Bilan et palmarès de la 19e édition du FIFA à Aubagne

Publié par Charles Villalon le 27 mars 2018
Festival Film Aubagne

Festival Film Aubagne

La 19ème édition du FIFA, festival de cinéma consacré à la musique de film, s’est tenue du 19 au 24 mars 2018 à Aubagne. Retour sur une compétition inégale mais riche, ainsi que sur les rencontres avec les compositeurs.

 

 

 

Dans la ville natale de l’un des plus grands cinéastes français s’est tenue la semaine dernière le FIFA, seul festival de cinéma en Europe entièrement consacré à la musique de film. C’est au cinéma Marcel Pagnol, dans le centre d’Aubagne, que se sont succédé les projections et les rencontres avec les grands noms de la musique de film. Dix longs-métrages étaient en compétition. Une sélection hétéroclite et inégale, où se sont côtoyés diverses approches de la musique et du cinéma.

 

Éloge de la débrouille

 

Secret Ingredient

Secret Ingredient

Commençons par ce que le festival nous a montrés de meilleur avec Secret Ingredient, film macédonien de Gjorce Stavreski, qui a parfaitement mérité son titre de meilleur film de la compétition. On y suit l’histoire de Vele, jeune homme qui travaille dans les ateliers de la société des chemins de fer à Skopje. Brave gaillard sans le sou, il n’arrive pas à joindre les deux bouts et à payer à son père, gravement malade, les médicaments qui le soulageraient. Un jour, il retrouve dans un wagon un paquet remplit de drogue qui a été laissé par la pègre locale. Tentant d’abord sans succès de la vendre, il décide finalement de fabriquer pour son père ses propres remèdes…

 

Cette comédie joyeuse, qui dresse en creux le portrait d’un pays méconnu, a tout pour plaire : une intrigue virevoltante et légère, une distribution impeccable, une mise en scène soignée… et une musique des plus réussie. Composée par Foltin, un groupe populaire en Macédoine, elle alterne les airs folks et des ambiances sonores qui relèvent parfaitement les scènes qu’elle accompagne. Des accords de ukulélé dans la séquence de la fête foraine aux nappes de cordes glaçantes qui se font entendre lorsque les voisins envahissent le palier, la bande originale déploie une large palette qui correspond toujours à merveille au besoin du film.

 

Beyond Dreams

Beyond Dreams

Parmi les autres grandes réussites que comptaient la compétition officielle, il faut mentionner le film suédois Beyond Dreams et le film franco-belgo-tunisien Vent du Nord. Il est intéressant de noter que ces œuvres, outre leurs indéniables qualités, ont toutes en commun d’être, chacune à sa façon, un éloge de la débrouille. Si les circonstances, dans Secret Ingredient, amènent Vele à se faire apothicaire, elles poussent Hervé, le licencié économique de Vent du Nord dont l’usine est délocalisée en Tunisie, à se faire marin-pêcheur. Le film est le portrait croisé de cet ouvrier nordiste et de Foued, l’homme qui va reprendre son emploi dans la banlieue de Tunis.

 

Le réalisateur, Walid Mattar, qui signe là son premier long-métrage, marie avec talent les scènes cocasses qui ont trait à la reconversion du chômeur nordiste et l’atmosphère plus mélancolique, un brin désespéré, qui baigne l’évolution de Foued dans sa nouvelle existence. Ici encore, la musique, superbe, se met au diapason du film. Il est d’ailleurs loisible de considérer qu’elle aurait mérité le Grand Prix du Festival d’Aubagne. Avec ces compositions pour piano et cordes, la bande originale composé par Malek Saïed accompagne magistralement cette aventure douce-amère, accentuant l’émotion des scènes sans jamais devenir redondante.

 

La musique est aussi un atout majeur de Beyond Dreams –première réalisation de la cinéaste Rojda Sekersoz– qui suit le parcours de Mirja à sa sortie de prison. Mirja est une jeune femme déchirée par les devoirs contradictoires qu’elle se sent pour sa mère et sa sœur d’un côté et pour son groupe d’amies inséparables de l’autre. Le film est porté de bout en bout par la jeune Evin Amhad, qui donne une prestation éblouissante dont on peine à comprendre qu’elle ne lui ait pas valu le prix d’interprétation féminine. Qu’elle fasse irruption chez un D.R.H. imbu de lui-même ou mette toute son énergie à accomplir les modestes besognes qu’on lui assigne au travail, elle rayonne d’une fougue qui irradie tout le film. Celui-ci bénéficie également de la musique de la compositrice Lisa Holmqvist, dont les rythmes de batterie jazzy accentue l’urgence et l’angoisse qui traverse le film. Pour sa réalisation sobre et efficace, qui ne cherche jamais la joliesse mais se met au service de l’intrigue, le film aurait sans doute mérité le prix de la mise en scène.

 

Misère du film social

 

En regard de ces longs métrages portés par des personnages volontaires qui mènent leur existence avec une séduisante énergie, les films à thématiques sociales qui constituaient l’autre grande partie de la sélection ont semblé plus faibles. Dans Az Allampolgar, film hongrois sur un immigré nigérian qui tente de passer l’examen de citoyenneté, les bonnes intentions du réalisateur peinent à enlever le morceau. Tout est trop schématique ici, comme le montre bien l’utilisation de la musique, qui se contente d’opposer le goût de la hongroise pour Belà Bartok à celui du Nigérian pour Fela Kuti. De la même façon, l’antiracisme bon teint du film allemand Fremde Tochter ne sert guère qu’un message politique sans surprise. Les personnages, trop convenus, adoptent rapidement la trajectoire qu’on leur a supposé dès les premières minutes du film. La jeune actrice principale, Elisa Schlott, a remporté pour sa performance un prix d’interprétation féminine pas tout à fait démérité. Mais le prix de mise en scène semble quant à lui quelque peu mal attribué pour cette réalisation immersive, filmée principalement en longue focale, qui, pour être relativement efficace, n’est pas d’une grande originalité. Il convient également de dire un mot sur La Part sauvage, film belge de Guérin Van de Vorst mettant lui aussi en scène la réinsertion d’un repris de justice. Si la performance de Vincent Rottiers fait mouche, le film manque parfois de conviction et ce, malgré quelques personnages secondaires qui affinent en l’approfondissant une galerie de portrait qui reste un peu sommaire.

 

Underscore

 

Different Kinds of Rain

Different Kinds of Rain

Frank Skinner, grand compositeur du cinéma classique hollywoodien, a publié en 1950 le livre de référence en ce qui concerne la composition de bande originale : Underscore. Si, étymologiquement, le terme désigne simplement la musique que l’on joue par-dessus l’image, il a aujourd’hui tendance à désigner les bandes originales discrètes, des partitions qui constituent plus un son d’ambiance supplémentaire qu’une musique au sens strict. Discrétion, c’est précisément le mot qu’a employé Omar Aloulou, auteur de la musique de Benzine, pour qualifier son travail avant la projection. De fait, il faut tendre l’oreille pour parvenir à percevoir sa contribution au film. Cette approche de la composition pour le cinéma, faite de petites touches parcimonieuses, était celle de nombreux compositeurs de la sélection officielle du FIFA.

 

Dans Israfil aussi bien que dans Maze, la bande originale traverse le film presque incognito. Il en va différemment de celle composée par Volker Bertelmann pour Different Kinds of Rain. Sa musique aux accents électroniques sert avec force cette histoire sombre d’un adolescent, reclus volontaire dans sa chambre, qui met à l’épreuve les membres de sa famille. Il a remporté pour cette composition le prix de la meilleur musique du FIFA 2019.

 

Rencontres et cartes blanches

 

Gabriel Yared, compositeur français d’origine libanaise et invité d’honneur du festival, a pour sa part dit le mal qu’il pensait de cette façon de composer pour le cinéma. Ce lauréat d’un César et d’un Oscar de la meilleure musique prône sans ambages une bande originale qui s’entend, s’écoute et se savoure. Après la présentation du Talentueux Mr. Ripley, il a partagé sa passion communicative de la musique avec des festivaliers conquis. Assis derrière le piano qui avait été apporté pour lui sur la scène de la grande salle du Pagnol, il a ponctué ses anecdotes savoureuses et ses explications passionnantes d’extrait de musique qui ont séduit le public. Éric Neveux, compositeur français installé aux États-Unis, a lui aussi fait part aux mélomanes d’Aubagne de son approche de la composition pour le cinéma dans une Masterclass des plus intéressantes. Vendredi, ce fut au tour de Laurent Cantet, autre invité d’honneur du festival, de présenter Foxfire au public. Samedi enfin, lors de la cérémonie de clôture, après que furent décernés les différents prix, le compositeur Stephen Warbeck a présenté le fruit de sa classe de composition qui, pendant dix jours, a travaillé à écrire une nouvelle musique à quelques extraits de films pour lesquels il avait lui-même déjà composé. Le résultat a conquis l’assemblée qui a gratifié les musiciens en herbe d’une chaleureuse ovation, concluant ainsi en beauté cette 19e édition du festival.

 

 

 

PALMARÈS DU FESTIVAL D’AUBAGNE 2018

 

MEILLEURE MUSIQUE : Volker Bertelmann pour Different Kinds of Rain

MEILLEUR FILM : Secret Ingredient de Gjorce Stavreski

PRIX DE LA MISE EN SCÈNE : Stephan Lacant pour Fremde Tochter

PRIX D’INTERPRÉTATION FÉMININE : Elisa Schlott dans Fremde Tochter

PRIX D’INTERPRÉTATION MASCULINE : Tom Vaughan Lawlor dans Maze

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