Une merveilleuse histoire du temps de James Marsch: critique

Publié par Didier Flori le 13 janvier 2015

Synopsis : 1963, en Angleterre, Stephen, brillant étudiant en Cosmologie à l’Université de Cambridge, entend bien donner une réponse simple et efficace au mystère de la création de l’univers. De nouveaux horizons s’ouvrent quand il tombe amoureux d’une étudiante en art, Jane Wilde. Mais le jeune homme, alors dans la fleur de l’âge, se heurte à un diagnostic implacable : une dystrophie neuromusculaire plus connue sous le nom de maladie de Charcot va s’attaquer à ses membres, sa motricité, et son élocution, et finira par le tuer en l’espace de deux ans. Grâce à l’amour indéfectible, le courage et la résolution de Jane, qu’il épouse contre toute attente, ils entament tous les deux un nouveau combat afin de repousser l’inéluctable. Jane l’encourage à terminer son doctorat, et alors qu’ils commencent une vie de famille, Stephen, doctorat en poche va s’attaquer aux recherches sur ce qu’il a de plus précieux : le temps. Alors que son corps se dégrade, son cerveau fait reculer les frontières les plus éloignées de la physique. Ensemble, ils vont révolutionner le monde de la médecine et de la science, pour aller au-delà de ce qu’ils auraient pu imaginer : le vingt et unième siècle.

 

♥♥♥♥♥

 

Une merveilleuse histoire du temps de James Marsch - affiche

Une merveilleuse histoire du temps de James Marsch – affiche

Sur le papier, l’histoire de Stephen Hawking laissait augurer un long métrage passionnant. Comment malgré son handicap ce scientifique a-t-il réussi à s’imposer comme l’une des figures les plus influentes de la deuxième moitié du siècle dernier ? A quoi ressemble sa vie intime derrière son image publique dont Hawking a su s’amuser en faisant des apparitions dans Les Simpsons ou The Big Bang Theory ? Le parti pris de son ex-femme Jane semblait idéal pour raconter le destin de cet homme d’exception, d’autant que son autobiographie fournissait la matière nécessaire. Hélas, Une Merveilleuse Histoire du Temps est une déception et distille quelque peu l’ennui de certains de ces biopics formatés et trop lissés. Il y a évidemment une part de drame liée à la dystrophie neuromusculaire de Hawking, mais en dehors de cette composante, toute la tension semble avoir été évacuée. La partie la plus prenante reste sans doute la première période qui retrace les années d’études de Hawking présentant quelques réels enjeux bien traités. Sa rencontre avec Jane et leur idylle est racontée de façon simple et touchante, et la découverte de sa maladie n’en revêt qu’un caractère plus tragique et brutal. Les interprétations admirables de naturel de Eddie Redmayne et de Felicity Jones ont forcément beaucoup à voir dans la réussite de cette introduction.

 

Eddie Redmayne et Felicity Jones dans Une merveilleuse histoire du temps

Eddie Redmayne et Felicity Jones dans Une merveilleuse histoire du temps

 

Mais les quelques failles, rapidement ressenties, prennent finalement le dessus dans son ensemble. Primo, la réalisation de James Marsh, sans être déshonorante, est relativement plate. Ses ambitions de mise en scène sont souvent maladroitement amenées pour illustrer les révélations qui font avancer Hawking dans ses recherches. Une merveilleuse histoire du temps tient davantage du téléfilm luxueux que du cinéma. De façon globale, ce biopic échoue à montrer l’esprit brillant du scientifique au travail et à créer une réelle dialectique entre ce processus et la prison physique dans laquelle le réduit progressivement son handicap. Cette faiblesse serait secondaire si le champ de la vie intime du couple ne finissait pas par poser problème. Stephen et Jane sont aujourd’hui séparés, et le récit devient peu à peu celui de leur séparation et de leur éloignement progressif. Avec l’arrivée dans le foyer de Jonathan Jones (Charlie Cox), se met dès lors en place un triangle amoureux. Cependant, si les conflits d’émotions sont bien présents, ils restent internes aux personnages.

 

Eddie Redmayne dans Une merveilleuse histoire du temps

Eddie Redmayne dans Une merveilleuse histoire du temps

 

Une merveilleuse histoire du temps est sans doute fidèle aux événements, mais il est difficile de se passionner pour le désamorçage ordinaire de ces tiraillements ou la rupture tranquille de Stephen et Jane. Résultat, la dernière partie tombe dans l’écueil des bons sentiments. On a d’abord droit à un grand discours simple de Stephen Hawking sur la beauté de la vie salué d’une standing ovation, puis à l’émerveillement du couple devant leurs enfants, avant qu’un flashback nous renvoie aux premiers regards entre les anciens amoureux. Quant à la bande originale envahissante de Johann Johannsson, elle nous force en vain à être émus devant ce final qui manque de finesse. Une merveilleuse histoire du temps peine donc à convaincre dans son ensemble. On n’en retient que son trio d’interprètes solides, mené par un Eddie Redmayne qui s’impose comme une évidence, raflant naturellement la mise aux Golden Globes, tant il incarne de façon saisissante la dégradation physique de Hawking. De la faiblesse progressive de son corps en passant par la transformation de son phrasé jusqu’aux rictus de son visage paralysé derrière lesquels on peut percevoir un sourire, l’étendue de sa performance est impressionnante…

 

 

 

  • UNE MERVEILLEUSE HISTOIRE DU TEMPS (The Theory of Everything) de James Marsch en salles le 21 Janvier 2015.
  • Avec : Eddie Redmayne, Felicity Jones, Charlie Cox, David Thewlis, Simon McBurney, Emily Watson, Maxine Peake, Tom Prior, Sophie Perry, Finlay Wright Stephens, Alice Orr-Ewing…
  • Scénario : Anthony McCarten d’après l’œuvre de Jane Hawking, Travelling to Infinity : my Life with Stephen.
  • Production : Tim Bevan, Eric Fellner, Lisa Bruce, Anthony McCarten
  • Photographie : Benoît Delhomme
  • Décors : John Paul Kelly, Claire Nia Richards
  • Montage : Jinx Godfrey
  • Musique : Johann Johannsson
  • Costumes : Natasha Cousins
  • Distributeur : Universal Pictures
  • Durée : 2h03

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