VOD / Perdrix de Erwan Le Duc : critique

Publié par CineChronicle le 3 juin 2020

Synopsis : Pierre Perdrix vit des jours agités depuis l’irruption dans son existence de l’insaisissable Juliette Webb. Comme une tornade, elle va semer le désir et le désordre dans son univers et celui de sa famille, obligeant chacun à redéfinir ses frontières, et à se mettre enfin à vivre.

♥♥♥♥♥

 

Perdrix - affiche

Perdrix – affiche

«La vie que vous vivez est-elle véritablement la vôtre ?» Telle est la phrase qui ouvre Perdrix et qui ne cesse de résonner tout au long de ce premier film à l’univers poétique et décalé, réalisé par Erwan Le Duc. C’est à cette interrogation existentielle que Pierre Perdrix se confronte, personnage principal -déjà présent dans le premier court métrage du réalisateur, Perdrix ne fait pas le voyage pour rien– pour qui Swann Arlaud (Grâce à Dieu, Petit Paysan) prête ici ses traits emplis de pudeur et de mélancolie. Ce gendarme introverti, exerçant dans son petit village natal des Vosges que rien ne semble jamais avoir ébranlé, voit sa vie chamboulée par l’arrivée de Juliette Webb, incarnée par Maud Wyler (Alice et le maire). Cette fervente revendicatrice de liberté et d’indépendance, qui consigne chaque morceau de sa vie dans des carnets, débarque au commissariat pour signaler le vol de sa voiture par une nudiste révolutionnaire. Sa vision singulière de la vie a l’effet d’un ouragan dans la vie de notre protagoniste. S’ensuit alors une succession de situations absurdes et la découverte d’une famille aux membres tous plus extravagants les uns que les autres : Thérèse Perdrix, la mère endeuillée, interprétée par Fanny Ardant dont la voix si singulière, berce chaque soir ses quelques auditeurs fidèles sur les ondes de sa radio libre installée dans son garage. Puis Juju, campé par Nicolas Maury (Dix pour cent, Un couteau dans le cœur), le fils cadet géodrilologue, qui s’enferme dans sa passion pour les vers de terre pour ne pas voir grandir sa fille rebelle. Mais aussi Marion (la jeune Prudence Muchenbach), passionnée de ping-pong et qui ne rêve que de prendre son envol, loin de cette famille atypique.

 

Perdrix

Perdrix

 

Très vite, on est touchés par la pudeur sentimentale qui émane de cette famille Perdrix. On est attendris par tout l’amour qui se dégage du film (l’histoire d’amour naissante entre Pierre et Juliette, l’amour filial maladroit entre Juju et sa fille, ou la passion éperdue que voue Thérèse à son défunt mari). Et on rit des nudistes contestataires ou des amateurs de reconstitution historique, dont la présence surréaliste apporte une touche décalée. Le personnage de Juliette Webb, qui laisse place à l’imaginaire et au mystère, apparaît comme une sorte de guide libérateur, donnant l’élan tant attendu à cette famille aimante mais peu communicante, d’abandonner cette vie dont ils n’étaient que les spectateurs et d’enfin vivre pour eux.

 

Les compositions musicales de Julie Roué et la mise en scène à la fois burlesque et onirique d’Erwan Le Duc, viennent, par ailleurs, guider l’idylle de Pierre et Juliette et accompagnent chaque personnage, jusque-là prisonnier de ce carcan familial ankylosant, dans son émancipation. Une tendre comédie donc, à la fois comique et romantique, où l’on passe habilement du rire à l’émotion et dans laquelle Le Duc n’a pas peur de mêler loufoqueries et interrogations existentielles.

 

Olivia Daëron-Precy

 

 

 

  • PERDRIX
  • Disponible sur les plateformes VOD depuis le 6 mai 2020
  • Sortie salles : 14 août 2019
  • Réalisation : Erwan Le Duc
  • Avec : Swann Arlaud, Maud Wyler, Fanny Ardant, Nicolas Maury, Patience Munchenbach, Alexandre Steiger
  • Scénario : Erwan Le Duc
  • Production : Domino Films / Stéphanie Bermann et Alexis Dulguerian
  • Photographie :  Alexis Kavyrchine
  • Montage :  Julie Dupré
  • Décors :  Astrid Tonnellier
  • Costumes : Julie Miel
  • Musique :  Julie Roué
  • Distribution :  Pyramide
  • Durée : 1h39

 

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