Ressortie / Perfect Blue de Satoshi Kon : critique

Publié par Lucia Miguel le 7 mai 2018

Synopsis : Mima est une icône pop, membre d’un « girls’ band » à succès. Quand elle décide de quitter le groupe pour devenir vedette d’une série télévisée, ses fans se désolent. Aussitôt, sa vie tourne au cauchemar. Elle reçoit des messages menaçants sur Internet et d’inquiétants événements entourent Mima et ses proches : des hallucinations, des menaces et pire encore… des meurtres.

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Perfect Blue - affiche

Perfect Blue – affiche

Vingt ans après sa sortie, Perfect Blue revient dans les salles obscures dans une belle version restaurée pour l’occasion grâce à Splendor Films. Oeuvre parfaite, aussi onirique que cauchemardesque, Perfect Blue est l’opera prima du maître incontestable de l’animation japonaise, Satoshi Kon. Avec seulement quatre longs métrages et une série télévisée, Kon renouvelle le genre alors en stagnation dans les années 1990 et 2000. Son décès prématuré à l’âge de 46 ans ne lui permit pas de développer davantage son œuvre mais on retrouve son empreinte dans des films tels que Black Swan (Darren Aronofsky) ou Inception (Christopher Nolan). Perfect Blue retrace la descente aux enfers d’une jeune star de la pop japonaise, qui décide de quitter son groupe et devenir actrice. Cette première production pose les thématiques qui vont constituer la filmographie de Satoshi Kon à travers la question de l’identité, la critique de la société de consommation, l’obsession et la confusion entre fiction et réalité. Dès le début du film, Kon nous installe dans un climat malsain, avec l’apparition d’une bande de jeunes garçons qui viennent interrompre le concert de Mima, la jeune chanteuse. Ce sentiment d’étrangeté -le fait de ressentir quelque chose qui ne va pas- plane sur cet environnement en apparence bon enfant et ne lâche ensuite plus le spectateur. Dès le générique, à travers une mise en scène et un montage alterné, aussi précis que brillants, le cinéaste dévoile le dédoublement de personnalité de Mima. L’exploration de l’identité multiple de la jeune fille prend peu à peu des proportions démesurées jusqu’à devenir une confusion entre fiction et réalité qui touche le spectateur. Déjà devenue actrice, Mima ne sait plus si elle est en train de jouer dans sa série policière ou de rêver, si son viol est réel ou si elle a vraiment tué le photographe de l’agence.

 

Perfect Blue

Perfect Blue

 

Bien que Satoshi Kon n’ait jamais voulu évoquer ses propres influences, il est difficile de ne pas penser à Hitchcock (Vertigo), De Palma (Obsession) ou Polanski (Répulsion) dans ce film hallucinatoire qui multiplie les jeux de miroirs. Car le délire hallucinogène de Mima, découvrant que son identité se dilue entre ses multiples personnages, rappelle notamment celui de Carole Ledoux (Catherine Deneuve) dans le film de Polanski. Cette ambiguïté, cette confusion entre rêve et réalité, se retrouve également dans son film suivant, Millenium Actress, qui exploite les différents points de vue via un récit éclaté. Outre ces thématiques universelles, Perfect Blue s’avère également une critique âpre sur le phénomène des pops idols japonais, qui convertit ces jeunes stars en objets de culte de la société, leur privant de toute identité propre. Le film est une représentation cruelle des coulisses du spectacle et des excès qui en découlent. Cette critique sociale se retrouve en arrière-plan du cinéma de Kon, mais spécifiquement dans sa série de treize épisodes Paranoia Agent, sortie en 2004, qui utilise la métaphore à travers un garçon armé d’une batte de baseball et de rollers pour aborder les maux de la société japonaise contemporaine.

 

Perfect Blue n’est donc pas seulement une oeuvre incontournable pour les fans d’anime, elle va bien au-delà car son langage cinématographique relève du génie. Ce détective du subconscient nous offre ici, et via sa courte filmographie, une vision ultra-lucide du monde contemporain, sur l’identité humaine et le processus de création artistique. Merci donc à Splendor Films de nous permettre de revoir ce bijou sur grand écran et d’inviter les futurs spectateurs à s’aventurer dans l’univers hallucinatoire de ce cinéaste génial dont la renommée n’est pas aussi puissante que son œuvre.

 

 

 

  • PERFECT BLUE
  • Ressortie salles : 9 mai 2018
  • Version restaurée
  • Avec les voix originales : Junko Iwao, Rica Matsuno, Shinpachi Tsuji, Masashi Ebara, Kiyoyuki Yanada, Emi Shinohara, Masaaki Okura, Toru Furusawa,…
  • Réalisateur : Satoshi Kon
  • Scénariste : Sadayuki Mukai, d’après un roman Yoshikazu Takeuchi
  • Producteur: Takeshi Washitani, Hiroaki Inoue, Yoshihisa Ishihara, Masao Maruyama, Hitomi Nakagaki, Yutaka Togo.
  • Photographie : Hisao Shirai
  • Montage : Harutoshi Ogata
  • Animation : Hideki Hamazu
  • Musique : Masahiro Ikumi
  • Durée : 1h22
  • Sortie initiale : 28 février 1998 (Japon) – 8 septembre 1999 (France)

 

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