dans l’extrême avec ce sujet tabou. Ce n’est pas l’avortement qui est craint, c’est son interdiction, menaçant d’envoyer tous ceux qui y sont impliqués en prison. Isolée, Anne n’a d’autre choix que de se charcuter pour se sauver. Encore une fois, le cadre nous oblige à être témoin de ces actes sans qu’aucun coin de l’image nous permette de nous y soustraire. L’événement, pas nécessairement heureux, est brut, honnête et cru sur cette période de l’histoire dont l’actualité ne cesse de revenir.

 

Emilie Bollache

 

 

 

  • L’ÉVÉNEMENT
  • Sortie salles : 24 novembre 2021
  • Réalisation : Audrey Diwan
  • Avec : Anamaria Vartolomei, Kacey Mottet-Klein, Luàna Bajrami, Louise Orry-Diquero, Louise Chevillotte, Pio Marmaï, Sandrine Bonnaire, Leonor Oberson, Anna Mouglalis, Cyril Metzger, Éric Verdin…
  • Scénario : Audrey Diwan et Marcia Romano, d’après l’œuvre d’Annie Ernaux
  • Production : Edouard Weil, Alice Girard
  • Photographie : Laurent Tangy
  • Montage : Géraldine Mangenot
  • Décors : Diéné Bérète
  • Costumes : Isabelle Pannetier
  • Musique : Evgueni Galperine, Sacha Galperine
  • Distribution : Wild Bunch
  • Durée : 1 h 40

 

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