Livre / La mécanique Lucas Belvaux : critique

Publié par Jacques Demange le 17 novembre 2020

Résumé : Avec ses longs-métrages – La Raison du plus faible, 38 Témoins, Chez nous… – Lucas Belvaux s’inscrit dans une tradition cinématographique réaliste et sociale. Le cinéaste belge interroge nos démocraties modernes sous plusieurs angles : la responsabilité individuelle, la place de la justice, la montée de l’extrême droite, ou encore la fin du monde industriel et son corollaire, le chômage de masse. Derrière un propos d’une grande cohérence, chaque film explore un genre différent. On passe ainsi de la comédie à la romance, du polar à la chronique judiciaire, de la tragédie au réalisme politique. Au plus près des difficultés rencontrées par ses personnages, ses œuvres possèdent une approche documentaire. Le nord de la France et la Belgique constituent ces principaux décors et plongent ses histoires dans une réalité post industrielle, populaire et poétique. Composé d’un essai introductif et d’un entretien, La Mécanique Lucas Belvaux explore une filmographie à l’image de la complexité de nos sociétés contemporaines.

♥♥♥♥♥

 

La mecanique Lucas Belvaux - livre

La mécanique Lucas Belvaux – livre

En attendant la sortie de Des hommes, son prochain film repoussé à 2021, le réalisateur belge Lucas Belvaux révèle les différentes facettes de son cinéma au cours d’une longue et fructueuse conversation menée par Quentin Mével, délégué général de l’Acrif et déjà auteur de plusieurs livres d’entretiens avec des cinéastes (Noémie Lvovsky, Cédric Kahn, Frederick Wiseman…). En accord avec la structure des précédents opus de la collection « Entretien / Cinéma » éditée par la maison Playlist Society, ce dialogue est introduit par une étude de synthèse consacrée à l’œuvre du réalisateur. En une trentaine de pages, Louis Séguin, journaliste, critique de cinéma, et réalisateur de courts métrages, propose une analyse concise mais profonde revenant sur les principales thématiques, enjeux génériques et formels d’une filmographie débutée en 1993 avec Parfois trop d’amour. C’est la question du point de vue qui interpelle principalement l’auteur. Un regard ouvert, lucide et poétique que le cinéaste pose sur la société et ses individus. Cette approche se développe à travers une relativité qui fait la singularité de drames qui ne cessent d’interroger la possibilité d’un lien et la représentation tragique de sa rupture. Comment regarde-t-on les autres, comment se regarde-t-on soi-même et, partant, comment orchestrer ces différents regards ? La réponse se trouve dans les récits et leur mise en images, dans cette sensibilité que Belvaux ne cesse de prolonger de film en film. Des visages et des gestes, des villes et des dialogues. Séguin souligne la force de cohérence qui se dégage de ce corpus aussi éclectique que passionnant.

 

Belvaux, nous rappelle-t-on, fut un cinéphile averti, dévorant en salle les films de Lang, Fuller, Hitchcock, Wilder. Cette sélection n’étonne pas. Car si le cinéaste retient bien de ses modèles l’importance conférée à la dramaturgie, c’est aussi un goût pour la simplicité qui le relie à eux. Attention cependant à ne pas confondre simplicité et facilité. Cet entretien prouve l’intense réflexion qui se situe à l’origine de la mise en scène de chacun des films de Belvaux. L’importance de l’écriture se retrouve dans son sens du dialogue qui fait état de sa savante direction d’acteurs renvoyant à sa profession première de comédien pour Chabrol, Boisset, Rivette ou Assayas. Belvaux a conscience de l’importance de l’adaptation et de la flexibilité, mais ses remarques signalent aussi une intransigeance qui lui assure une certaine maîtrise dans ses choix scénographiques.

 

Le cinéaste revient ainsi longuement sur le recours à tel mouvement de caméra ou à tel effet de montage, sur ses relations avec ses collaborateurs de création, sur sa manière d’envisager le cinéma dans son ensemble. Il n’y a, à n’en pas douter, une rectitude chez le réalisateur de Pour rire, Rapt, 38 témoins, Chez nous. Une rectitude qui lui permet de se prémunir de tout dogmatisme moral, idéologique ou technique. Ce rapport entre art et vie, entre l’artiste et le citoyen, souligne la vivacité d’une pensée qu’exprime parfaitement les paroles retranscrites dans cet excellent petit ouvrage.

 

 

 

  • LA MÉCANIQUE LUCAS BELVAUX
  • Auteurs : Quentin Mével et Louis Séguin
  • Éditions : Playlist Society
  • Collection : Entretien / Cinéma
  • Date de parution : 17 novembre 2020
  • Langues : Français uniquement
  • Format : 144 pages
  • Tarifs : 8 € (print)  – 5 € (version numérique) – Disponible à la commande en ligne « Click & Collect ».

A la Une

Tom Skerritt, second rôle mémorable d’Alien et de Top Gun, s’est éteint à l’âge de 93 ans

Acteur versatile, Tom Skerritt est mort de causes naturelles ce mercredi 21 octobre, au terme de six décennies d’une carrière… Lire la suite >>

Léa Seydoux, présidente de la 52e cérémonie des César

De La Vie d’Adèle à James Bond, Léa Seydoux a su imposer son style et s’affranchir des frontières. Le 25… Lire la suite >>

Juste après l’aube : une intrigante bande annonce pour le survival de science-fiction made in France

Au terme d’une dizaine d’années d’une gestation semée d’embûches, la création originale CINE+ OCS Signature lève le voile sur ses… Lire la suite >>

Narnia – Le Neveu du magicien : le trailer de Greta Gerwig dévoile un univers magique aux couleurs éclatantes

Daniel Craig, Emma Mackey, Meryl Streep et une chanson mythique de Led Zeppelin : le nouveau Narnia ne manque pas… Lire la suite >>

RJ Mitte, éternel Walter White Jr. de la série acclamée Breaking Bad, s’est donné la mort à l’âge de 34 ans

Souffrant de la même infirmité motrice cérébrale que le personnage qui l’a révélé, Roy Frank Mitte avait mis sa notoriété… Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 DUCOBU ET LE FANTOME DE SAINT-POTACHE 461 518 3 972 938
2 LES MISERABLES 428 273 2 909 536
3 KARMA 362 971 1 362 971
4 MOCHY 251 035 2 435 577
5 L'ILE DES SOUVENIRS 241 559 1 241 559
6 LA MAISON DE NOS REVES 220 961 3 745 025
7 SHAUN LE MOUTON : LA BEEETE D'HALLOWEEN 200 088 1 200 088
8 CLAYFACE 172 367 1 172 367
9 HEART OF THE BEAST 170 149 5 1 559 428
10 MALFAISANTE 153 320 2 351 922

Source: CBO Box office

Nos Podcasts