Synopsis : Célèbre comédien de théâtre, Simon Axler sombre dans la dépression au point de devenir suicidaire lorsqu’il perd soudainement et inexplicablement son don. Pour tenter de retrouver le feu sacré, il entame une liaison avec une lesbienne deux fois plus jeune que lui. Mais très vite, leur relation sème le chaos tandis que d’anciennes connaissances du couple réapparaissent dans leur vie…

 

♥♥♥♥♥

 

The Humbling - affiche

The Humbling – affiche

Al Pacino, monstre sacré de 75 ans, est aujourd’hui capable d’endosser finalement n’importe quel rôle et de s’imposer à l’écran par sa seule présence charismatique et son regard expressif. Il nous revient dans The Humbling, présenté à la dernière Mostra de Venise. Cette tragicomédie marque ses retrouvailles avec Barry Levinson (73 ans) qui l’avait dirigé dans l’excellent You don’t Know Jack, biopic sur Jack Kevorkian diffusé sur HBO et grâce auquel il a été récompensé par un Emmy et un Golden Globe. The Humbling, tiré du roman de Philip Roth (82 ans), est à la croisée de BIRDMAN (notre critique) et de Black Swan, dont le principe de dramatisation est assez similaire, avec une touche allenienne inévitable. Dans ce récit introspectif, pure mise en abyme du monde théâtral et cinématographique, le scénariste du Lauréat (Buck Henry, 85 ans), Michal Zebede et le cinéaste de Rain Man signent un portrait psychologique intense sur une ancienne gloire vieillissante des planches de Broadway et du septième art. L’histoire est centrée sur ce personnage, ayant perdu toute estime de soi, qui s’éprend d’une jeune lesbienne campée par Greta Gerwig (FRANCES HA – notre critique). Tourné en 20 jours dans la propre maison de Barry Levinson, The Humbling peut souffrir d’une redite par rapport aux références précitées et d’un rythme pas toujours bien équilibré. Mais cette satire intimiste trouve totalement son point d’ancrage autour de la star et de son caractère ici fataliste. Souvent caméra à l’épaule, volontairement vacillante, Barry Levinson manipule les thématiques psychologiques récurrentes qui taraudent son héros suicidaire, la démarche un peu voutée, en proie à ses démons intérieurs et à une confusion entre fantasme et réalité.

 

Al Pacino dans The Humbling de Barry Levinson

Al Pacino dans The Humbling de Barry Levinson

 

Le cinéaste les exploite dès l’ouverture, à l’image de Birdman. Il le filme ainsi tel un héros shakespearien soliloquant dans sa loge tout en se grimant les yeux devant le miroir. Puis, il le suit dans les couloirs de l’arrière scène où il s’égare et s’enfonce dans la hantise de ses obsessions face à un agent de sécurité qu’il ne le reconnaît pas. Cette présentation se clôt en une plongée suicidaire dans la fosse d’orchestre face au public, qui le contraint à séjourner dans une clinique psychiatrique. Plusieurs femmes, toutes un peu cinglées et plus ou moins caricaturales, croisent dès lors son chemin et matérialisent son mal-être : les ex-compagnes du personnage de Greta Gerwig (la doyenne amère de son université, le désespéré transsexuel), la mère de cette dernière (superbe Dianne Wiest), et une femme (Nina Arianda) rencontrée dans la clinique lui ordonnant de tuer son mari qui entretient une liaison avec sa fille.

 

Al Pacino et Greta Gerwig dans The Humbling

Al Pacino et Greta Gerwig dans The Humbling

 

Toutes ces situations baroques s’entremêlent dans son esprit le conduisant progressivement à douter de sa propre santé mentale. Cette ancienne star de la scène et de l’écran perd quelque peu le contrôle ne parvenant même plus à être acteur de sa propre vie. Il tente de garder raison auprès de son psychanalyste (Dylan Baker), avec lequel il converse à distance de ses problèmes via les médias numériques (Skype, smartphone), tout en étant forcé par son agent (Charles Grodin) de reprendre une quelconque activité. Si le récit dégage un certain sexisme souvent simpliste, il évite toutefois de sombrer dans les lamentations de son personnage. The Humbling use de cette distanciation ironique, cette moquerie désopilante, qui ravive cette satire sur l’art, les sentiments amoureux, la vulnérabilité et les facultés de l’être, l’insécurité masculine post-féministe et les certitudes furtives de l’existence. Poussée par une partition musicale qui nuance les états d’âme du personnage, cette oeuvre nous entraîne ainsi dans la psyché chaotique et exacerbée d’un artiste las, transcendé par Al Pacino, avant de renaître face à la mort dans un climax salvateur…

 

 

 

  • THE HUMBLING de Barry Levinson en salles le 8 avril 2015.
  • Avec : Al Pacino, Greta Gerwig, Nina Arianda, Dylan Baker, Charles Grodin, Dan Hedaya, Billy Porter, Kyra Sedwick, Dianne Wiest, Mary Louise Wilson…
  • Scénario : Buck Henry et Michal Zebede d’après le roman The Humbling (en français, Le Rabaissement via Gallimard)
  • Production : Jason Sosnoff, Barry Levinson
  • Photographie : Adam Jandrup
  • Montage : Aaron Yanes
  • Décors : Sam Lisenco
  • Costumes : Kim Wilcox
  • Musique : Marcelo Zarvos
  • Durée : 1h52
  • Distribution : Metropolitan FilmExport

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