Livre / Michael Mann. Mirages du contemporain : critique

Publié par Jacques Demange le 3 octobre 2021

Résumé : En onze films, Michael Mann a su tracer au sein de l’industrie hollywoodienne une ligne singulière et novatrice. Né en 1943 à Chicago, Michael Mann réalise son premier film en 1981 (Le Solitaire). Il révolutionne l’écriture télévisuelle avec la série Deux flics à Miami et, en 1995, signe avec Heat le 2001 du polar. Comment un cinéaste de la génération du Nouvel Hollywood est-il parvenu à trouver ses marques au sein d’une décennie, les années 1980, qui en constituait la négation ? Que signifie son obsession pour le monde du crime et ces professionnels prêts à tout sacrifier à leur travail ? Quels sont ces mirages du contemporain que son cinéma rend sensibles ?

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Michael Mann - Mirages du contemporain

Michael Mann – Mirages du contemporain

En envisageant l’œuvre de Michael Mann comme une pièce unique et exemplaire du cinéma contemporain, Jean-Baptiste Thoret, réalisateur, critique et historien du cinéma, propose de décrypter le contexte de notre époque à partir des problématiques posées par ses images. Du format télévisuel au régime du virtuel, la filmographie de Mann exprime d’abord une volonté de réfléchir et de comprendre les grands bouleversements visuels de notre civilisation. Cette quête détermine son rapport à l’Histoire en même temps que la caractérisation de ses personnages et le style de sa mise en scène. En adoptant l’approche chronologique de l’écriture monographique, Thoret souligne la cohérence qui anime l’évolution de l’œuvre du réalisateur. Chapitre par chapitre, l’auteur s’attarde sur un ou plusieurs films pour décliner dans le détail les grands thèmes, motifs et démarches qui déterminent l’originalité de Mann. Le cinéaste permet d’abord de redéfinir le contemporain à partir d’un échange entre le classique et le moderne. Ce rapport entre passé, présent et avenir se retrouvent dans ses biopics et autres reconstitutions historiques qui, de La Forteresse noire à Public Enemies en passant par Le Dernier des Mohicans et Ali, reflètent communément un désir de comprendre les mécanismes et rouages de l’écriture audio-visuelle de l’Histoire. Cet apport théorique du cinéma de Mann, Thoret le considère d’abord à travers le langage de ses images. Soutenus par une mise en page faisant la part belle aux illustrations, l’auteur analyse avec précision certaines séquences en particulier.

 

En considérant les éléments de composition (décors, lumière, définition de l’image, couleurs) et les procédés techniques (montage, jeux sur la mise au point et les valeurs des échelles de plans) comme autant d’outils mis au service d’une rhétorique sensible aux illusions du réel, l’ouvrage propose une belle description des rapports entretenus par le visible et l’invisible (Révélations), l’authentique et l’artificiel (Miami Vice ; Hacker). Malgré l’indéniable originalité de sa réflexion, on s’étonne que Thoret n’ait pas fait plus amplement appel à des références bibliographiques en lien avec son sujet d’étude.

 

Si le petit essai d’Axel Cadieux consacré à Mann est bien cité en bibliographie, l’absence de mentions à Hollywood. Le temps des mutants de Pierre Berthomieu ou au Cinéma néoclassique hollywoodien de Benjamin Flores surprend d’autant plus qu’on retrouve chez ces derniers des commentaires qui font directement écho aux propres analyses de l’auteur (ainsi de la question de la dissolution entre l’avant et l’arrière-plan que Flores perçoit comme l’une des marques de fabrique de l’utilisation de caméras haute-définition dont Mann fut l’un des précurseurs). Ce manque s’explique peut-être par la volonté marquée de l’ouvrage d’articuler le caractère formel de son étude à une pensée historique du cinéma.

 

C’est donc plutôt auprès de la notion de « postmodernisme » conceptualisé par Fredric Jameson, que Thoret trouve la clé de voûte de l’engagement de Michael Mann. Le professionnalisme rigoriste de ses plus célèbres personnages de gangsters (Le Solitaire ; Heat ; Collatéral) fait écho à un univers urbain aseptisé dont l’architecture et l’organisation topographique se constituent comme des labyrinthes mélancoliques. Les références au cinéma de Michelangelo Antonioni ou à celui d’Edward Yang se veulent sur ce point particulièrement stimulantes. De l’Europe à l’Asie, des années 1960 aux années 2000, Mann filme une Amérique-monde hantée par le spectre de sa propre absence.

 

 

 

  • MICHAEL MANN. MIRAGES DU CONTEMPORAIN
  • Auteur : Jean-Baptiste Thoret
  • Éditions : Flammarion
  • Date de parution : 22 septembre 2021
  • Langues : Français uniquement
  • Format : 352 pages
  • Tarifs : 35 €

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