Jack Reacher – Never go back d’Edward Zwick : critique

Publié par Antoine Gaudé le 17 octobre 2016

Synopsis : Jack Reacher est de retour, prêt à tout pour obtenir justice. Susan Turner, qui dirige son ancienne unité, est arrêtée pour trahison : Jack Reacher ne reculera devant rien pour prouver l’innocence de la jeune femme. Ensemble, ils sont décidés à faire éclater la vérité sur ce complot d’État.

♥♥♥♥

 

Jack Reacher - Never go Back - affiche

Jack Reacher – Never go Back – affiche

Adapté du dix-huitième roman de Lee Child, Jack Reacher : Never go back d’Edward Zwick, suite de Jack Reacher de Christopher McQuarrie (critique), est l’œuvre la plus insignifiante et la plus fainéante que Tom Cruise, acteur et producteur, est livrée depuis très longtemps. Depuis sa renaissance amorcée en 2006 grâce à la saga des Mission Impossible, l’acteur enchaîne les films qui lui assurent un contrôle absolu. Le rapport thérapeutique qu’il entretient avec le cinéma est, depuis 2003, absolument symptomatique du revirement stratégique de sa carrière où l’on assiste aux première loges à la plus belle dépression de l’Histoire du cinéma. Alors que le premier volet possédait un certain nombre de qualités (scène d’ouverture stupéfiante, casting impressionnant), cet épisode souffre d’une trop grande paresse narrative et visuelle. On peut blâmer le réalisateur Edward Zwick (à qui l’on doit Le Dernier SamouraïBlood Diamond, Le Prodige) et ses deux scénaristes, Marshall Herskovitz et Richard Wenk, avec une intrigue alambiquée autour d’un complot entre le gouvernement et le marchand d’armes qui s’avère sans intérêt pour une résolution ridicule. Avec un budget un peu plus conséquent, cette suite s’offre pourtant des méchants au rabais ; Robert Knepper et l’inconnu Patrick Heusinger remplacent Werner Herzog et Jay Courtney. En matière d’action, le cahier des charges n’est pas non plus rempli : les scènes de courses-poursuites et de bagarres sont excessivement mal filmées dans des décors d’une pauvreté sans nom. Il y a également des problèmes de rythme, les ellipses sont hasardeuses, les dialogues catastrophiques et la mise en scène soporifique. Jack Reacher : Never go back devient dès lors un produit commercial vidé de sa substance qui lorgne davantage vers la série Z luxueuse que la série B badass bien sympathique.

.

Tom Cruise - Jack Reacher Never go Back

Tom Cruise – Jack Reacher Never go Back

.

La principale qualité du premier volet résidait dans le caractère spectral du personnage principal, forme de survivance melvillienne du héros solitaire. Celle-ci s’installe comme l’un des motifs récurrents de la filmographie de l’acteur depuis le dernier plan vaporeux de Mission Impossible : Protocole fantôme de Brad Bird (critique) en 2011. Le caractère fantomatique et énigmatique du héros fait ainsi écho aux vigilante movies, ceux de Charles Bronson pratiquant l’auto-justice dans les années 1970. Mais par le physique de Tom Cruise (54 ans), qui ne semble pas touché par les années, cet aspect développe une seconde histoire, plus personnelle et profonde, autour de la plasticité intemporelle de l’acteur. Dans ce volet, ces résurgences métaphysiques dépassent rarement l’anecdote, à l’image de la scène à l’aéroport où Reacher vole un passeport d’un homme de vingt ans de moins ou lorsqu’un policier décrit le héros pris en chasse, comme un simple quadragénaire. Bien qu’il y ait moins de scènes où l’on voit l’acteur courir, tous ces éléments « métafilmiques » prennent une tournure des plus ambiguës lorsque apparaît Samantha (insupportable Danika Yarosh), fille présumée de Reacher. La simple présence de cette adolescente induit une temporalité romanesque du personnage, un background qui va à l’encontre des « suites » propres au modèle des films de l’acteur. L’espace de quelques scènes, le héros fait son âge et prend les postures du père de famille, à la fois sur-protecteur et inquiet. 

.

Mais le film a beau évacué par une pirouette narrative cet « accident » dans un final des plus curieux, pour ne pas dire absurdes, le rapport paternel entre Reacher et Samantha offre, et ce malgré un traitement maladroit, l’unique intérêt thématique de cette suite. Espérons que ses prochains films (American Made et Luna Park de Liman, The Mummy d’Alex Kurtzman, Mission Impossible 6 de McQuarrie, voire Top Gun 2) poursuivent leur travail d’iconisation de l’une des personas les plus singulières d’Hollywood. Elle est sans doute l’une dernière à repousser toujours plus loin les limites physiques de son métier, dans sa lutte contre les différents visages du temps, ceux de la mort bien sûr mais surtout de l’ère numérique.

.

.

.

  • JACK REACHER : NEVER GO BACK d’Edward Zwick en salles le 19 octobre 2016.
  • Avec : Tom Cruise, Cobie Smulders, Robert Knepper, Aldis Hodge, Danika Yarosh, Holt McCallany…
  • Scénario : Marshall Herskovitz, Edward Zwick, Richard Wenk d’après l’œuvre de Lee Child
  • Production : Tom Cruise, Christopher McQuarrie, Don Granger
  • Photographie : Oliver Wood
  • Montage : Billy Weber
  • Décors : Clay A. Griffith
  • Costumes : Lisa Lovaas
  • Musique : Henry Jackman
  • Distribution : Paramount Pictures
  • Durée : 1h58

.

Commentaires

A la Une

Le Parrain de Coppola a 45 ans, retour sur une œuvre magistrale

Le Parrain a fêté son 45e anniversaire au Festival de Tribeca avec tout le casting en avril dernier. À notre tour de… Lire la suite >>

Trent Reznor et Atticus Ross revisitent le theme de Halloween de John Carpenter

Trent Reznor et Atticus Ross, membres du groupe Nine Inch Nails, se sont réappropriés le theme mythique de Halloween de… Lire la suite >>

Jeanne Moreau à l’honneur sur l’affiche des César 2018

L’Académie des Arts et Techniques du Cinéma a dévoilé l’affiche de la 43ème Cérémonie des César, qui met à l’honneur… Lire la suite >>

Musique/ Howard Shore acclamé en concert à la salle Pleyel à Paris

Howard Shore, le compositeur privilégié de David Cronenberg et de Martin Scorcese, starifié pour Le Seigneur des Anneaux et ses… Lire la suite >>

Nouveau trailer et nouvelle affiche pour Star Wars – Les Derniers Jedi

À deux mois de sa sortie en salles, le huitième épisode de la saga Star Wars, Les Derniers Jedi, en… Lire la suite >>

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 KINGSMAN : LE CERCLE D'OR 641 173 1 641 173
2 LE SENS DE LA FETE 432 321 2 1 240 865
3 L'ECOLE BUISSONNIERE 351 303 1 351 303
4 BLADE RUNNER 2049 262 900 2 807 408
5 COEXISTER 243 818 1 243 818
6 CA 158 295 4 1 966 655
7 LEGO NINJAGO LE FILM 116 414 1 116 414
8 DETROIT 106 423 1 106 423
9 NUMERO UNE 70 592 1 70 592
10 SEVEN SISTERS 64 208 7 1 751 562

Source: CBO Box office