Livre / Isao Takahata. Le réel animé : critique

Publié par Jacques Demange le 1 janvier 2019

Résumé : Isao Takahata est régulièrement considéré comme l’un des réalisateurs d’animation les plus hétéroclites de toute l’histoire du 7e art. Ne dessinant pas ses films, il confie cette tâche à des collaborateurs qui, d’un projet à l’autre, sont susceptibles de changer. La grande diversité graphique de son œuvre qui en résulte permet à Takahata de maintenir son statut de cinéaste inclassable. Sa volonté de s’approcher au mieux du réel par le dessin, en outre, l’éloigne considérablement des standards de l’animation. Cette approche du réel n’invalide pas pour autant la possibilité du fantastique, de l’onirisme et de la poésie – d’où le recours au dessin -, qui s’invitent régulièrement dans la vie et l’habitat quotidiens des personnages. Ces derniers voient ainsi frapper à leur porte la possibilité d’une nouvelle histoire, de la même façon que le spectateur voit son environnement pénétré par la magie de films qu’il n’est pas près d’oublier.

♥♥♥♥♥

 

Isao Takahata - revue Eclipses

Isao Takahata – revue Eclipses

Le numéro 63 de la revue Éclipses est toute entière consacrée à l’œuvre de Isao Takahata. Placé sous la direction de Roland Carrée, enseignant-chercheur en cinéma à l’ÉSAV Marrakech et docteur en cinéma de l’Université Rennes 2, cet ensemble propose une approche plurielle articulant biographie, esthétique, Histoire, et analyse thématique. À l’étude de l’ensemble de la filmographie de l’auteur (Hols, prince du soleil ; Pompoko ; Heidi ; Kié la petite peste ; Gauche le violoncelliste ; Souvenirs goutte à goutte ; Le Tombeau des lucioles ; Mes voisins les Yamada ; Le Conte de la princesse Kaguya…) répond un véritable engagement théorique visant une réflexion plus large concernant l’ontologie du cinéma d’animation. De la réflexivité d’une pratique analysée en profondeur par Gildas Jaffrenou au rapport constant entre envolée artistique et trivialité du sujet (la « poésie des testicules » décrite par Julien Cobos et Nicolas Cvetko à propos de Pompoko, ou celle, référentielle, se rattachant à une description précise du quotidien que Marion Poirson-Dechonne perçoit à travers les récits de Mes voisins les Yamada et de Une nuit d’automne épuise toute une mesure d’eau, l’ouvrage approfondit certains concepts (le sentiment de « mono no aware » que Nathalie Bittinger s’emploie à définir au contact du Conte de la princesse Kaguya) qui affirment la relation ténue entretenue par Takahata avec les traditions artistiques et plus largement culturelles de son pays. Si les problématiques temporelles creusent une réflexion depuis longtemps entamée, l’étude iconographique et dramaturgique de certaines figures (la mère, la fille, la grand-mère, et l’absence du père dont Myriam Villain tisse les nombreux liens à partir de Panda petit panda, Kié la petite peste, et du Conte de la princesse Kaguya), processus (transformation et incarnation), ou entités (la communauté entre solitude, rejet, et nécessité de fédérer le groupe humain) propres à Takahata contribuent à éclairer des pans moins connus de son univers. Ce plaisir de découverte prend une tournure plus personnelle encore grâce à l’entretien clôturant cet ensemble. Ilan Nguyên, maître de conférence à l’Université des Arts de Tokyo, et Xavier Kawa-Topor, historien, auteur, fondateur et initiateur du festival Nouvelles Images du Japon, reviennent sur leurs différentes rencontres avec le réalisateur, ainsi que sur leur travail mené depuis les années 1990 afin de faire découvrir ses films au public français. Ajoutons que la qualité de ces différentes contributions est renforcée par la présence de nombreuses illustrations noir et blanc qui assurent la cohérence de la perspective analytique inscrite au cœur de ce numéro. On regrettera néanmoins l’absence d’annexes réellement importantes qui auraient permis d’assurer encore un peu la consistance scientifique dont bénéficie le présent volume.

 

 

 

  • ISAO TAKAHATA. LE RÉEL ANIMÉ
  • Sous la direction de Roland Carrée
  • Revue : Éclipses, n°63
  • Date de parution : Décembre 2018
  • Format : 156 pages
  • Tarif : 15 €

A la Une

Eva Marie Saint, doyenne oscarisée des égéries hitchcockiennes, s’en est allée à l’âge de 102 ans

Légende de l’âge d’or du cinéma hollywoodien, l’incarnation de la “blonde glaciale” s’est éteinte hier au terme de sept décennies… Lire la suite >>

Expo / Marie-Antoinette de Sofia Coppola à Versailles : dans les coulisses d’un film devenu culte

À l’occasion des vingt ans de Marie-Antoinette, le château de Versailles ouvre les portes des coulisses du film de Sofia… Lire la suite >>

Oscars 2027 :  Minotaure d’Andreï Zviaguintsev choisi pour la représenter la France

Réalisé par le Russe Andreï Zviaguintsev et financé par des producteurs français, ce long-métrage engagé ancré dans la Russie contemporaine… Lire la suite >>

Catherine Ringer, voix déjantée des Rita Mitsouko, nous quitte à l’âge de 68 ans

“C’est la mort qui l’a assassinée.” Près de vingt ans après la disparition du guitariste Fred Chichin, son compagnon à… Lire la suite >>

I Play Rocky : une affiche triomphante pour la chronique biographique de la genèse contrariée du film de boxe culte par Peter Farrelly

Ovationnée lors de sa projection en avant-première au Festival International du Film de Toronto (TIFF), la success story entreprend son… Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 HEART OF THE BEAST 502 865 1 502 865
2 RESIDENT EVIL 248 732 2 621 548
3 AVENGERS : ENDGAME EXTENDED 220 616 1 220 616
4 GARANCE 214 952 1 214 952
5 JUSTIN LE JUSTE 98 915 1 98 915
6 TOMBE DU CIEL 91 088 7 2 177 990
7 PRIMETIME 78 214 1 78 214
8 SPIDER-MAN : BRAND NEW DAY 76 403 9 8 388 607
9 L'ODYSSEE 76 278 11 8 012 314
10 LA VIE D'UNE FEMME 69 054 3 330 500

Source: CBO Box office

Nos Podcasts