Blu-ray / Possession d’Andrzej Zulawski : critique

Publié par Jacques Demange le 22 mars 2021

Synopsis : Après un long séjour à l’étranger, Marc retourne à Berlin pour y retrouver sa femme, Anna, et son fils Bob. Mais il réalise très vite que son épouse a changé. Il apprend notamment que celle-ci a un amant, un certain Heinrich. À cause de cela, les rapports du couple se dégradent rapidement. Marc décide alors d’engager un détective privé afin qu’il suive Anna, souvent absente du foyer. Un jour où Marc va chercher son garçon à l’école, il se rend compte que l’institutrice est le portrait craché de sa femme. Le détective, quant à lui, découvre avec effroi qu’Anna entretient une liaison avec… une « chose » monstrueuse.

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Possession blu-ray Le Chat qui fume

Possession d’Andrzej Zulawski – jaquette blu-ray

Sans nul doute le film le plus connu, et peut-être le plus intéressant, d’Andrzej Zulawski, Possession (1981) se voit offrir une magnifique réédition Blu-ray par la maison Le Chat qui fume. Au cœur du film, la thématique de la dépendance que le scénario, cosigné par le réalisateur polonais et Frederic Tuten, décline à travers des perspectives multiples réunies autour de la dynamique du débordement. La relation amoureuse de Mark (Sam Neill) et Anna (Isabelle Adjani) se déploie selon une puissance excessive qui fait de l’attachement sentimental une entrave à la liberté de chacun des personnages. Enclavé par des passions contraires et par la limite indépassable du mur de Berlin qui bloque l’horizon aperçu depuis la fenêtre de leur appartement, le couple traverse une crise qui ébranle les certitudes de leurs existences respectives. Alors qu’Anna s’enferme dans une léthargie secouée par l’irruption brutale de crises nerveuses, Mark retrouve les attitudes d’un drogué en manque, son regard hagard prolongeant la fébrilité qui anime l’ensemble de ses membres. Cette base dramaturgique permet d’encadrer le recours aux codes du cinéma de genre. Le motif de la possession et de la projection démoniaque se voit ainsi approfondi par l’intimité qui marque l’esprit de la narration du film. Certes, Zulawski a parfois tendance à se complaire dans l’excès, n’hésitant pas à redoubler les symboles au risque de sombrer dans le pur grotesque. Cette tendance doit cependant être relativisée à la lumière de sa mise en scène. Car c’est bien celle-ci qui sert principalement l’originalité du discours tenu par le cinéaste. Sans basculer dans le maniéré, le caractère ornemental de sa réalisation confère à la caméra la fonction de force agissante. Les mouvements d’appareil élégamment exécutés, les angles de prise de vue accusés, les légers changement de focales ou les gros plans magistralement composés s’accompagnent d’infimes variations qui viennent redoubler leur portée.

 

 

C’est ici que réside la principale stratégie de Zulawski, dans cette pénétration du bizarre et de la pesanteur de la caméra portée qui vient infiltrer l’ordonnance audio-visuelle du cadre pour en perturber la structure à travers une frénésie qui trouve dans la circularité sa loi première. En ce sens, Possession cherche à formuler la synthèse d’une psyché malade et d’un comportement déviant, le second se présentant logiquement comme la conséquence de la première. D’où l’importance que joue la figure de l’acteur dans la réussite du film. Si Sam Neill impressionne par le recours à une attitude trouble, convoquant tour à tour la placidité du visage et l’explosion du corps, c’est bien Isabelle Adjani qui marque le plus assurément le spectateur.

 

Moins que l’ambivalence que convoque son double-rôle, c’est l’association du déchirement progressif de ses traits avec la rudesse et la décomposition chorégraphique de ses gestes qui parvient à conférer une impression de torpeur à chacune de ses apparitions dans le film. L’actrice mobilise ses traits naturels (yeux clairs, teint diaphane, chevelure ébène) pour les mettre au service de l’inquiétude latente qui compose le charme vénéneux de son personnage. Le regard-caméra que nous adresse Adjani condense alors la principale force de l’œuvre de Zulawski : faire de l’anormal et du geste subversif le moyen d’une exploration intérieure de l’humanité.

 

Blu-ray restaure de Possession de Andrzej Zulawski - Le Chat qui fume

Blu-ray restauré de Possession d’Andrzej Zulawski – Le Chat qui fume

 

Le plaisir pris à la (re)découverte de ce film doit beaucoup à l’excellence du coffret conçu par l’éditeur. Proposé dans sa version intégrale, Possession bénéficie d’une restauration de qualité tant du point de vue de l’image dont la plasticité froide est parfaitement respectée que de celui du son qui profite d’une version DTS 2.0 franchement appréciable. C’est aussi et surtout par la profusion de ses bonus que cette nouvelle édition tire son épingle du jeu. Les entretiens avec certains collaborateurs de création (le compositeur Andrzej Korzynski,  la productrice Marie-Laure Reyre, les acteurs Sam Neill et Heinz Bennentt) s’accompagne d’un dialogue avec le réalisateur lui-même. Parmi les autres suppléments, on notera la présence d’instructifs retours sur le remontage du film et sa restauration qui permettent de prendre la mesure du travail effectué en amont et qui satisfera les cinéphiles les plus exigeants.

 

 

 

  • POSSESSION
  • Édition : Blu-ray (restauration 4K)
  • Date de sortie : 9 mars 2021
  • Réalisateur : Andrzej Zulawski
  • Avec : Isabelle Adjani, Sam Neill, Heinz Bennent, Margit Cartensen, Heinz Bennent, Johanna Hofer, Carl Duering, Shaun Lawton, Leslie Malton, Maximilian Rüthlein, Thomas, Frey, Michael Hogben
  • Scénario : Andrzel Zulawski et Frederic Tuten
  • Producteurs : Marie-Laure Reyre
  • Photographie : Bruno Nuytten
  • Montage : Marie-Sophie Dubus et Suzanne Lang-Willar
  • Musique : Andrzej Korzynski
  • Distribution : Le Chat qui fume
  • Tarifs : 30 €
  • Sortie initiale : 27 mai 1981 (présentation au Festival de Cannes)
  • Durée : 127 minutes

 

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