Musique/ Jason Bourne par John Powell et David Buckley : critique

Publié par Jérôme Nicod le 21 août 2016

Résumé : Jason Bourne, dans lequel le héros en termine avec son passé pour enfin envisager l’avenir, est un épisode de transition. Musicalement, John Powell produit un album inégal, en mode recyclage, mais qui continue d’incarner l’ADN de l’espion américain et constitue surtout un formidable support d’ambiance sonore pour le film. Dans les bacs depuis le 29 juillet, édité par Universal (Back Lot Music), un album à écouter avec les yeux.

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Jason Bourne - pochette musique composée par John Powell et David Buckley

Jason Bourne – pochette musique composée par John Powell et David Buckley

Jason Bourne, le vrai, est de retour pour une quatrième aventure (notre critique), avec la même équipe artistique. Du point de vue de la bande originale, John Powell s’associe cette fois à David Buckley. La même énergie créative depuis l’origine, la même volonté de livrer un spectacle tonique, malin, parfois novateur. John Powell n’est pas étranger à l’ADN de Bourne, dans la mesure ou son style musical l’accompagne depuis le premier opus. À l’instar des premiers James Bond, composés par John Barry, la musique contribue à donner un style au héros et à ses aventures filmées. Mais à l’inverse de ce dernier, le thème principal n’est pas un thème héroïque. Jason Bourne n’est pas un héros, et accompagner le style hyper-réaliste de Paul Greengrass par des saccades de trompettes, pour bien signifier qu’une action héroïque est en cours, est à l’opposé de sa manière de conter ses histoires et de marquer les esprits. Curieusement, un thème Jason Bourne a bien été écrit ; il figure sur l’album du premier opus. Mais contrairement au personnage incarné par Matt Damon, il n’a pas survécu. Il est intéressant de noter à quel point le style de John Powell a évolué depuis 2002. Ses orchestrations sont plus riches et il est passé maître dans le mélange de courtes phrases mélodiques, déstructurées, fragmentées, mais qui, au final, donnent une direction à la scène. En fait, avec le temps, sa musique a trouvé une forme de cohérence avec le style visuel si particulier de Paul Greengrass. Un style si appuyé qu’il suscite admiration ou rejet, mais rarement de l’indifférence.

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Jason Bourne

Jason Bourne

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Pour la saga Jason Bourne, le style protéiforme de John Powell, par ailleurs grand admirateur de Lalo Schifrin, a influencé jusqu’aux derniers opus de James Bond, pour lesquels le travail de Thomas Newman semble une copie mal tirée du travail de Powell. On peut utilement comparer Tangiers (La Vengeance dans la peau) et Grand Bazaar (SKYFALL – notre critique). Mais Powell bénéficie à l’écran d’un sous-mixage qui fait de sa musique, un des composants de la bande sonore, pour conserver le réalisme. Au contraire, la musique de Newman noie les James Bond, sans pour autant apporter une dimension supplémentaire. Le principe d’une bande originale est de contribuer à l’émotion, de compléter par la mélodie et le choix des instruments ce que racontent, ou non, les images. À ce titre, le duo formé par John Powell et Paul Greengrass – lesquels concrétisent leur cinquième collaboration ensemble après la trilogie Bourne, Vol 93 et Green Zone -, est épatant.

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Greengrass vient du monde du journalisme, il a été formé au documentaire et, pour mieux conter les faits divers a développé une technique minutieuse de filmage, montage et mixage, permettant au spectateur de ressentir la scène comme s’il la vivait. Dans son style, la musique est utilisée pour diverses raisons : donner du lien à la scène, en permettant aux multiples plans de coupe de fonctionner ensemble. Mais aussi exprimer la réflexion, le temps de la recherche, de l’analyse : la musique exprime alors l’intelligence des personnages. Enfin, dans les scènes de suspense ou d’action, elle donne du rythme et amplifie le stress. Elle est à ce moment-là un élément de plus avec lequel Greengrass peut jouer pour impacter ses spectateurs. Les bandes sonores sont particulièrement travaillées, de manière extrêmement minutieuse ; les sirènes se mélangeant aux cris et aux sons de John Powell. La musique à l’écran n’est pas la même que celle de l’album tant ces conditions d’écoute sont différentes : faut-il juger le résultat de l’oeuvre globale ou bien simplement l’extraction de sa musique sur un album ?

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Jason Bourne

Jason Bourne

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Parmi les raisons qui ont poussé John Powell à cosigner le score de ce nouvel opus, son refus  de travailler pour le cinéma d’action violent que produit Hollywood. Depuis plus de cinq ans, il se consacre en effet essentiellement aux musiques de dessins animés (L’Age de Glace, Rio, Dragons, Le Lorax). Il vient par ailleurs d’achever un étonnant concerto, A Prussian Requiem, qui a nécessité deux années de travail jusqu’à sa Première à Londres, en mars dernier, dans l’enceinte du Royal Festival Hall, à laquelle il n’a pas assisté, étant au chevet de son épouse, mourante, à Los Angeles. Il a donc eu recours à David Buckley pour composer des musiques additionnelles ; pratique qu’il connaît bien pour l’avoir fait lui-même pour Hans Zimmer (Kung-Fu Panda, en 2008) ou encore Harry Gregson-Williams (Shrek, en 2001). À l’écoute de l’album, les morceaux composés par Powell sont reconnaissables, orchestralement plus aboutis, bien que moins audacieux par rapport aux musiques des épisodes 2 et 3, à l’image des deux longs métrages.

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I Remember Everything est une belle réintroduction dans le mythe. Converging In Athens comporte une belle gravité mais un étrange choix de percussions, pas très helléniques. A Key To The Past utilise des éléments électroniques dérangeants, tout à fait adaptés à la scène, mais reste trop répétitif. Las Vegas ne manque pas de panache. De son côté, Paddington Plaza prend le temps d’une longue introduction rythmée pour proposer une variation brutale mais élégante du thème principal. Ce n’est pas la première fois que Bourne se rend en Allemagne, mais Berlin n’apporte rien à sa légende. Let Me Think About It marque la conclusion du film et semble ouvrir sur le prochain. Les autres titres tiennent davantage de la musique d’ambiance. L’album et la projection au cinéma se concluent par un nouveau remixage de la chanson écrite et interprétée par Moby, Extreme Ways. En salles, au sortir de deux heures d’émotion, elle a du panache avec l’animation du générique de fin. Sur l’album, elle ne semble qu’une version de plus d’une chanson qui n’a pas vocation à devenir éternelle. Une bande originale à apprécier dans les salles obscures, définitivement.

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Jason Bourne - pochette musique

Jason Bourne – pochette musique

Jason Bourne par John Powell et David Buckley

Durée: 61:16

  1. I Remember Everything (2:08)
  2. Backdoor Breach (3:56)
  3. Converging in Athens (4:20)
  4. Motorcycle, Fire, Bullet, Mob (8:57)
  5. A Key to the Past (1:42)
  6. Berlin (2:02)
  7. Decrypted (5:32)
  8. Dassault Assault (2:50)
  9. Paddington Plaza (6:48)
  10. Bourne Meets Lee (2:48)
  11. Vegas Arrival (2:50)
  12. Killer Plan (2:48)
  13. Strip Chase (5:48)
  14. Lee’s Pitch (2:10)
  15. Let Me Think About It (2:26)
  16. Extreme Ways (Jason Bourne) – Moby (4:55)

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Source: CBO Box office

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