Série / Dare Me (saison 1) : critique

Publié par Joanna Wadel le 12 avril 2020

Synopsis : Une exploration de l’amitié féminine et de la sororité, des jalousies aux loyautés, dans le lycée d’une petite ville du Midwest, du point de vue de deux jeunes femmes cheerleaders, amies mais toujours en compétition. Lorsqu’une nouvelle coach débarque dans l’équipe pour leur permettre de passer au niveau supérieur, rien ne va plus se passer comme avant. Et lorsqu’un suicide survient, c’est toute la ville qui va se retrouver chamboulée…

♥♥♥♥♥

 

Dare me - affiche

Dare me – affiche

Après l’espagnole Élite, la britannique Sex Education et l’italienne Baby, Netflix se dote d’une nouvelle série à la sauce highschool américaine, consacrée aux ados et leur monde impitoyable. Disponible depuis le 20 mars sur la plateforme, Dare Me plonge dans le quotidien acéré d’une équipe de cheerleading talentueuse, entraînée par une nouvelle coach, la mystérieuse Colette French. Si sur le papier, le programme diffusé en décembre 2019 sur la chaîne USA Network brasse un lot de clichés du genre dignes d’un mauvais téléfilm, la fiction adaptée du roman noir Vilaines Filles de Megan Abbott a de quoi surprendre. L’intrigue suit un trio de jeunes femmes : Beth Cassidy (Marlo Kelly), capitaine de l’équipe en proie à un violent conflit familial, sa meilleure amie Addy Hanlon (Herizen F. Guardiola) qui la suit comme son ombre dans ses moindres méfaits, et la secrète Colette (Willa Fitzgerald), entraîneuse modèle à la vie bien rangée. Derrière cette énième chronique lycéenne se cache une part d’ombre qui va rapidement dériver vers le thriller dramatique, jusqu’à basculer dans le polar. À l’instar des programmes de la même veine, Dare Me se déguste d’abord lentement. On y goûte avec une certaine prudence, qui se justifie par son cadre éculé et un air de déjà-vu – le crêpage de chignon un peu rude dans les vestiaires -, avant que ses zones d’ombre et son atmosphère sibylline ne la rendent addictive. Préalablement envisagée en long-métrage, avec Natalie Portman dans le rôle de Colette French, l’adaptation sérielle du livre en partie développée par sa romancière est une belle réussite. 

 

Dare me

Dare me

 

Les dix premiers épisodes que compte la saison tissent un récit au malaise latent, dont la tension sourde se fait de plus en plus prenante. Les rapports ambigus qu’entretiennent les protagonistes dans ce milieu toxique, rongé par les rivalités, consolident les nœuds narratifs dont l’intérêt se renforce à mesure que le brouillard se dissipe autour de Colette French. Épicentre d’une curiosité et de désirs inavoués, la coach parfaite cultive le mystère en menant une double vie peu cohérente avec son tempérament. L’attraction qu’elle suscite lui permet de jouir d’un certain contrôle sur ses élèves. Un jeu dangereux qui pourrait bien se retourner contre cette dernière.

 

La série tout comme le best-seller jouent de cette surface lissée, inoffensive, pour y accumuler les faux-semblants. Chose rare dans les fictions du même acabit, les cheerleaders (ou pom-pom girls) se retrouvent au premier plan au lieu de n’être qu’un groupe annexe destiné à valoriser la pratique de football américain. On y découvre les rudiments de cette discipline exigeante où excellent les adolescentes, qui sont déjà de véritables athlètes locales. Les femmes, leurs forces et leurs fragilités sont le moteur de cette escalade d’ambitions et de souffrances, qui s’intensifie brusquement dans les derniers épisodes.

 

La tournure inattendue que prend la saison, qui ne couvre qu’une partie de l’histoire, va permettre à la seconde d’exploiter pleinement ce climat anxiogène et la redistribution des cartes suggérée par le final. En dépit de quelques longueurs qui rendent sa narration redondante, Dare Me est un drame sulfureux bercé par une douce cruauté, savamment écrit par ses deux autrices principales, Megan Abbott et Gina Fattore, la scénariste de Better Things et productrice de Californication.

 

 

 

  • DARE ME
  • Diffusion : disponible depuis le 20 mars
  • Chaîne/ Plateforme : Netflix / USA Network
  • Création : Megan Abbott et Gina Fattore, d’après le roman Dare Me de Megan Abbott
  • Avec : Willa Fitzgerald, Herizen Guardiola, Marlo Kelly, Rob Heaps, Zach Roerig, Paul Fitzgerald, Alison Thornton
  • Durée : 10 épisodes de 42-53 minutes

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