Livre / Filmer les peaux foncées. Réflexions plurielles : critique

Publié par Jacques Demange le 22 décembre 2019

Résumé : Comment filmer les peaux foncées ? L’idée première de l’ouvrage était de répondre à cette question d’un point de vue strictement technique, de ne parler que de caméra, de lumière et des autres outils du chef opérateur. Pourtant, il était difficile de faire abstraction des considérations socioculturelles qu’elle implique. L’auteure a donc essayé de comprendre ce qu’est une peau foncée en tant qu’idée, en tant que matière et en tant qu’élément à filmer.

♥♥♥♥♥

 

Filmer les peaux foncees - livre

Filmer les peaux foncées – livre

La figure du Noir au cinéma a déjà été traité selon divers axes de recherche parmi lesquels la perspective sociologique reste prédominante (qu’il s’agisse d’articles et d’ouvrages anglo-saxons ou francophones). L’ouvrage de Diarra Sourang, diplômée de l’École nationale supérieure Louis-Lumière section cinéma et électricienne de prise de vue, se singularise donc d’abord par sa volonté de revenir à l’essentiel, soit ce qui détermine la couleur au cinéma : la photographie et, bien sûr, la peau filmée. Cette approche que l’on pourrait qualifier de « technique » profite d’une dimension scientifique qui éclaire, au sens littéral et figuré, les nombreux enjeux engagés par son objet d’étude. L’épiderme filmique contrariée par les préjugés et les catégories chromatiques établies (Sourrang nous rappelant le large prisme de couleurs que recouvre la réalité de la peau dite « noire »), se voit ainsi encadrée par un propos tirant de l’actualité la plus brûlante ses principales problématiques. Car, le fond sociologique, proche des « gender studies« , déployé par l’ouvrage, se fonde sur une préoccupation méthodologique prenant corps autour des questions de la perception, de la colorimétrie, et de la sensibilité de la pellicule. Un ensemble de pistes de recherche que Sourang prend soin d’expliciter à travers une grande clarté et que secondent parfaitement le recours à différents schémas et diagrammes. L’objectivité propre à cette analyse permet à l’auteure d’éviter les parti pris et même de revenir sur le caractère infondé de certaines polémiques (l’article de Syreeta McFadden décrivant le dispositif photographique comme raciste ; le refus affiché par Jean-Luc Godard de recourir à la pellicule Kodak pour un tournage en Afrique, considérant que celle-ci ne respectait pas la tonalité naturelle des peaux foncées). Cette dimension pédagogique, qui ne s’oriente jamais vers un quelconque didactisme, se concrétise  par le biais de différentes analyses filmiques. Shadows de John Cassavtes, Moonlight de Barry Jenkins, 12 Years a Slave de Steve McQueen, ou Mother of George d’Andrew Dosunmu sont étudiés selon l’angle original de la photographie. C’est en effet le travail des directeurs de la photographie qui anime les réflexions de Sourang. Cette attention au travail du photographe, peu souvent présente dans la plupart des études monographiques ou plus largement historiques consacrées au cinéma, affirme une fois encore la grande singularité de ce formidable ouvrage.

 

 

 

  • FILMER LES PEAUX FONCÉES. RÉFLEXIONS PLURIELLES
  • Autrice : Diarra Sourang
  • Éditions : L’Harmattan
  • Collection : Images plurielles / Scènes et écrans
  • Langues : Français uniquement
  • Date de parution : 27 novembre 2019
  • Format : 142 pages
  • Tarif : 15 € (print) – 10,99 € (numérique)

A la Une

Eva Marie Saint, doyenne oscarisée des égéries hitchcockiennes, s’en est allée à l’âge de 102 ans

Légende de l’âge d’or du cinéma hollywoodien, l’incarnation de la “blonde glaciale” s’est éteinte hier au terme de sept décennies… Lire la suite >>

Expo / Marie-Antoinette de Sofia Coppola à Versailles : dans les coulisses d’un film devenu culte

À l’occasion des vingt ans de Marie-Antoinette, le château de Versailles ouvre les portes des coulisses du film de Sofia… Lire la suite >>

Oscars 2027 :  Minotaure d’Andreï Zviaguintsev choisi pour la représenter la France

Réalisé par le Russe Andreï Zviaguintsev et financé par des producteurs français, ce long-métrage engagé ancré dans la Russie contemporaine… Lire la suite >>

Catherine Ringer, voix déjantée des Rita Mitsouko, nous quitte à l’âge de 68 ans

“C’est la mort qui l’a assassinée.” Près de vingt ans après la disparition du guitariste Fred Chichin, son compagnon à… Lire la suite >>

I Play Rocky : une affiche triomphante pour la chronique biographique de la genèse contrariée du film de boxe culte par Peter Farrelly

Ovationnée lors de sa projection en avant-première au Festival International du Film de Toronto (TIFF), la success story entreprend son… Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 HEART OF THE BEAST 502 865 1 502 865
2 RESIDENT EVIL 248 732 2 621 548
3 AVENGERS : ENDGAME EXTENDED 220 616 1 220 616
4 GARANCE 214 952 1 214 952
5 JUSTIN LE JUSTE 98 915 1 98 915
6 TOMBE DU CIEL 91 088 7 2 177 990
7 PRIMETIME 78 214 1 78 214
8 SPIDER-MAN : BRAND NEW DAY 76 403 9 8 388 607
9 L'ODYSSEE 76 278 11 8 012 314
10 LA VIE D'UNE FEMME 69 054 3 330 500

Source: CBO Box office

Nos Podcasts