Sully de Clint Eastwood: critique

Publié par CineChronicle le 26 novembre 2016

Synopsis : Le 15 janvier 2009, le monde a assisté au « miracle sur l’Hudson » accompli par le commandant « Sully » Sullenberger : en effet, celui-ci a réussi à poser son appareil sur les eaux glacées du fleuve Hudson, sauvant ainsi la vie des 155 passagers à bord. Cependant, alors que Sully était salué par l’opinion publique et les médias pour son exploit inédit dans l’histoire de l’aviation, une enquête a été ouverte, menaçant de détruire sa réputation et sa carrière.

♥♥♥♥♥

 

Sully - affiche

Sully – affiche

Qu’irait-on questionner le mérite du héros Sully ? C’est pourtant ce qu’une commission d’enquête va s’atteler à faire durant 96 minutes dans le nouveau long métrage de Clint Eastwood. D’après les relevés de la boîte noire, un seul des moteurs gauches serait tombé en panne. La commission, décidément tatillonne, réexamine l’affaire avec des ordinateurs, concluant qu’un atterrissage dans deux aéroports locaux était tout à fait envisageable. L’acharnement des experts s’intensifie. Rien n’est dit, mais en filigrane, on imagine ici que le vrai reproche fait au commandant Chesley Burnett Sullenberger, dit Sully, incarné avec sobriété par Tom Hanks, c’est de ne pas avoir su également sauver l’avion. Critique sous-jacente et à peine voilée de l’absurdité des raisonnements financiers ? On n’en saura pas vraiment plus. La commission, des têtes patibulaires obnubilées par l’idée de faire chuter cet homme, lequel ne tarde pas à connaître des nuits sans repos, gagnées par des cauchemars qui font échouer l’avion sur New York. Le traumatisme du 11 septembre plane toujours sur l’inconscient américain, ce qui explique ici la valeur iconique de Sully. Il est pour le peuple un symbole d’espoir, celui d’une réparation impossible. Il faut d’ailleurs le voir fouiller sa mémoire, soucieux de savoir si ses souvenirs sont conformes à la réalité. Le doute d’autrui finit par imprégner le souvenir jusqu’à le rendre potentiellement factice. Le personnage dépeint par Eastwood, presque immaculé, semble sur la brèche, non loin de sombrer dans la culpabilité, injuste châtiment. En témoigne ce face à face avec à ce conglomérat de cerbères qu’est la commission. Le monde spirituel n’est pas étranger à Eastwood. Sully, quasi christique, est cloué au pilori quand il n’a fait que son travail, son devoir. Puis le film explore une autre piste, la machine face à l’homme. D’un côté, les simulateurs de vol et leurs calculs effectués à la vitesse de la lumière et de l’autre, le facteur humain, l’expérience et la part instinctive. Vaste sujet de réflexion, à l’heure où les ingénieurs de multinationales s’affairent à créer des machines de plus en plus « intelligentes », capables de langage, voire d’émotion. Hélas, le film n’approfondit pas la réflexion.

.

SullySullySullySully

.

Visuellement, la photographie réaliste et joliment teintée d’un bleu hivernal de Tom Stern, chef opérateur attitré d’Eastwood, va à l’épure. Mariage amoureux avec l’élégance de la mise en scène, belle comme un air discret et tactile de piano. Il y a aussi ces cadrages inspirés et l’examen renouvelé, mais jamais répété, de cet amerrissage légendaire. On n’est pas loin d’une dissection, opérée avec brio et en IMAX. Le spectacle est subtil. Eastwood ne cède pas aux effets ostentatoires. Réflexe salutaire puisque l’idée de voir un avion amerrir à deux pas de Brooklyn se suffit à elle-même. Ce n’est donc pas le grand frisson que procurait la scène d’ouverture de Flight de Robert Zemeckis, dont Sully semble le parfait contrepoint visuel et même musical. Cependant, certains procédés scénaristiques, loin de servir le film, l’alourdissent, à l’instar de cette idée malencontreuse, et déjà vue mille fois, d’insérer des vignettes, des portraits creux et sans âme des passagers du vol. Comme s’il fallait, en s’attardant sur eux, nous faire éprouver quelque empathie à leur égard. Ce qui reviendrait à insinuer, tacitement, que le calvaire subi par Tom Hanks ne serait pas assez fort. Idée fâcheuse et tristement inutile.

.

Ce qui pêche, c’est donc le scénario, empreint d’un manichéisme déjà connu d’Eastwood et qui donne à son Sully des airs légèrement anachroniques. Nostalgie des films d’antan, qui explique peut-être l’engouement du troisième âge pour le film, aux États-Unis. Le héros d’une autre histoire inspirée de faits réels, American Sniper était bien plus trouble, si trouble même, qu’il fit hurler tous les tenants de la bien-pensance. Sans oublier que les héros des westerns, campés ou filmés par Eastwood, se montraient bien plus sombres. Sully n’est donc pas œuvre de dentelle ; peu de place au contraste. Ce qu’on lui pardonnerait aisément si le thème de la concurrence, galopante, entre l’homme et la machine, était mieux exploité. Il y a donc là de quoi faire applaudir certains spectateurs, rendus momentanément extatiques par la violence faite au mythe du héros. Quant aux autres, c’est un Eastwood mineur, certes, mais Clint, à 85 ans, demeure un excellent conteur et un cinéaste hors-pair.

.

Pierre-Julien Marest

.

.

.

  • SULLY réalisé par Clint Eastwood en salles le 30 novembre 2016.
  • Avec : Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney, Anna Gunn, Autumn Resser, Jerry Ferrara, Sam Huntington, Holt McCallany…
  • Scénario : Todd Komarnicki, d’après le livre de Chesley Sullenberger et Jeffrey Maslow
  • Production : Clint Eastwood, Tim Moore, Frank Marshall, Allyn Stewart, Bruce Berman, Gary Goetzman, Robert Lorenz
  • Photographie : Tom Stern
  • Montage : Blu Murray
  • Décors : James J. Murakami
  • Costumes : Deborah Hopper
  • Musique : Christian Jacob
  • Distribution : Warner Bros
  • Durée : 1h36

.

Commentaires

A la Une

Sony conclut un accord avec Disney pour diffuser les Spider-Man et ses prochains films sur Disney+

Sony Pictures est l’un des seuls groupes à ne proposer pour le moment aucune plateforme de diffusion en streaming. Pourtant,… Lire la suite >>

Antoine Fuqua à la barre d’une nouvelle adaptation de La chatte sur un toit brûlant

Le réalisateur de Training Day et d’Equalizer va adapter la pièce de Tennessee Williams, La chatte sur un toit brûlant…. Lire la suite >>

Monte Hellman, le prix de l’indépendance

Principalement connu pour son film Macadam à deux voies (1971), le réalisateur Monte Hellman nous a quittés ce mardi 20… Lire la suite >>

Rob Zombie à la réalisation d’une adaptation de la série Les Monstres

Rob Zombie va réaliser un film adapté de la série Les Monstres des années 1960. Cette relecture pourrait être diffusée à la… Lire la suite >>

Love, Death + Robots : une première bande-annonce impressionnante pour la saison 2

La série animée d’anthologie de David Fincher et Tim Miller sera de retour sur Netflix en mai prochain.      … Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 ADIEU LES CONS 600 444 1 600 444
2 30 JOURS MAX 515 328 2 1 024 143
3 LES TROLLS 2 TOURNEE MONDIALE 469 045 2 888 619
4 POLY 458 929 1 458 929
5 PETIT VAMPIRE 155 496 1 155 496
6 MISS 113 727 1 113 727
7 PENINSULA 107 865 1 107 865
8 DRUNK 89 089 2 204 024
9 THE GOOD CRIMINAL 83 519 2 199 906
10 CALAMITY, UNE ENFANCE DE MARTHA JANE CANNARY 78 309 2 138 360

Source: CBO Box office

Nos Podcasts