Résumé : Cet essai montre que The Matrix (premier épisode, sorti en 1999) des frères Wachowski est susceptible d’une approche pluridisciplinaire. Pourquoi les machines dotées d’une intelligence artificielle ne peuvent subsister sans l’apport énergétique puisé dans les humains, cela s’explique par le fait que le travail mort ne s’anime qu’en vampirisant le travail vivant. Cette étude s’inscrit dans le cadre d’une approche philosophique d’un genre cinématographique, la science-fiction, dont The Matrix a renouvelé les codes et la syntaxe au tournant du nouveau millénaire.
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À l’instar du Fight Club de David Fincher ou de Inception de Christopher Nolan, Matrix fait partie de ces films qui, bien des années après leur sortie, continuent de susciter débats et polémiques. Le long métrage des Wachowski offre avec habilité différentes clés interprétatives, s’amusant à perdre son spectateur au milieu de ses nombreux niveaux de lecture. Technophile ou technophobe, prophétique ou fabulateur, Matrix navigue entre les extrêmes, s’épanouissant dans les oxymores et les (apparents) paradoxes. Surface ô combien absorbante, le film suppose la possibilité d’intégrer un nombre quasi infini de discours, se risquant de fait aux contradictions, voire aux solipsismes trompeurs. Première qualité non négligeable de cet ouvrage : maintenir une cohérence théorique par le biais d’un contact constant avec son objet d’étude. Jad Hatem, professeur de philosophie, de littérature et de science des religions à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, ne part pas de ses postulats pour aboutir au film, mais bien de ce dernier pour en dégager certains enjeux essentiels. Remarquons sur ce point que l’auteur parvient à éviter l’écueil des généralités. En se focalisant sur la pensée marxiste et la figure messianique, Hatem creuse en profondeur les sphères politiques et religieuses à l’oeuvre au sein de la structure du film. La question de l’altérité ou du rapport plus ou moins conflictuel entre le réel et le virtuel aboutissent à de nombreux développements qui trouvent leur logique à l’intérieur des plans et de leur enchaînement. Si les nombreuses références philosophiques (Aristote, Schopenhauer) et littéraires (Lewis Caroll, Ursula K Le Guin) qui ponctuent la lecture impressionnent, on pourra regretter que l’analyse formelle reste trop souvent mise de côté au profit d’une lecture appuyée du scénario. Ce manque est d’autant plus dommageable que les innovations technologiques incarnées par le film supposent la possibilité d’illustrer très concrètement les théories marxistes tout en inscrivant le film à l’intérieur d’un contexte de production dominé par le numérique qui reste assez peu étudié par l’auteur. Reste qu’en matière d’exégèse, cette étude permet d’éclairer sous un jour nouveau les nombreux mystères renfermés par la matrice.
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- MATRIX, MARX ET LE MESSIE
- Auteur(s) : Jad Hatem
- Édition : Orizons
- Collection : Cinématographies
- Date de parution : Juin 2017
- Pages : 130
- Tarif : 16 € (papier) – 10,99 € (numérique)