Ressortie / Hurlements de Joe Dante : critique

Publié par Jacques Demange le 31 octobre 2021

Synopsis : Une journaliste découvre l’existence d’une communauté qui dissimule un repaire de loups-garous.

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Hurlements - affiche ressortie

Hurlements – affiche ressortie

Hurlements, dont une ressortie en salle dans une belle version restaurée 4K vient célébrer les quarante ans, marque à la fois un achèvement et un commencement dans l’œuvre de Joe Dante. Prolongeant la veine horrifique initiée par Piranhas (1978), le film annonce la manière de ses futurs chefs-d’œuvre des eighties (Gremlins [1984] ; Explorers [1985] ; L’Aventure intérieure [1987]). Hurlements s’ouvre ainsi sur une représentation oscillant entre imaginaire fantasmatique et crudité sordide. Dans la salle obscure d’un cinéma pornographique, la journaliste Karen White (Dee Wallace) se retrouve piégée par un tueur en série qui lui impose de regarder une scène de viol projetée sur un écran. Sauvée par la police, Karen reste hantée par cette vision traumatique dont Joe Dante exploitera toute la dimension fantastique. Car si Hurlements se veut un hommage sérieux aux films de loups-garous de l’âge d’or d’Hollywood (le patronyme du Docteur George Waggner renvoyant à celui du réalisateur du matriciel Loup-garou réalisé en 1941), c’est la part pulsionnelle du lycanthrope que cherche à mettre en scène le cinéaste. La brutalité sexuelle des premières images se prolongent ainsi directement à travers l’atmosphère bestiale du film, le jeu de traque auquel se soumet le scénario réactivant la hantise matricielle du viol. De la transformation aux assouvissements primaires qui en découlent, Dante couple à la sidération du surnaturel une horreur physique, voire organique, qui confond lacération et pénétration.

 

Hurlements (The Howling) de Joe Dante

Hurlements (The Howling) de Joe Dante

 

La mutation physiologique correspond donc à l’accroissement d’une voracité charnelle qui brise les tabous de la vie de couple en même temps qu’elle désigne la part d’animalité qui n’a jamais quitté l’esprit de l’Homme. C’était déjà l’idée de Piranhas dans lequel les carnivores marins fondaient sur leurs proies pour faire remonter à la surface lisse du lac et du plan des nappes rouges de sang. Pas de discours psychanalytique de bas étage pourtant dans Hurlements. Par sa composition des plans et la photographie brumeuse de John Hora (qui signera l’image de Gremlins), le cinéaste parvient à dépasser la valeur métaphorique de son scénario pour proposer un univers audio-visuel étonnant et troublant d’artifices servi par le travail du décorateur Robert A. Burns (Massacre à la tronçonneuse [1974] ; La Colline a des yeux [1977]).

 

Hurlements - The Howling

Hurlements (The Howling) de Joe Dante

 

C’est la fameuse plasticité onirique du futur Joe Dante qui s’annonce alors, la mise en scène s’épanouissant dans une exposition franche qui fait la part belle aux effets spéciaux et aux motifs-clés du gothique. Le cinéaste y trouve la matière d’une certaine mélancolie qui s’affirme dans le magnifique final voyant la journaliste se transformer face à des téléspectateurs incrédules. Ce qui se joue dans cette séquence n’est rien de moins que le suicide d’une victime, rendue incapable de survivre à son passé. Plus que la pilosité qui s’empare de son apparence, c’est la persistance de la douleur affectant son regard qui compte. Joe Dante privilégie ainsi ce qui demeure sur ce qui se transforme. Une idée qui permet de saisir l’originalité de ses futures incursions dans le genre du fantastique.

 

 

 

  • HURLEMENTS (The Howling)
  • Ressortie salles : 31 octobre 2021 (séances événementielles) et 15 décembre 2021 (sortie nationale)
  • Réalisation : Joe Dante
  • Avec : Dee Wallace, Patrick Macnee, Dennis Dugan, Christopher Stone, Belinda Balaski, Kevin McCarthy, John Carradine, Slim Pickens, Elisabeth Brooks, Robert Picardo, Margie Impert, Noble Willingham, James Murtaugh, Jim McKrell, Kenneth Tobey, Don McLeod, Dick Miller
  • Scénario : John Sayles et Terence H. Winkless (d’après le roman de Gary Brandner, The Howling)
  • Production : Daniel H. Blatt, Rob Bottin, Jack Conrad, Michael Finnell, Steven A. Lane
  • Photographie : John Hora
  • Musique : Pino Donaggio
  • Montage : Joe Dante et Mark Goldblatt
  • Décors : Robert A. Burns
  • Costumes : Jack Buehler
  • Distribution : Splendor Films
  • Durée : 91 minutes
  • Sortie initiale : 21 janvier 1981 (France) – 10 avril 1981 (États-Unis)

 

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