Série/ American Horror Story Hotel (saison 5): critique

Publié par Laurianne de Casanove le 15 janvier 2016

Synopsis : À Los Angeles, l’hôtel Cortez est dirigé d’une main de fer par la Comtesse Elizabeth. Contaminée par un ancien virus, elle ne vieillit pas et se nourrit de sang. Non loin de là, l’inspecteur John Lowe enquête sur une série de meurtres particulièrement macabres inspirés de Dix commandements. Son investigation va bientôt le mener vers cet étrange endroit. Il va alors mettre à jour les funestes secrets qui se cachent entre les murs du Cortez.

 

♥♥♥♥♥

 

American Horror Story Hotel - afiche

American Horror Story Hotel – afiche

La dernière saison d’American Horror Story, la célèbre série d’épouvante de Brad Falchuk et Ryan Murphy (Glee, SCREAM QUEENS – notre critique), s’est achevée mercredi 13 janvier aux États-Unis. Un final plutôt réussi, pour un feuilleton dans l’ensemble assez décevant. Plus drôle, plus émouvant et incontestablement plus léger que les précédents, le 12e et dernier épisode, Be Our Guest, laisse apercevoir ce qu’aurait pu être Hotel si d’autres choix de mise en scène avaient été faits. Premier regret de ce cinquième volet, la présence de Lady Gaga dans le rôle principal (Elizabeth Johnson, la Comtesse), fraîchement lauréate d’un Golden Globe. Quand on y pense, l’ajout de la pop star au casting est la chose la plus « américaine » que les créateurs d’AHS aient jamais faite. Après tout, Stefani Germanotta est un pur produit de la pop culture, un artéfact qui a tout pour séduire Brad Falchuk et Ryan Murphy. Hélas, la mayonnaise ne prend pas. Le jeu de Gaga, mécanique et sans nuances, réjouira les fans de clips vidéo, mais décevra à coup sûr les amateurs de cinéma. Si le dernier épisode fonctionne, c’est surtout parce que la chanteuse passe au second plan. L’action se recentre en effet sur Liz Taylor, sans doute ici le personnage le plus réussi. Liz s’occupe de la réception et du bar, lit Proust en français et a toujours le temps d’écouter les problèmes existentiels de quelques tueurs psychopathes. Le crâne rasé, le visage ridé, tout en paillettes et maquillage, Denis O’Hare est remarquable dans ce rôle de travesti. Il lui apporte un supplément d’âme qui le rend terriblement attachant.

 

American Horror Story HotelAmerican Horror Story HotelAmerican Horror Story HotelAmerican Horror Story Hotel

 

Autres points positifs, la photographie, les décors et les costumes. D’un point de vue esthétique, la série est très aboutie. Plus qu’une toile de fond, le Cortez est un écrin. Personnage à part entière du récit, l’hôtel est un labyrinthe où chaque bruit de porte fait froid dans le dos. Les fréquents travellings le long de ces interminables couloirs renforcent cette impression. Comme si cela ne suffisait pas à rendre le spectateur claustrophobe, Murphy use et abuse aussi des objectifs « fisheye ». Cette lentille grand angle, qui déforme les lignes droites, donne au spectateur l’impression de coller son œil contre un judas. Le choix de couleurs chaudes augmente encore le sentiment d’enfermement. Dans ce camaïeu de bruns, le rouge du sang éclate et le blanc crayeux des visages glace le sang. Les costumes sont eux aussi remarquables. La mode tient d’ailleurs une place importante dans le récit qui s’articule autour de deux défilés. C’est dans les coulisses du premier (Chutes and Ladders, épisode 2) que se noue l’intrigue ; c’est sur la scène du deuxième (Be Our Guest, épisode 12) que chacun trouve sa « fin heureuse ».

 

American Horror Story HotelAmerican Horror Story HotelAmerican Horror Story HotelAmerican Horror Story Hotel

 

Mais cela mis à part, la série laisse le spectateur sur sa faim. L’ensemble ressemble souvent à un long clip vidéo. Bauhaus, Sister of Mercy, Joy Division, She Wants Revenge, la série assume son côté post punk/gothique. Hélas, on a parfois l’impression que les images sont là pour appuyer la bande son et non l’inverse. D’ailleurs toute cette histoire ressemble à Hotel California des Eagles (que l’on entend dès le premier épisode) : « You can check out anytime you like but you can never leave » (« Vous pouvez régler la note quand bon vous semblera, mais vous ne pouvez jamais partir »). Faute de scénario convaincant, la forme l’emporte donc sur le fond. Un tueur en série, une vampire libidineuse, un travesti en quête d’amour, un flic paumé qui tente de sauver son couple… Le récit s’éparpille et aucune de ces histoires ne parvient véritablement à capter l’attention du téléspectateur. Peut-être est-ce à cause du montage un peu trop « clippé », ou bien parce qu’on n’éprouve aucune sympathie pour les habitants du Cortez.

 

Les personnages manquent en effet de profondeur, et la direction d’acteurs a des lacunes. D’une part, Brad Falchuk et Ryan Murphy ont choisi pour la plupart des rôles masculins, une ribambelle de comédiens au physique interchangeable : Cheyenne Jackson (Will Drake), Wes Bentley (John Lowe), Matt Bomer (Donovan), Finn Wittrock (Tritan). On apprendra plus tard qu’il y a une raison à cela. Mais en attendant, le spectateur se lasse et lorgne du côté de la télécommande. Pour le reste, si la plupart des acteurs récurrents d’American Horror Story nous ont jusque-là habitués à ce qu’il y a de mieux, aucun ne semble vraiment à son aise ici. Ainsi, Evan Peters, formidable dans la première saison de MURDER HOUSE (notre critique), est affublé d’un accent caricatural censé être l’imitation du phrasé des années 1930. Kathy Bates est sous-employée. Chloé Sevigny semble absente. Sarah Paulson et Angela Bassett surjouent.

 

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Plus généralement, Hotel a un air de déjà-vu. Comme toujours avec Brad Falchuk et Ryan Murphy, la série est remplie de clins d’œil cinématographiques. Si ce jeu de miroir est parfois plaisant, dans ce cas précis, il empêche l’œuvre de trouver sa propre personnalité. Parmi les références, on trouve Shining de Stanley Kubrick, Se7en de David Fincher et, peut-être plus inattendu, Les Lèvres rouges de Harry Kümel. Ce film belge réalisé en 1971 s’inspire de la comtesse Elisabeth Bathory, aristocrate de la fin du XVIe siècle qui aurait eu un goût prononcé pour les bains de sang de vierge. Si dans la série, Lady Gaga ne porte pas le nom de la célèbre meurtrière hongroise, son personnage ressemble beaucoup à celui incarné à l’époque par Delphine Seyrig. Même titre de noblesse, même prénom, même chevelure blonde platine, même garde-robe et même bisexualité assumée.

 

American Horror Story 5 n’est donc pas la meilleure saison de la série. Néanmoins, Ryan Murphy, passé maître dans l’art du marketing, a trouvé un moyen de nous faire regarder la saison 6 (toujours avec Lady Gaga). Le réalisateur a en effet annoncé sur les réseaux sociaux que toutes les saisons d’AHS étaient liées. De fait, la fin de Freak Show nous renvoie à ASYLUM (notre critique), et Hotel fait deux fois référence à COVEN (notre critique) et une fois à Murder House. Reste à savoir ce qui se cache derrière tout cela. Si l’on considère qu’Hotel est d’abord une histoire d’addiction (au sang, au sexe, à l’alcool…), on peut y voir un des Cercles de l’Enfer de Dante : la Gourmandise. Dans cette perspective, Murder House représenterait la Luxure, Asylum l’Hérésie, Coven la Trahison, Freak Show lAvarice. Il manquerait donc les Limbes, la Colère, la Violence et la Ruse. Cette théorie a d’autant plus d’adeptes que chaque saison présente une unité de lieu, à l’instar du poème de Dante. Reste à savoir si Murphy et Falchuk ont vraiment prévu neuf saisons.

 

 

  • Série américaine AMERICAN HORROR STORY : HOTEL diffusée sur FX Networks du 7 octobre 2015 au 13 janvier 2016.
  • Créateurs : Brad Falchuk et Ryan Murphy
  • Avec : Lady Gaga, Sarah Paulson, Kathy Bates, Evan Peters, Denis O’Hare, Chloé Sevigny, Lily Rabe, Angela Bassett, Finn Wittrock, Wes Bentley, Gabourey Sidibe, Mare Winningham, Matt Bomer, John Carroll Lynch, Anthony Ruivivar, Cheyenne Jackson, Max Greenfield…
  • 5ème saison, 12 épisodes de 50 minutes.


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