VOD/ Reception de Gilles Verdiani : critique

Publié par Laurianne de Casanove le 11 avril 2016

Synopsis : Dans un futur proche, tout s’est arrangé. Le sida a disparu et un virus mortel a éliminé la moitié de la population. Avec moitié moins d’humains, la planète se porte mieux, les ressources naturelles ne sont plus menacées et le travail abonde. Le racisme et les guerres de religion appartiennent au passé. Seule ombre au tableau, il est toujours aussi difficile de coucher avec qui l’on veut. Un soir d’été, Lucrèce Bourgeois décide d’inviter quelques amis dans son vaste appartement. Soudain, un évènement inattendu d’ordre cosmique va venir bouleverser le déroulement des mondanités et pousser chacun à remettre en question sa vie et ses sentiments.

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Reception (save the date) - affiche

Reception (save the date) – affiche

Reception (Save the Date) fait partie de ces OFNI dans le panorama actuel. Gilles Verdiani, ancien critique à Première, romancier (La Nièce de Fellini), scénariste (L’amour dure trois ans) et responsable de l’émission Le Cercle (Canal Plus), marque ici ses débuts derrière la caméra avec un film d’anticipation érotique qui a en effet de quoi décontenancer. Dans ce huis clos expérimental, chargé de phéromones, les couples se font et se défont. Les êtres s’excitent, se frottent, se repoussent et s’affrontent sur le ton badin de la conversation. L’histoire est loin d’être banale ; elle a même la qualité rare de nous interpeler et de faire voler en éclat les clichés. Au-delà du marivaudage, Reception est un film sur le désir, l’amour, l’interdit. Dans ce monde où tout est permis, à condition de rester dans la case où l’on nous a rangés (homo, bi, marié, célibataire…), le sexe reste problématique et la police des mœurs débarque sans crier gare au milieu des soirées. Le nom du personnage principal, interprété par Moana Ferré, résume à lui seul ce paradoxe. Lucrèce, oui, mais bourgeoise. Une féline domestiquée, loin de la sulfureuse sœur de César Borgia. Nous sommes dans le futur où tout se passe soi-disant mieux, mais cette vision de la société fait écho à la nôtre. Comme si un échange de fluides entre humains consentants était inexorablement condamné à être jugé et normalisé. Si l’intrigue séduit, on déplore quelques longueurs et l’interprétation inégale des acteurs. Les dialogues, plutôt réussis, tombent aussi parfois à plat, faute de trouver un interprète à sa hauteur. Mais le charme de cette satire de moeurs futuriste, à tout petit budget, émane de son esthétique résolument kitsch : accessoires bon marché, leggings en lycra et pistolets laser en plastique sont de la partie. Un côté toc des années 1970 renforcé par la photographie et la lumière qui donnent même à l’ensemble, l’aspect du théâtre filmé. Les effets, eux aussi, sont conçus avec les moyens du bord. Si certains ralentis n’apportent rien à l’histoire, la scène de dispute entre Lucrèce et son mari (Tony Harrison) est cependant tenue et particulièrement réussie. Tout un jeu de faux raccords et de répétitions donnent à ce moment un aspect surréaliste, comme si la jalousie menait les deux personnages au bord de la rupture.

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Tourné avec deux caméras, Reception a entièrement été post-sonorisé, procédé qui vise à mêler dialogues et musique. Gilles Verdiani avoue avoir toujours aimé cette technique, particulièrement utilisée dans le cinéma italien des années 60. Si la bande son électro pop-rock est immersive, elle est également omniprésente et tend à surcharger parfois l’atmosphère. Les dialogues sont mêmes par moments désynchronisés. Mais loin de gêner, ce décalage donne une autre dimension aux voix des interprètes dont l’utilisation reste intéressante. Comme si détachées des corps, elles devenaient personnages à part entière du récit, à la manière de celle de l’amoureuse du héros dans Her de Spike Jonze. À l’arrivée, Reception se révèle avant tout une performance artistique ; la démarche et le processus de création font tout autant sens que le résultat final. Pour financer son film, Gilles Verdiani a en effet misé sur le bon vieux système D. Il a eu recours à une vaste campagne de crowdfunding avant qu’Edouard Duprey (Toute Première Fois de Noémie Saglio et Maxime Govare) n’investisse l’argent qui manquait à ce projet. Ce détail, loin d’être anodin, fait de ce long métrage indépendant français un véritable pied de nez au système traditionnel, qu’on ne peut qu’encourager. Et s’il fallait ne lui trouver qu’une qualité, ce serait celle-là.

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  • RECEPTION (SAVE THE DATE) écrit et réalisé par Gilles Verdiani disponible en VOD.
  • Avec : Moana Ferré, Tony Harrisson, Luna Picoli-Truffaut, Kim Schwarck, Matthias Van Khache, Philypa Phoenix, Shadé Abayomi, Richard Bartolini, Marina Benedetto, Stéphane Brisse…
  • Production : Edouard Duprey, Gilles Verdiani
  • Photographie : Mathias Raaflaub et Arnaud Perraudin
  • Montage : Marie Girard
  • Décors : Lorraine Gaulier
  • Costumes : Cécile Boi, Fabrice Fernandez, Nina Yadan
  • Musique : Nils Thornander
  • Site officiel : Reception (Save the Date)
  • Durée : 1h30

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