Livre/ Prévert et le cinéma par Carole Aurouet : critique

Publié par Jacques Demange le 17 avril 2017

Résumé : Le 11 avril 1977, les volutes de fumée des cigarettes consumées emportèrent Jacques Prévert. Quarante ans après, le moment est venu d’apporter un nouvel éclairage sur son oeuvre cinématographique, permis grâce à un travail de recherche mené sans relâche depuis une vingtaine d’années par l’auteur de cet essai. Des films non visibles le sont devenus ; des archives se sont ouvertes ; des scénarios inédits ont été découverts. Autant de connaissances accrues qui permettent d’approfondir les analyses et par conséquent de revisiter les rapports étroits et intenses que Jacques Prévert a entretenus avec le 7e art. Au programme ? Les attirances et répulsions cinématographiques. L’écriture des premiers ciné-textes. Les films considérés aujourd’hui comme des chefs-d’oeuvre du cinéma français, réalisés entre autres par Marcel Carné, Jean Grémillon, Paul Grimault, Pierre Prévert, Jean Renoir. Les formes courtes, du documentaire au dessin animé. La gouaille et les dialogues inimitables. Et l’inventaire n’est pas fini… Que la séance commence !

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Prevert et le cinema - couverture

Prevert et le cinema – couverture

Jacques Prévert, on l’a lu, mais on l’a aussi entendu. Aujourd’hui, sa carrière de scénariste et de dialoguiste est au moins aussi connue que ses écrits littéraires. Avec un enthousiasme tout à fait communicatif, Carole Aurouet, maître de conférences et spécialiste de l’oeuvre de Prévert, revient sur la relation fluctuante mais toujours amoureuse du poète et du Septième art, décrite par l’auteure comme « une sorte de coup de foudre ». Aurouet revient sur les différentes étapes de la vie de l’écrivain qu’elle cherche à décrire à travers le prisme de l’écran. De ses premières expériences cinématographiques à ses projets concrétisés ou non, l’analyse est habile et sait captiver le lecteur. Tout comme André Malraux proposait la description d’un musée imaginaire, la carrière de Prévert suscite la production d’images sidérantes, métaphoriques, invitant à l’exploration de continents fantastiques. Car sa carrière cinématographique est longue, dépassant sa seule, mais ô combien riche, collaboration avec Marcel Carné (Jenny, Drôle de drame, Le Quai des brumes). Que l’on songe aux commentaires écrits pour les courts-métrages du célèbre documentariste hollandais Joris Ivens, à ses dialogues pour Le Crime de Monsieur Lange de Jean Renoir, ou à ses scénarios pour les dessins animés de Paul Grimault (Le Petit soldat, La Bergère et le Ramoneur, Le Roi et l’Oiseau). Fortement documenté (et enrichi par la consultation des brouillons scénaristiques de Prévert découverts récemment), ce Prévert et le cinéma se focalise sur les problématiques internes à l’écriture. La difficulté d’adapter la structure d’un roman en scénario, ou les différents moyens de contourner la censure en temps de guerre délivrent le portrait d’un écrivain animé par la transformation des mots en images. Aurouet parvient à dresser des parallèles possibles avec l’oeuvre littéraire de Prévert, tissant les continuités et les moments de rupture composant cette identité poétique. Les hypothèses se vérifient au contact des textes, des films et des témoignages des contemporains de Prévert. L’essai prend tour à tour la forme d’une enquête biographique, d’une monographie (étude des thématiques et sujets récurrents propres à Prévert) et d’un roman. L’écriture est libre mais maintient toujours sa cohérence de fond. La forme quant à elle cherche à s’adapter à celle du tournage d’un film, et y parvient avec bonheur. Prévert et le cinéma donne envie de revoir les films conçus et imaginés par Prévert, de relire ses textes, de profiter encore d’une écriture décidément plurielle.

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