Résumé : De longue date loué pour la grande qualité de ses décors, de ses costumes et maquillages, de sa lumière, célébré pour le soin apporté à l’adaptation d’un conte fameux du XVIIIe siècle, La Belle et la Bête que réalise Jean Cocteau au sortir du second conflit mondial est remarquable également pour les libertés, apparemment discrètes mais dans les faits profondément subversives, que le film prend avec son modèle littéraire (…). À travers une étude détaillée du film, l’ouvrage se propose d’envisager précisément la manière dont s’y opère la subversion du modèle patriarcal, sa mise à bas et dont s’y dessine la perspective – ou, à l’époque, l’utopie – de nouveaux rapports entre les sexes.

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La Belle et la bete de Jean cocteau - livre

La Belle et la bete de Jean cocteau – livre

Costumes, décors, acteurs, photographie, mise en scène… La Belle et la Bête a profité depuis sa sortie de nombreuses analyses détaillées revenant sur les principales composantes de son génie visuel. Paul Obadia, animateur de ciné-club et déjà auteur de plusieurs ouvrages consacrés au cinéma et aux séries télévisées, nous prouve pourtant que le film de Jean Cocteau n’a pas encore dit son dernier mot. Empruntant un chemin de traverse, l’auteur rassemble l’ensemble des facettes de la production autour d’une problématique riche en prolongements. Le(s) genre(s) entre accords et désaccords permettent dans un premier temps de revenir sur les libertés prises par Cocteau à l’égard du conte de Mme Leprince de Beaumont. Ce premier détour profilmique engage une réflexion de fond sur la posture du réalisateur par rapport à son œuvre et à son matériau d’origine. Affaibli et défiguré par la maladie, Cocteau projette dans son film une part de ses impressions présentes que l’on retrouve de façon concrète à travers le traitement de ses personnages et en particulier de celui de la Bête incarné par Jean Marais. Cette interrogation identitaire introduit l’objet central de l’ouvrage qui s’attelle à démontrer l’importance des rapports de forces entretenus par les différents protagonistes du film. Loin de se focaliser sur le seul couple Belle-Bête, Obadia souligne l’intérêt représenté par les personnages secondaires du récit. En résulte une lecture attentive du scénario qui, comprend-on, aménage une place de choix aux lapsus et non-dits défiant les catégorisations génériques traditionnellement établies. L’intérêt de cette argumentation est qu’elle repose en grande partie sur les plans et séquences du film. De fait, l’auteur prend soin d’exposer les enjeux de sa recherche à partir des images et des compositions agencées par Cocteau. Cet attachement constant aux formes et à leurs interactions permet un retour aux fondements de la mise en scène du cinéaste pour leur faire bénéficier d’un nouvel éclairage analytique. Clairement orientée du côté des gender studies, la réflexion d’Obadia évite soigneusement les écarts de ce type d’approches. Il ne s’agit pas tant de dénoncer un traitement injuste à l’écran que de souligner l’audace diffuse d’une production ouverte aux ambiguïtés identitaires. Un regret subsiste cependant concernant l’absence de toute annexe (à l’exception d’un résumé détaillé du film). Car si l’auteur assume seul la plupart de ses hypothèses de lecture, un référencement des ouvrages consultés aurait été intéressant pour le lecteur.

 

 

 

  • LA BELLE ET LA BÊTE DE JEAN COCTEAU, 1946. UNE AFFAIRE DE GENRE
  • Auteur : Paul Obadia
  • Éditions : L’Harmattan
  • Collection : Champs visuels
  • Date de parution : 26 août 2019
  • Format : 146 pages
  • Tarif : 16 € (print) – 11,99 € (numérique)

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