Synopsis : Après s’être fait extorquer l’argent de son assurance, une veuve en colère enquête jusqu’au Panama, où deux avocats rusés dissimulent de l’argent pour les super riches.

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The Laundromat - affiche

The Laundromat – affiche

In money we trust. C’est autour de petits bouts de papiers que Steven Soderbergh développe une dialectique pop et esthétisée dans la nouvelle création de Netflix The Laundromat. Des papiers qui ont suffi à défrayer la chronique en 2016, suite à la fuite de documents révélant l’implication de personnalités politiques dans des montages financiers sur les îles. Une affaire baptisée Panama Papers qui prend alors une ampleur monstrueuse et met un coup de projecteur sur l’évasion fiscale et les magouilles des plus riches pour conserver et accroître leur capital. Au cœur de cette combine d’envergure mondiale, le cabinet Mossack Fonseca et ses deux hommes d’affaire, incarnés ici à merveille par Antonio Banderas et Gary Oldman. Deux narrateurs qu’on confond presque avec des maîtres de cérémonie des Oscars, en smoking pailleté et nœud papillon. Sous les cocotiers jusque dans la prison, ils nous expliquent les rouages des montages financiers avec cynisme et raillerie. C’est précisément là que le génie de Steven Soderbergh réside. Dans The Laundromat, il a su déployer des trésors de pédagogie pour expliquer les ressorts de l’affaire. Et donner une consistance organique à ce qui n’est en vérité qu’une mascarade. Un tour de passe-passe qui rappelle les films d’Adam McKay, comme Vice ou bien The Big Short. Le dernier étant parvenu à rendre la crise des subprimes de 2008 glamour et sexy, ce qui relevait d’un challenge quasi herculéen.

 

Gary Oldman et Antonio Banderas - The Laundromat

Gary Oldman et Antonio Banderas – The Laundromat

 

Critique habile du système financier, The big short porte à l’écran une brochette de financiers excentriques, dont l’ultime vocation n’est autre que de mettre du beurre dans leurs épinards. Sur ce point, The Laundromat n’est pas en reste et offre au spectateur sa dose d’hommes véreux, à travers le duo Banderas/Oldman. En proposant toutefois un contrepoint interprété par la géniale Meryl Streep, une veuve justicière qui part en croisade contre les créateurs de sociétés écran après que son mari a été victime d’un accident de bateau. La femme se retrouve alors confrontée à une compagnie d’assurance fantôme, basée à Niévès dans les Caraïbes. De là se déroulera au fur et à mesure le fil rouge aux quatre coins du monde, des États-Unis jusqu’en Chine, et grâce à une galerie de personnages qui met en lumière un système tentaculaire. Et profondément dualiste.

 

Car c’est un fossé entre deux mondes dont The Laundromat fait le constat : les milliardaires et, pour citer Fonseca lui-même, les « humbles ». D’un côté, champagne et palmiers, de l’autre, petites entreprises qui coulent avec des difficultés à arrondir les fins de mois. Ce sous-texte sur la violence sociale fait écho aux sorties récentes de Queens réalisé par Lorene Scafaria, ou bien encore le brillantissime Joker, porté par Joaquin Phoenix. Cette profusion de satires sociales dans les salles obscures laisse supposer que le cinéma est lui aussi entré dans l’époque « gilets jaunes ». Et que la question d’un système financier injuste et inégalitaire est plus que jamais sur le tapis.

 

Meryl Streep - The Laundromat - Panama Papers

Meryl Streep – The Laundromat

 

Ce qui explique pourquoi le film Netflix est doublé d’un message politique fort, énoncé par Meryl Streep elle-même. L’actrice se démet petit à petit de ses artifices scéniques ; le décor loufoque disparaît pour laisser place au plateau technique d’un tournage. Cette dimension méta brouille les frontières entre le réel et la fiction, comme l’ont fait les milliardaires entre optimisation et évasion fiscale. Steven Soderbergh joue sur deux tableaux, et la déconstruction du décor cinématographique ne fait que renforcer son message. Il faut en revenir aux fondements de la démocratie et neutraliser un système injuste qui gangrène la politique.

 

Bien que les deux avocats panaméens, Jürgen Mossack et Ramón Fonseca, ne soient de toute évidence pas de cet avis. Puisque le duo a jugé bon de poursuivre la plateforme Netflix en prétendant que le film les diffame et leur porte préjudice. The Laundromat -littéralement, lavomatique en français- semble donc provoquer des réactions virulentes. Certains n’ont pas dû apprécier de laver leur linge sale en public…

 

Garance Lunven

 

 

 

  • THE LAUNDROMAT – L’AFFAIRE DES PANAMA PAPERS
  • Diffusion :  depuis 18 octobre 2019
  • Plateforme / Chaîne : Netflix
  • Réalisation : Steven Soderbergh
  • Avec : Meryl Streep, Gary Oldman, Antonio Banderas, Jeffrey Wright, David Schwimmer, Robert Patrick, Sharon Stone, James Cromwell, Matthias Schoenaerts, Melissa Rauch, Chris Parnell, Will Forte.
  • Scénario : Scott Z. Burns, Jake Bernstein
  • Production : Michael Sugar, Lawrence Grey, Steven Soderbergh, Scott Z. Burns, Gregory Jacobs.
  • Photographie : Steven Soderbergh
  • Montage : Steven Soderbergh
  • Décors : Howard Cummings
  • Costumes : Ellen Mirojnick
  • Musique : David Holmes
  • Durée : 1h35

 

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