A l’occasion de l’ouverture de la 13e édition du Festival du cinéma israélien de Paris, qui se déroule du 3 au 9 avril, CineChronicle en profite pour vous présenter un magnifique ouvrage de 235 pages, Le Dictionnaire du cinéma israélien – Reflets insolites d’une société, dont l’auteure Hélène Schoumann est la Présidente de cette manifestation. Cette œuvre, dont les illustrations sont en noir et blanc, a nécessité six années de travail et est le premier livre sur ce sujet en français, grand public, donc accessible aux néophytes comme aux cinéphiles initiés. Avec un texte clair et subjectif, Hélène Schoumann prend parti et donne son avis très personnel sur le septième art israélien.

 

Classés par ordre alphabétique – puisqu’il s’agit d’un dictionnaire – on y retrouve les réalisateurs, auteurs et plus (Michal Bat-Adam, Etgar Keret, Amos Gitaï, Radu Mihaleanu, Joseph Cedar, Uri Barbash, Menahem Golan, Ephraïm Kishon, Nir Bergman…), les acteurs (Alon Aboutboul, Lior Ashkenazi, Zohar Strauss, Tomer Sisley, Haïm Topol…), les actrices (Hiam Abbas, Yaël Abecassis, Natalie Portman, Hana Lazlo, Ronit Elkabetz…) et les producteurs (Ehud Bleiberg, Marek Rosenbaum, Assaf Amir, Elon Ratzkovsky, Sophie Dulac mais aussi le CNC et Arte). Le livre évoque également les différentes thématiques dans ce cinéma puissant et dynamique, qui connaît un essor exceptionnel depuis ces vingt dernières années. Les productions israéliennes sont de plus en plus présentes dans les festivals internationaux où elles remportent des prix prestigieux. Voici quelques films pour ne citer que les plus renommés.

 

  1. Les Méduses d’Etgar Keret – Caméra d’Or au Festival de Cannes en 2007
  2. Beaufort de Joseph Cedar – Ours d’Argent à la Berlinale en 2007 et nominé à l’Oscar du meilleur film étranger en 2008
  3. LEBANON de Samuel Maoz (notre critique) – Lion d’Or à la Mostra de Venise en 2009
  4. Valse avec Bachir d’Ari Foldman – en compétition officielle au Festival de Cannes 2008, primé par le César et le Golden Globe du meilleur film étranger et nominé à l’Oscar dans la même catégorie en 2009
  5. Ajami de Yaron Shani et Scandar Copti – Caméra d’Or à Cannes en 2009 et nominé aux Oscars dans la catégorie film étranger
  6. FOOTNOTE de Joseph Cedar (notre critique) – Prix du scénario au Festival de Cannes en 2010

 

D’autres longs métrages rencontrent par ailleurs un succès populaire comme La Fiancée Syrienne et Les Citronniers d’Eran Riklis, Tu marcheras sur l’eau d’Eytan Fox, le magnifique Tu n’aimeras point de Haim Tabakman (présenté à Cannes en 2009 dans la catégorie Un Certain Regard et en lice pour la Caméra d’Or), La visite de la Fanfare d’Eran Kolirin ou encore Mariage Tardif de Dover Kosashvili.

 

Si ce livre aborde les films contemporains, il s’attache également à présenter un panorama sur les débuts du cinéma israélien pour expliquer l’évolution du pays. Ce furent d’abord en 1920 des films de propagande puis des documentaires pour voir enfin apparaître les premières fictions à partir de 1948 – date de la création de l’Etat d’Israël – des comédies musicales ou encore des films bourekas (destinés à un public de juifs séfarades). Une chronologie croisée entre les évènements politiques de l’Histoire d’Israël et les films s’y référant, précède le dictionnaire lui-même et on peut ainsi découvrir entre autres que le réalisateur français Chris Marker – décédé en juillet 2012 à l’âge de 91 ans et à qui l’on doit La Jetée et Sans Soleil – a tourné en Israël un documentaire d’une heure, Description d’un combat qui a obtenu l’Ours d’Or à Berlin en 1960. Cette société unique avec ses multiples ethnies est un pays en guerre et de nombreux films évoquent ce sujet.

 

Mais d’autres thèmes sont également abordés tels les rapports avec la religion, l’immigration, la question palestinienne, l’Holocauste, l’homosexualité, la violence, Tsahal… L’auteure explique « Ce qui retient surtout l’attention, c’est ce vent de liberté, exempt de toute censure ; on peut tout dire, tout montrer, tout critiquer et souvent avec l’appui des fonds publics israéliens, comme l’a montré par exemple Valse avec Bachir. Mais Israël est aussi un système démocratique qui finance et diffuse sa mise en accusation ». On peut notamment le découvrir dans Ajamiprésenté au festival du cinéma israélien de Paris en 2010 (lire compte-rendu) -, qui décrit les destins croisés de plusieurs personnages au coeur de ce quartier à Jaffa, ville cosmopolite déchirée où cohabitent Juifs, Musulmans et Chrétiens.

 

Par contre, l’auteure précise que le thème du Mossad – légendaire agence de renseignement – fait peu l’objet de films israéliens et ce, pour des raisons de budget, celle-ci intervenant à l’extérieur du pays. Elle cite entre autres Tu marcheras sur l’eau dans lequel Lior Ashkenazi est un espion « séduisant, efficace et humaniste » ou encore La Dette d’Assaf Bernstei, dont un remake a été réalisé aux Etats-Unis avec Helen Mirren. C’est en fait surtout le cinéma hollywoodien qui s’est emparé du sujet en décrivant les faits d’armes du Mossad : Rosebud d’Otto Preminger et La petite fille au tambour de George Roy Hill (adapté d’un roman de John Le Carré), mais surtout Munich de Steven Spielberg. Du côté de la France, il s’agit de Les Patriotes d’Eric Rochant avec Yvan Attal. Mais le sujet peut être aussi traité de façon satirique comme Rien que pour vos cheveux avec Adam Sandler ou OSS 117 : Rio ne répond plus de Michel Hazanavicius avec Jean Dujardin.

 

Le livre aborde également les coproductions franco-israéliennes qui deviennent nombreuses depuis l’accord entre le CNC et Israël en 2001. CineChronicle avait fait un focus sur cette collaboration lors des premières rencontres audiovisuelles franco-israéliennes en 2010. Par ailleurs certains producteurs indépendants français comme Sophie Dulac, Antoine de Clermont-Tonnerre et Yaël Fogiel viennent se joindre à cette coopération. « La France, qui n’est pas connue pour ses positions pro-israéliennes, adopte vis-à-vis du cinéma israélien une vraie politique protectionniste » écrit franchement Hélène Schoumann « Une dynamique incroyable car si la France officielle ne soutient pas Israël, elle adore son cinéma ! ».

 

Par ailleurs, si Hollywood et Israël ont des rapports privilégiés dans la mesure où de nombreux israéliens s’y sont installés comme le producteur Menahem Golan ou encore l’actrice Natalie Portman – lauréate de l’Oscar de la meilleure actrice pour Black Swan en 2010 –, tourner en Israël et plus particulièrement à Jérusalem est « un véritable parcours du combattant pour les producteurs ». Les compagnies d’assurances ne veulent pas prendre de risques dans un pays en guerre. WORLD WAR Z  avec Brad Pitt, qui se déroule en partie à Jérusalem, a été filmé à Malte. Mais curieusement, en revanche, l’auteure nous apprend que c’est en Israël que Jamais sans ma fille a été tourné au lieu de l’Iran. Quant à Steven Spielberg, il filmera sa dernière scène de La Liste de Schindler à Jérusalem.

 

 

Dictionnaire du cinéma israélienReflets Insolites d’une société d’Hélène Schoumann est disponible aux éditions Cosmopole depuis novembre 2012 (235 pages). Préface de Jérôme Clément (auteur de Plus tard tu comprendras). Prix FNAC 34,20€. Vous pouvez également retrouver une interview intéressante d’Hélène Schoumann sur le livre pour le magazine d’Akadem en collaboration avec judaicine.fr.

 

 

Bio express : Hélène Schoumann anime des émissions culturelles sur Judaïques FM. Elle participe activement chaque année au festival international du film de Jérusalem et préside celui du Cinéma Israélien de Paris. Après avoir collaboré à la Tribune Juive avec Ivan Levaï, elle est devenue correspondante à Paris de l’édition française du Jérusalem Post. Elle a publié aux éditions Magellan, Ne dis jamais, un récit sur son grand-père électricien à Auschwitz, et aux éditions Assouline un livre sur Chloé (maison de mode française créée par Gaby Aghion) et sur Gottex (fabricant israélien de maillots de bain).

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