BD / François Truffaut de Noël Simsolo et Marek : critique

Publié par Jacques Demange le 10 juin 2020

Résumé : Paris, 31 janvier 1981, 6e cérémonie des César. François Truffaut rafle la quasi-totalité des trophées de la soirée pour son chef-d’œuvre Le Dernier métro. Comme un symbole, le film qui se déroule pendant l’Occupation renvoie à cette période tourmentée pendant laquelle le jeune Truffaut s’est justement pris de passion pour le cinéma, passion qui le fera progressivement entrer dans ce monde… Protégé d’Henri Langlois puis secrétaire particulier d’André Bazin, il entre en effet dès le début des années 1950 comme critique aux Cahiers du cinéma où ses textes pamphlétaires font grand bruit. C’est ici, aux côtés de Claude Chabrol, Jacques Rivette, Jacques Demy, Éric Rohmer et Jean-Luc Godard, qu’il lancera la Nouvelle Vague, ce genre cinématographique français par excellence qui continue de faire rêver les cinéastes du monde entier. Après Lino Ventura, Sergio Leone et Alfred Hitchcock, la collection « 9 ½ » consacre un autre monstre sacré du cinéma français et international, l’un des seuls à avoir à ce point concilié succès critique et public durant toute sa carrière. L’histoire d’un homme qui aimait le cinéma… et les femmes.

♥♥♥♥♥

 

Francois Truffaut - Glenat

Francois Truffaut – Glénat

En choisissant d’ouvrir leur roman graphique par la cérémonie des César qui vit Le Dernier Métro rafler pas moins de dix récompenses, Noël Simsolo, réalisateur, comédien, historien du cinéma et scénariste, et Malek, dessinateur, déjà auteur de plusieurs adaptations en BD de romans d’Agatha Christie, confèrent à leur récit une tonalité testamentaire. Entre réalité historique, souvenirs et imaginaire, l’ouvrage épouse l’esprit du film de Truffaut. Un immense flashback nous entraîne quarante ans en arrière. Dans la France occupée, le jeune François découvre le cinéma en même temps que les jambes des ouvreuses. Dès lors, son éducation devient double. À chacune de ses expériences correspond une projection, les films prenant pour lui la forme de fragments d’existence. Le cinéma se présente pour le jeune homme comme un moyen d’échapper aux douleurs de son enfance. Détesté par sa mère, François fraude, sèche les cours, rejoint l’armée avant de déserter. Sensible et brûlant, le futur réalisateur dévore les classiques de la littérature, enchaîne les histoires amoureuses sans jamais en interrompre aucune. Épaulé par André Bazin, sa passion pour le cinéma se décline d’abord sous la forme de critiques et d’articles. Son tempérament frondeur bouscule la veille école du cinéma français. Aux côtés de Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, Eric Rohmer, et Jacques Rivette, il devient l’un des Jeunes Turcs de la Nouvelle Vague. À force d’envie et de combines, Truffaut participe au financement des films de ses amis, monte Les Films du carrosse, sa société de production, et passe, enfin, derrière la caméra. À mesure de l’avancée de l’album, les temporalités se bousculent. La parole est donnée à Truffaut qui se remémore ses souvenirs. Son parcours exemplaire n’est pas exempt de nuances.

 

François Truffaut

 

Par petites touches, Simsolo rappelle les travers du réalisateur. Trompeur, Truffaut accuse le poids de ses sentiments, préfère la Politique des auteurs aux cris des révolutionnaires. La syphilis porte atteinte à sa santé physique, les ruptures amoureuses à la clarté de son esprit. Sa vie est un vaste champ-contrechamp, alternant moments de joie intense et une tristesse infinie qui se retrouve de façon souterraine dans la plupart de ses films. Des 400 coups à La Chambre verte en passant par La Nuit américaine, Truffaut fut le grand narrateur de son histoire, faisant de la mise en scène un moyen de reprendre sa vie en main. Mais les tournages ne sont pas éternels.

 

Le dessin de Marek n’est pas étranger au style du cinéaste. Comme celui-ci aménageait une place de choix aux classiques dans son panthéon personnel, le dessinateur s’inscrit dans la tradition de la ligne claire dont il creuse l’apparente maîtrise d’une approche fuyante propre à une conception mobile du dessin. Volontairement ou non, Marek privilégie par moment l’esquisse pour retrouver quelque chose de l’incertitude du souvenir.

 

Ce nouveau volume enrichit donc d’une belle manière la collection « 9 ½ » de Glénat, Truffaut rejoignant Hitchcock, Lino Ventura, et Sergio Leone, entre cases et cadrages.

 

 

 

  • FRANÇOIS TRUFFAUT
  • Auteurs : Noël Simsolo (scénariste) et Marek (dessinateur)
  • Éditions : Glénat
  • Collection : 9 ½ 
  • Date de parution : 10 juin 2020
  • Format : 176 pages
  • Langues : Français uniquement
  • Tarif : 22 € (disponible également en version numérique)

Commentaires

A la Une

Stephen Sondheim, compositeur d’images

Disparu le 26 novembre 2021, le compositeur et parolier Stephen Sondheim a su marquer de sa personnalité certaines des plus… Lire la suite >>

Le Dernier Duel : Ridley Scott rejette l’échec sur les millenials et leurs smartphones

Un peu plus d’un mois après la sortie du Dernier Duel, Ridley Scott explique l’insuccès de son drame historique par… Lire la suite >>

Ridley Scott donne des nouvelles des séries Alien et Blade Runner

Au micro de la BBC, Ridley Scott a confirmé la progression du développement des séries adaptées de ses films à… Lire la suite >>

Oppenheimer : Les enjeux du prochain film de Christopher Nolan

La pandémie, qui a stoppé le monde sur près de deux ans, a également provoqué le divorce entre Christopher Nolan… Lire la suite >>

Pam & Tommy : Première bande-annonce rock’n’roll

La surprenante minisérie d’Hulu sur la fuite d’une sextape entre Pamela Anderson et Tommy Lee, dévoile ses premières images avant… Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 LES BODIN'S EN THAILANDE 580 181 1 580 181
2 ALINE 301 206 2 896 417
3 LES ETERNELS 209 800 3 1 455 865
4 ON EST FAIT POUR S'ENTENDRE 158 922 1 158 922
5 AMANTS 136 003 1 136 003
6 MOURIR PEUT ATTENDRE 83 764 7 3 892 174
7 AFFAMES 75 483 1 75 483
8 MARATHON ONE PIECE 1000 LOGS 69 460 1 69 460
9 VENOM : LET THERE BE CARNAGE 63 113 5 1 586 933
10 ILLUSIONS PERDUES 60 444 5 752 693

Source: CBO Box office

Nos Podcasts