Série / Irma Vep d’Olivier Assayas : critique

Publié par CineChronicle le 21 juillet 2022

Synopsis : Mira est une star de cinéma désabusée à la fois par sa carrière et sa rupture récente. Elle arrive en France pour incarner Irma Vep dans un remake du classique français du film muet, « Les Vampires ». Au fur et à mesure du tournage, Mira réalise que les frontières entre elle-même et le personnage qu’elle joue commencent à s’estomper et à fusionner.

♥♥♥♥

 

Irma Vep - affiche

Irma Vep – affiche

À la vue d’Irma Vep survient nécessairement la question suivante : comment la série se compare-t-elle au film original ? Ou plutôt, comment la création HBO de 2022 se compare-t-elle au projet indépendant de 1996 ? Dès l’ouverture, Olivier Assayas offre un premier embryon de réponse. À l’époque, une société de production surmenée et chaotique peinait à accueillir la star de son prochain film, avant de l’emmener dans un sex-shop insalubre pour faire des essayages. Aujourd’hui, une célébrité américaine descend de son jet privé pour se rendre à l’avant-première d’un blockbuster de super-héros. Cette nouvelle édition s’autoproclame plus glamour, mieux calibrée, plus drôle mais aussi nécessairement plus lisse. S’amène dès lors une nouvelle question, plus amère, qui n’invalide pas la première mais la complète : comment cette série se compare-t-elle à Dix pour-cent ? Car c’est dans cet entre-deux que paraît se situer Irma Vep de prime abord, envisageant les dessous du cinéma autant comme un support comico-folklorique que comme un moyen de faire s’entrechoquer réel et fiction. Cette première impression est toutefois contredite par la progression de ce « long film de huit heures », qui glisse progressivement du cinéma aux fantômes, faisant du plateau de tournage un carrefour hanté où les artistes se confrontent à leurs deuils amoureux. En effet, la description satyrique de l’industrie audiovisuelle est bâtie sur plusieurs résurrections comme un manoir sur un cimetière maudit. René Vidal ramène à la vie Les Vampires de Feuillade, tandis qu’Olivier Assayas fait de même avec l’Irma Vep originale.

 

Alicia Vikander - Irma Vep

Alicia Vikander – Irma Vep

 

La frontière poreuse entre la réalité et le cinéma s’estompe, Vincent Macaigne mime la voix fluette du réalisateur français, se faisant son alter ego bien plus que ne l’était Jean-Pierre Léaud en son temps. Assayas et le nouveau Vidal partagent d’ailleurs un amour nostalgique vis-à-vis de la star asiatique qui jouait dans la première itération d’Irma Vep. En ce sens, les scènes de psychothérapie prennent une dimension dangereusement intime, à la limite du voyeurisme : impossible de distinguer les vrais états d’âme de ceux qui servent le scénario.

 

Il serait bien difficile de définir à quel point la série parle d’elle-même. Dans les deux cas (dans le réel et la fiction, donc), elle est un produit prestigieux et international, mais là où Assayas travaille pour HBO, René Vidal est l’employé d’une marque de cosmétique, vague équivalent de L’Oréal cherchant à assouvir les désirs artistiques de son égérie Mira Harberg, jouée par Alicia Vikander.

 

Alicia Vikander - Irma Vep

Alicia Vikander – Irma Vep

 

L’actrice suédoise est le centre de gravité de la série, le point d’attache avec Hollywood et la modernité. Brisée par une rupture difficile avec son ancienne assistante, elle traverse le show dévorée par les regrets. Comme dans le film original, elle se laisse posséder par le costume de son personnage, mais ici dans un cadre plus ouvertement thérapeutique. S’il est impossible d’imputer l’optimisme du show au changement d’échelle de la production ou à la maturité d’Assayas, toujours est-il que celui-ci ose moins déranger que le matériau source.

 

L’audace est ici réinvestie dans un mélange des formats : les scènes du programme de Feuillade précèdent ceux de la fausse série tournée par René Vidal, tandis que des extraits illustrés du journal de Musidora viennent interrompre certains épisodes. C’est que le cinéaste semble aussi vouloir donner à sa création une portée didactique, à grand renfort de descriptions techniques et d’anecdotes historiques. Il fabrique un petit monde, celui du tournage, qu’il ne cesse de retourner sur lui-même, s’interrogeant sur sa propre pertinence. Dans le dernier épisode, des acteurs de théâtres pointent du doigt la vacuité du projet, achevant ainsi une longue suite de remises en question. La démarche pourrait être jugée nombriliste, mais partage surtout ses errances dans l’espoir de les épargner aux autres.

 

Joffrey Liagre

 

 

 

  • IRMA VEP
  • Diffusion : depuis le 6 juin 2022
  • Chaîne / Plateforme : OCS (France) – HBO (États-Unis)
  • Créateur : Olivier Assayas
  • Avec : Alicia Vikander, Vincent Macaigne, Nora Hamzawi, Antoine Reinartz, Devon Ross, Hyppolyte Girardot, Lars EIdinger, Jeanne Balibar, Vincent Lacoste, Alex Descas
  • Saisons : 1
  • Durée : 8 épisodes de 50 à 60 minutes

 

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