Corps Étranger de Raja Amari : critique

Publié par Camille Carlier le 19 février 2018

Synopsis : Samia, échoue comme beaucoup de clandestins sur les rivages de l’Europe. Hantée par l’idée d’être rattrapée par un frère radicalisé qu’elle avait dénoncé, elle trouve d’abord refuge chez Imed une connaissance de son village, puis chez Leila pour qui elle travaille. Entre les trois personnages, le désir et la peur exacerbent les tensions…

♥♥♥♥♥

 

Corps etranger - affiche

Corps etranger – affiche

Présenté aux festivals d’Angoulême et de Toronto ainsi qu’à la Berlinale en 2017, le second long-métrage de Raja Amari, Corps Étranger, expose un trio sensuel par une mise en scène élégante qui prend des accents de thriller. Quinze ans après Satin Rouge, qui narrait l’histoire d’une femme trouvant la libération à travers la danse, la réalisatrice charme de nouveau dans sa manière de filmer les corps féminins et dans la découverte d’un érotisme qui se développe ou s’assume franchement quand ses héroïnes se rencontrent. Les thèmes sont graves et mettent en relief des destins individuels. Ainsi Samia (Sarra Hannachi), immigrée clandestine d’origine tunisienne échoue sur une plage française après avoir fui son pays pour avoir choisi de dénoncer son frère, radicalisé. La jeune femme est alors extraite d’un phénomène que l’ampleur et les médias ont tendance à déshumaniser pour que s’exprime une véritable trajectoire personnelle. En apparence calme et apeurée, elle n’a pourtant pas froid aux yeux et protège son bonheur et sa liberté farouchement, quitte à taire son ambition pendant quelque temps. L’écriture des personnages est rodée et chacun présente une étape de l’immigration. Imed (Salim Kechiouche), charmeur en apparence et bien implanté dans sa société d’adoption, montre ses limites lorsqu’il refuse l’union charnelle de Samia et Leila. Il ne voit pourtant aucun problème à devenir le goldenboy d’une veuve riche et esseulée. Une posture paradoxale d’où s’échappe Samia lorsqu’elle refuse une certaine domination du jeune homme au profit d’un marrainage tacite en la personne de Leila (Hiam Abbass, également présente dans Satin Rouge).

 

Corps etranger

Corps Étranger

 

La relation des deux femmes dépasse rapidement le cadre du travail quand chacune s’immisce dans les faiblesses de l’autre. Leila veuve que le manque d’affection afflige et qui cherche le contact auprès de jeunes hommes pour tromper sa solitude, est arrivée en France il y a des années. Ensemble les deux femmes vont (re)découvrir une sensualité, à la conquête de leur corps, souvent proches. Leurs contacts physiques sont multiples, chacune exerçant sur l’autre une fascination certaine. Samia est miroir de Leila qui lui déclare « Parfois je voudrais ne rien posséder comme toi ». Raja Amari filme le corps vu par le regard d’un autre. La peau est touchée, massée et l’apothéose vient lors d’une scène de danse entre les trois protagonistes pour un échange aussi beau que violent dans son dénouement. L’homme se fait alors souvent menace dans l’œuvre d’Amari. Qu’il s’agisse d’Imed, d’un homme, victime de la mer qui tente d’emporter Samia dans les fonds marins pour se sauver lorsque le bateau sombre, ou du frère de celle-ci, qu’on ne verra jamais mais dont la vengeance plane et obscurcit la course survivaliste de la jeune femme. Le féminin ne doit son salut qu’à lui seul, quand la femme comprend qu’elle est maîtresse de son corps, de son désir et de sa sexualité. Proclamation rendue délicate quand elle est vue par le prisme de la religion.

 

Corps Étranger s’ouvre sur des plans aquatiques où l’on voit les fonds marins jonchés des biens de nombreux immigrés qui n’auront pas eu la chance d’atteindre la rive. On y voit des photos d’histoires brisées. Le film se termine sur une survivante qui retourne sur sa terre d’origine et affronte du regard la mer et l’horizon sans les craindre. Car ce corps qui lui était étranger ne l’est plus tant.

 

 

 

  • CORPS ÉTRANGER
  • Sortie salles : 21 février 2018
  • Réalisation : Raja Amari
  • Avec : Hiam Abbass, Sarra Hannachi, Salim Kéchiouche, Marc Brunet, Majd Mastoura
  • Scénario : Emna Bouyahia
  • Production : Dominique Besnehard, Michel Feller, Dora Bouchoucha, Lina Chaabane Menzli
  • Photographie : Aurélien Devaux
  • Montage : Guéric Catala
  • Décors : Raouf Helioui
  • Costumes : Soraya Mangin
  • Musique : Nicolas Becker
  • Distribution : Paname Distribution
  • Durée : 1h32

 

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