Livre / Eisenstein et le constructivisme russe : critique

Publié par Jacques Demange le 1 décembre 2019

Résumé : En 1929, Eisenstein aurait dû prononcer une conférence lors de la grande exposition de cinéma et photo des avant-gardes internationales, à Stuttgart. Il y développe sa conception de l’art et du cinéma. Cet ouvrage propose une édition critique de ce texte fondamental : dans sa version initiale allemande et dans une traduction française inédite. Les variantes des différentes éditions et les notes additionnelles en russe sont également présentées. Dans sa deuxième partie l’ouvrage donne une définition du constructivisme au-delà du point de vue esthétique, en dessinant précisément le contexte culturel et politique de cette période. Sont enfin analysés les liens qu’Eisenstein a entretenu avec ce mouvement constructiviste – né dans les arts plastiques, étendu au théâtre et à la photographie, et enfin au cinéma.

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Eisenstein et le constructivisme russe - livre

Eisenstein et le constructivisme russe – livre

Édition revue et augmentée d’une thèse de doctorat en Histoire de l’art (soutenue à l’Université de Genève en 1987), cet ouvrage approfondit les caractères d’une relation fréquemment évoquée au sein des monographies consacrées à Eisenstein, mais trop peu souvent commentée dans le détail. Ce lien entre la filmographie du cinéaste et le constructivisme s’établit d’abord par le biais d’un texte rédigé par Eisenstein en vue de sa participation à l’exposition « Film und Foto » organisée à Stuttgart en 1929. Pour François Albera, historien de l’art et du cinéma et déjà auteur d’un certain nombre de textes sur Eisenstein, Kouléchov, les formalistes russes ou les rapports du cinéma avec les autres arts, ce projet de conférence (finalement inabouti) apparaît comme le fil rouge de sa recherche. Le fameux discours de Stuttgart occupe donc une place central et se voit étudié à travers une rigueur toute scientifique. Retour sur le contexte de son écriture, analyse des modifications apportées par ses différentes et nombreuses traductions, et retranscription intégrable (avec, en annexe, la reproduction de la version dactylographiée en russe de son introduction et de ses compléments) ouvrent la réflexion de l’auteur à une passionnante relecture de l’œuvre eisensteinienne.  Le prisme du constructivisme permet en effet de situer la posture d’un cinéaste qui commença sa carrière sur les planches et participa au renouveau artistique de son époque. La description du constructivisme apportée par Albera opère ainsi une distinction nécessaire entre les différents mouvements d’avant-garde brigués par le début du XXe siècle et ses bouleversements politiques (les uns ne pouvant être pensés sans les autres dans la Russie révolutionnaire et post-révolutionnaire). Ce parcours historique permet en outre de retracer la carrière du réalisateur, de son rapport avec l’art (entre pratique et théorie) et le gouvernement de son pays (dont la ligne politique se retrouve à la fois à travers sa supervision scrupuleuse du contenu des films et la sphère critique chargée de signaler le moindre écart aux nomenclatures du Parti) à ses relations avec ses collaborateurs de créations et contemporains. En résulte le portrait d’un cinéaste dont les nombreux points de connexion avec le mouvement constructiviste n’empêchent le détachement marqué à la plupart des idéologies de son époque. Ce précieux panorama s’accomplit enfin à travers une analyse des films d’Eisenstein. L’attention portée aux motifs, dynamiques, compositions générales et structure formelle de plans en particulier permet de concrétiser la démarche première d’Albera. Secondée par la présence de captures d’écran, cette partie analytique a le mérite d’offrir au texte de Stuttgart un contrechamp visuel et pratique qui répond directement aux vœux du cinéaste. Précis et enthousiasmant dans son fond, cet ouvrage souligne en définitive que l’œuvre d’Eisenstein constitue toujours un objet d’étude fécond, prolixe, et ouvert à de nouvelles exégèses de ses contenus.

 

 

 

  • EISENSTEIN ET LE CONSTRUCTIVISME RUSSE
  • Auteur : François Albera
  • Éditions : Mimésis
  • Collection : Images, Médiums
  • Langues : français uniquement
  • Date de parution : 21 novembre 2019
  • Format : 476 pages
  • Tarif : 26 €

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